samedi 9 avril 2011

Science fiction?


"La fin du monde" par
Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature 2000, peintre, écrivain, dramaturge, artiste pluridisciplinaire par excellence


"Il y eut à Arques, en France, en Europe, une fin du monde avant même la fin du monde que nous avons connue avec le nouvel âge glaciaire. Les civilisations sont mortelles… Qu’aucune révolution ne soit venue pour dire le refus d’en finir avec un modèle où chaque homme pouvait espérer éducation, santé, emploi, mais aussi, regardez encore ce service à champagne, pouvait prétendre à évoluer dans un monde où règnent une certaine beauté, un certain raffinement, oui, cela reste assez mystérieux.
On ne peut s’empêcher de penser à ces civilisations, la grecque, la romaine ou les précolombiennes, qui ont péri sans vraiment combattre, comme fatiguées d’elles-mêmes. Vous savez comme moi que la seule mesure coercitive de notre République chinoise des Conseils est l’interdiction de passer plus d’une heure par jour devant un écran, quel qu’il soit. C’est tout simplement parce que nous savons que l’Occidental des derniers temps ne savait plus regarder sa femme, sa ville ou même un service en cristal comme celui-ci, qu’il préférait rester devant cette arme de destruction massive archaïque qu’on appelait la télévision.
Je vous remercie, chers étudiants, pour votre attention, et la télévision me fournit la transition pour mon prochain cours, qui sera consacré à la production-­consommation des images dans l’Amérique de la période 1945-2010 et à son rôle décisif dans la passivité des foules face aux bouleversements économiques et climatiques, lesquels se passaient pourtant à la porte même de leurs maisons. "
 
 
Conclusion du cours donné le 25 avril 2064 par le professeur Mo Yan sur “La désindustrialisation de l’Europe entre 2004 et 2015″, Canton, campus de l’Université internationale George-Orwell.

 
Extrait du remarquable petit livre de Jérôme Leroy, Rêves de cristal ARQUES, 2064 (Editions Mille Et Une Nuits, n°501,) où le monde qui (vraisemblablement) nous attend est décrit avec une implacable lucidité et un humour détaché…


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