vendredi 6 mai 2011

L'ensemble de l'Arpeggiata

 .... Je l'écoute en boucle....

D'abord, présentons Stefano Landi (1586-1639) était un compositeur baroque italien du XVIIe siècle.





Stefano LANDI - Homo Fugit Velut Umbra (l'Arpeggiata) (2005)



Quelque part au milieu du XVIIe siècle, bien avant le règne de Vienne (que devienne que devienne valse... Hum pardon, je m'égare!) en matière musicale, bien avant encore que les polyphonies ne deviennent une norme, avant même l'ère de la "musique classique". Avant l'ère baroque donc, était le temps de la musique de la renaissance.

Stefano LANDI est l'un des compositeurs qui, au début du XVIIe, est venu à Rome dans le palais de la famille Barberini. Famille qui offra aux musiciens l'épanouissement dont ils avaient besoin pour leurs créations. Le Pape Urbain VIII était le membre le plus éminent de cette famille (ce qui vous donne l'importance, et de la famille, et de la religion à l'époque...) et cette période musicale prospère prendra fin au bout de 20 ans, à la mort de ce même Pape, les finances ne suivant plus. Le recueil ici proposé est constitué d’œuvres composées à l’époque.

Les morceaux sont essentiellement joués au théorbe, à la guitare ou à la harpe, instruments de prédilection de cette époque. La musique de la renaissance survint avec l'apparition de ces instruments à cordes qui pour la première fois, allèrent au-delà du registre sonore que peut atteindre la voix. Toutefois, la voix est toujours le point central de toute pièce musicale. Sur « Augellin » par exemple, le chant est censé imiter celui d’une cigale, passant de très grave à très aigu, les autres instruments se tiennent à leur simple rôle d’accompagnements.

A l'époque, les voix aiguës étaient encore assurées par des castrats, c'est d'ailleurs dans cette période que sont apparues les premières cantatrices, premières rivales de ces hommes qui n'avaient d'avenir que dans la reconnaissance musicale. Le chant masculin aigu est donc très présent, ce qui est assez étonnant (et dérangeant, pour ma part).

Les mélodies ici proposées sont principalement apportées par ce chant. Celui-ci est assez étrange puisque pas encore tout à fait lyrique à la manière des opéras classique, ni réellement naturel voir nasalisé comme ce pouvait être le cas à l’époque médiévale. On s'aperçoit qu'une grande partie de la force de ces oeuvres réside dans la part d'émotions que parviennent à transmettre ces chanteurs, au gré des accélérations successives des cordes grattées, la force de l’interprétation est donc très importante, fort heureusement celle-ci est de bonne facture.

Malgré tout, pour nos lecteurs fans de métal ici présents, le manque de testostérone (ce n'est pas du EMILIE SIMON non plus...) et d'envergure des morceaux ici présents risquent d'en effrayer plus d'un. Voyez quelque chose qui se situerait entre de l'opéra calme et le chant traditionnel italien pour touristes des gondoliers de Venise. Quelque chose qui ne plaira pas à tout le monde, j'en ai bien peur.

Certains morceaux comme « Alla guerra d'amor » sortent tout de même du lot de par leur vigueur, se rapprochant plus de la musique traditionnelle espagnole, comme du flamenco. « Dirindin » donne également de jolies harmonies vocales avec un procédé assez amusant, ainsi qu'une musique plus proche du style médiéval. Les contrastes, pourtant présents sur cet album, risquent d'être trop peu importants pour des oreilles non averties. Un album à prendre avec des pincettes donc, les curieux peuvent toujours s'y essayer.


NB: Le morceau "Homo Fugit Velut Umbra" qui donne le titre de cet album, est anonyme, bien qu'il vienne parfaitement s'inscrire dans le style de Stefano LANDI.



Homo fugit velut umbra
(Passacaglia della Vita)

O come t’inganni
se pensi che gl’anni
non hann’da finire,
bisogna morire.

E’un sogno la vita
che par si gradita,
è breve il gioire,
bisogna morire.
Non val medicina,
non giova la China,
non si può guarire,
bisogna morire.

Non vaglion sberate,
minarie, bravate
che caglia l’ardire,
bisogna morire.
Dottrina che giova,
parola non trova
che plachi l’ardire,
bisogna morire.

Non si trova modo
di scoglier ‘sto nodo,
non val il fuggire,
bisogna morire.
Commun’è il statuto,
non vale l’astuto
‘sto colpo schermire,
bisogna morire.

Si more cantando,
si more sonando
la Cetra, o Sampogna,
morire bisogna.
Si more danzando,
bevendo, mangiando;
con quella carogna
morire bisogna.

La Morte crudele
a tutti è infedele,
ogn’uno svergogna,
morire bisogna.
E’ pur ò pazzia
o gran frenesia,
par dirsi menzogna,
morire bisogna.

I Giovanni, i putti
e gl’Huomini tutti
s’hann’a incenerire,
bisogna morire.
I sani, gl’infermi,
i bravi, gl’inermi,
tutt’hann’a finire
bisogna morire.
E quando che meno
ti pensi, nel seno
ti vien a finire,
bisogna morire.
Se tu non vi pensi
hai persi li sensi,
sei morto e puoi dire :
bisogna morire.



 Christina Pluhar née en 1965 à Graz(en Styrie) est une musicienne autrichienne, harpiste, luthiste et joueuse de théorbe. Spécialiste de musique ancienne et baroque, elle vit à Paris où elle a fondé en 2000 l'ensemble L'Arpeggiata.



L'Arpeggiata est un ensemble vocal et instrumental à géométrie variable centré autour de la personnalité de son directeur musical et chef, Christina Pluhar, qui catalyse par son enthousiasme la prestation de ses musiciens.
Il fait appel aux meilleurs instrumentistes européens actuels et propose des programmes en collaboration avec des chanteurs exceptionnels venus habituellement aussi bien du baroque que de la musique traditionnelle et même du monde de la musique en général. L'exigence de son travail artistique est maintenant unanimement reconnue et saluée.

Depuis sa naissance en 2000, L'Arpeggiata a pour vocation d'explorer la riche musique du répertoire peu connu des compositeurs romains, napolitains et français du premier baroque.
Ce credo s'exprime dans une approche vocale nouvelle par un travail en profondeur sur l'interprétation du recitar cantando, ainsi que le chant influencé par la musique traditionnelle.
L'ensemble s'est encore donné comme fils directeurs l'improvisation instrumentale et la recherche sur l'instrumentarium en exploitant la richesse de celui-ci dans la plus pure tradition baroque, et la création et mise en scène de spectacles «événements». Il favorise ainsi la rencontre de la musique et du chant avec d'autres disciplines baroques, indissociables en leur temps, tels la danse et le théâtre.L'Arpeggiata se produit avec succès au sein de tous les grands festivals en France et en Europe comme Sablé sur Sarthe, Utrecht Oude Muziek, Anvers Festival des Flandres, Rencontres à Vézelay, Arques la Bataille, Namur, Pfingstfestspiele Melk, Brugge, Ambronay, Pontoise, Saint-Pétersbourg, Théâtre de Bordeaux, Sully-sur-Loire, Festival du Haut Jura, Festival de la Vézère, Darocca, Torroella de Montgri, Festival Atlantique Açores, Dole, Sevilla, Potsdam, Barcelone,..

L’Arpeggiata est soutenue par la Fondation France Telecom et le Ministère de la Culture, Drac Ile de France

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christina_pluhar

Christina Pluhar, qui dirige de sa harpe baroque l'ensemble L'Arpeggiata, a cueilli dans les partitions du XVIIe siècle italien, espagnol, sud-américain, un bouquet de basses obstinées [1] ainsi que le texte cruel d'une berceuse populaire en patois de la région de Rome sur lequel elle laisse la mezzo-soprano invitée créer librement sa propre mélodie. Dans cette assemblée de luthistes et de violons baroques, la clarinette alto de Gianluigi Trovesi n'est pas sans évoquer le saxophone de Jan Garbarek dans ses sessions avec le Hilliard Ensemble.
Le plus surprenant est la perfection formelle à laquelle aboutissent ces exécutions pour une large part improvisées dans le plaisir évident de jouer ensemble, qui ne cessent un instant de paraître telles. Les musiciens de jazz appellent ça faire un bœuf. Et nous sommes bien, ici, aux confins – voire au cœur – du jazz avec certaines de ces improvisations ; c'est le cas, d'évidence, avec la Romanesca sur un thème de Santiago de Murcia qui m'a saisi aux oreilles sur Radio Classique : le psaltérion, instrument médiéval s'il en est, est traité à la façon d'un solo de vibraphone, à la Milt Jackson s'appropriant une fugue de Bach. Mais, bien plus que dans l'une de ces innombrables (et souvent vaines) tentatives de faire swinguer une musique qui, pour une oreille attentive, swingue déjà à l'envi, nous sommes avec ce disque dans une sorte d'échappée belle hors du temps savant, hors du baroque des théoriciens, pour cheminer, méditer, danser, dans l'espace où nous respirons un instant par cette musique, dans notre existence devenue soudain baroque. Merveilleux plaidoyer pour la conviction d'un baroque surtemporaire que défendait Eugenio d'Ors !
Christina Pluhar a l'élégance de nous rappeler qu'aux alentours de ces motifs, fussent-ils de chaconnes ou de folia destinées à la danse, la mort rôde comme dans tout espace baroque. Elle a placé en finale (en coda serait mieux dire) de l'album une Cantata sopra d'un certain Luigi Pozzi, sur qui les notices du disque comme celles de mes dictionnaires restent muettes et qui a résisté à mes recherches sur Internet. J'ai aussitôt éprouvé le sentiment de reconnaître ce thème de pure déploration. Il m'était même familier. J'ai d'abord confondu Pozzi et Strozzi… Pour qu'enfin une voix s'impose et me guide vers le Lamento della Ninfa de l'Ottavo Libro de' Madrigali de Claudio Monteverdi [2]. C'est bien le même motif, ornementé ici par l'improvisation de Marco Beasley. Ténor versus soprano. Les deux musiciens ont, semble-t-il, fréquenté Venise dans les mêmes eaux. La date de 1656 que donne la notice pour la composition de L'Innocenza dei Cicopli, d'où est tirée cette pièce, fait pencher pour un emprunt de Pozzi – Monteverdi est mort depuis treize ans. À moins qu'il ne s'agisse précisément d'un parfait exemple de l'un de ces motifs d'ostinato qui, de luth en voix, s'est obstiné longtemps dans les brumes de la Sérénissime.
J'ignore pourquoi, laissant venir à moi ce chant, me revient du désert la recommandation d'Évagre le Pontique : Quand une pensée mortelle monte en ton coeur, ne cherche pas à prier, mais aiguise le poignard des larmes.

[1] Principalement utilisée aux XVIIe et XVIIIe siècles, la basse obstinée (ostinato) est un procédé de composition qui consiste à répéter obstinément un même motif, généralement de quatre ou huit mesures, tout au long d'un morceau ou d'un fragment important du morceau tandis que se renouvellent les autres parties.
[2] Concerto Italiano, dir. Rinaldo Alessandrini, CD Opus 111, OPS 30-187.
 

All' Improvviso – Ciaccone, Bergamasche & un po' di Follie…, L'Arpeggiata, dir. Christina Pluhar, avec Gianluigi Trovesi, clarinette, Marco Beasley et Lucilla Galeazzi, chant ; CD Alpha Production 512.

Via





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