mercredi 4 mai 2011

Martin Bruneau au Chateau de Kerjean

Martin Bruneau au Château de Kerjean (Saint-Vougay)



Martin Bruneau est un artiste peintre né au Canada en 1960
et qui vit en Bourgogne depuis 1992


  martinbruneau.net
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Depuis plusieurs années, la peinture de Martin Bruneau revisite celle des grands maîtres : Rembrandt, Vélasquez, Courbet, Poussin ou encore Philippe de Champaigne. À l’invitation de Chemins du Patrimoine en Finistère et en écho à la première période d’existence du Château (du 16e siècle jusqu’au 18e), Martin Bruneau envisage un projet construit autour de l’idée de présences avec des portraits peints et des céramiques inspirés de tableaux du 17e siècle. Au moment où une nouvelle présentation permanente du lieu est livrée aux visiteurs, les œuvres de Martin Bruneau sont une autre façon de l’envisager et de le voir sous un nouveau jour.

Les œuvres présentées font référence à certains aspects de la Renaissance, période de profondes mutations, tiraillée entre la tentation du repli et le désir de participer à la constitution d’un monde nouveau. De la même façon, Kerjean oscille entre le Moyen Âge et la Renaissance, mêlant éléments défensifs et architecture d’agrément, formules locales et sources savantes. Ce que le projet souhaite évoquer est la cohabitation, au sein d’un même univers, de conceptions du monde parfois contradictoires, parfois découlant naturellement l’une de l’autre. Les œuvres choisies opèrent ce glissement des signes évoquant le Temps, à la fois continuité et rupture. Elles s’immiscent de manière naturelle dans les espaces du Logis, présentes sans jamais s’imposer.


Saint-Vougay. Art contemporain et Renaissance font bon ménage

 

Le château de Kerjean, à Saint-Vougay a ouvert, samedi, sa nouvelle exposition permanente, «Regards d'artistes». Les oeuvres contemporaines de Martin Bruneau seront à l'honneur jusqu'en novembre.
Les peintures et les sculptures de l'artiste canadien soulignent avec éclat les richesses de la demeure renaissance. Depuis plusieurs années, la peinture de MartinBruneau revisite celle des grands maîtres comme Rembrandt, Vélasquez, Courbet ou encore Poussin et Philippe de Champaigne. La peinture de ce natif de Montréal, résidant en France depuis 1997, ne choque pas dans les murs de Kerjean. Bien au contraire, elle met en valeur chaque détail d'architecture et décoration intérieure du petit Versailles breton. Dans cette exposition, MartinBruneau propose un projet construit autour de portraits peints et de céramiques inspirées de tableaux du XVIIesiècle, qui montrent des portraits ou des natures mortes évocatrices de la Renaissance.

Un pont de cinq siècles

L'artiste a mis, seul en scène, ses oeuvres, à l'angle d'un mur, au-devant d'une cheminée, au détour d'un couloir, comme un clin d'oeil à la Renaissance mais aussi tel un pont qui gomme les cinq siècles qui séparent la construction du château à l'art contemporain. Pour Yann Le Boulanger, directeur, et MarieMaudire, attachée culturelle, cette exposition ne transforme pas le château en galerie d'art. Bien au contraire. Lors de sa construction, Kerjean était à la pointe de l'architecture et de la modernisation. 



Ainsi, certaines oeuvres du Bourguignon d'adoption MartinBruneau ont été spécialement créées pour cette exposition. Elles s'intègrent de manière naturelle dans les pièces du logis. Elles proposent une nouvelle façon de découvrir, sous un autre jour, ce que fut à l'époque l'une des plus belles demeures bretonnes de la Renaissance.

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Infante and dog, 2006, oil on canvas, 250 x 312 cm

La peinture de Martin Bruneau est une affaire bougrement ambitieuse. Vous êtes peintre à la fin du XXème siècle, début du XXIème siècle. Comme tant d'autres, vous vous êtes abondamment nourri de la peinture classique comme de ses développements modernes et contemporains et vous apparaît alors que les enjeux des peintres, de tous les peintres, quelles que soient leur époque, ne sont pas fondamentalement différents, qu'ils ont tous en charge la représentation de l'homme dans le monde qui l'entoure, l'homme a agrandi le champ de ses connaissances, et le monde ne lui apparaît plus tout à fait de la même façon: le problème de cette représentation s'enrichissant reste donc entier. Pire, vous même, peintre, vous pressentez bien comment votre peinture se pose, elle-même, la question de cette représentation.

Vous êtes alors face à d'écrasantes responsabilités, il va désormais falloir que votre peinture soit à la hauteur de ces questionnements. Martin Bruneau n'est pas peintre qui fuirait facilement de tels défis. Le voilà donc, depuis quelques années déjà, aux prises avec les grands peintres de la peinture classique. De même qu'aux peintres débutants on conseillera volontiers de poser leurs chevalets devant les toiles des plus grands et de copier, ce faisant de mettre leurs pas dans ceux de leurs illustres aînés, et, peut-être, s'ils sont attentifs, auront-ils le privilège, avec force labeur, d'effleurer du doigt un peu du mystère de cette peinture. Martin Bruneau n'est pas exactement un débutant, c'est pourtant avec beaucoup d'humilité qu'il étudie les grands maîtres et ce faisant tente de les faire dialoguer avec quelques notions de peinture plus contemporaines telles que l'abstraction. 



Où l'on découvre un portrait d’après Van Dyck — d'autres peintres encore vont connaître les mêmes traitements, Rembrandt, Goya, Gainsborough, Zurbaran, ou encore Le Titien — scindé en deux, deux parties disjointes et renvoyées vers les deux extrémités du tableau pour laisser le centre de la toile à un fond sombre duquel jaillit un thème abstrait cher à la peinture de Martin Bruneau: le quadrillage. Il y a là quelque chose d'assez miraculeux dans ce torpillage respectueux. Regardant la toile de Martin Bruneau, juste intitulée d'après Van Dyck on remarque comment ce portrait comprend en son sein ce dérapage vers l'abstraction, comment le traitement des nombreuses circonvolutions de la riche robe sont autant d'appels à des motifs non figuratifs, là même où se tient le véritable plaisir du peintre, pas seulement la fidélité de sa représentation qui est davantage une affaire de technique — d'ailleurs Martin Bruneau ne s'astreint pas à une copie très fouillée des modèles anciens, parce que la fidélité et la ressemblance ne font pas partie de son questionnement — mais bien plutôt le jeu libre avec la couleur et les valeurs.

Ce portrait d'après Van Dyck se complique, de plus, par l'ajout d'une toile sur la toile, étonnant chevauchement au centre de la toile, on pense alors à Jasper Johns, non seulement pour cet ajout tridimensionnel à une toile, mais aussi pour cette préoccupation que le peintre américain avait laconiquement résumée I am only trying to make pictures (j'essaye seulement de fabriquer des images). J'imagine que Martin Bruneau pourrait en dire tout autant et de se livrer à cette préoccupation constante d'essayer sans cesse de priver une partie de l'image de sa signification au profit d'une curiosité entièrement visuelle.

Nous sommes là au centre du questionnement même de la peinture. Dans la matière même. Lorsque Martin Bruneau hachure sa toile ou la macule de fonds qui se chevauchent pour lui donner son épaisseur, il pétrit la matière, le magma même de la peinture, pour nous montrer, en laissant le travail visible, la vie de la matière, de la peinture, chaque couche est encore discernable et dans cet enchevêtrement il n'est pas toujours possible de déterminer dans quel ordre se situe les plans. Telle partie quadrillée de la toile apparaît comme au dessus de tous les plans dans le haut de la toile et son prolongement dans le bas de la toile donne au contraire le sentiment de disparaître derrière d'autres niveaux de cette même toile. Un tel traitement donne à voir les différentes étapes de la construction fragile d'une toile, mise en abyme qui s'accentue, de fait, quand ce sont plusieurs époques de l'histoire même de la peinture qui cohabitent sur la même toile.

Quelle gageure et quel incroyable tour de force d'y parvenir!

Philippe De Jonckheere, Paris, 11 septembre 2004 


















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