dimanche 19 juin 2011

Le fils du vent (Henning Mankell)


 

Présentation de l'éditeur


Vers 1875, Hans Bengler, jeune entomologiste amateur quitte la Scanie pour l'Afrique australe et le désert du Kalahari, en quête de quelque insecte inconnu. Mais sa principale découverte dans un comptoir de Namibie est un jeune boschiman orphelin. Bengler décide de l'adopter, de lui donner un nom, Daniel, et de le ramener en Suède, d'une part pour en faire "un homme véritable", d'autre part pour prouver à ses compatriotes ignares qu'il existe bien des êtres à la peau noire.
Pendant la traversée commence l'apprentissage de la civilisation, du suédois, du christianisme. Bengler exige de l'enfant qu'il oublie tout de son passé, alors que Daniel n'a qu'un rêve :
apprendre à marcher sur l'eau pour retourner achever l'antilope gravée par son père, et entrer en communication avec ses parents morts à travers des rêves et des signes.
Le retour en Suède est difficile. Bengler gagne sa vie, un temps en exhibant Daniel comme une bête de foire, puis l'abandonne en Scanie chez un couple de paysans compatissants. L'enfant se lie d'amitié avec Sanna, une attardée mentale et tente de fuir vers la mer. Lors de la deuxième tentative, il emmène avec lui Sanna, qui, lorsqu'ils sont rattrapés, l'empêche de se noyer, et de rejoindre ainsi ses ancêtres. Par vengeance ou sous l'empire de la fièvre, car il est déjà atteint (probablement) de tuberculose, il égorge la fillette. Il meurt peu de temps après.
Dans la veine de Comédia Infantil (Seuil, 2003), voici un très beau conte philosophique "africain" sur le thème de l'enfant sauvage, voire sur le sujet : qu'est-ce qu'un être humain ?
Mankell y fait appel à l'onirisme : Daniel est en contact avec les esprits de ses parents et de ses ancêtres, qui le motivent dans ses actes et ses efforts obstinés pour rentrer en Afrique. Mankell l'Occidental sceptique fait passer un souffle "animiste" sur ce livre, en accord avec le sujet. Il nous montre à quel point il s'est adapté à son milieu africain d'adoption et qu'il n'est pas uniquement un auteur de romans policiers à succès. --

L'auteur vu par l'éditeur


Né en 1948 dans le Härjedalen, marié à Eva Bergman, la fille du grand Ingmar, Henning Mankell est déjà célèbre dans le monde entier grâce à ses romans policiers. On ne compte plus les prix - Grand Prix de l'Académie suédoise pour la littérature policière, Deutsche Krimi-Preis, CWA Gold Dagger anglais, Prix Mystère de la critique, Prix Qualibre 38 et Trophée 813 en France - venus récompenser la série d'enquêtes menées par l'inspecteur Wallander et son équipe du commissariat d'Ystad.
Depuis 1988 Henning Mankell partage son temps entre la Suède et le Mozambique où il dirige, à Maputo, la troupe du Teatro Avenida. "L'Afrique a fait de moi un meilleur Européen. J'ai besoin de vivre en Afrique pour comprendre l'Europe, et réciproquement. Chacune est la tour d'où je vois l'autre."
Nombre de ses ouvrages pour la jeunesse, contes philosophiques, récits stigmatisent les maux de l'Afrique : les ravages causés par la guerre civile qui frappent de plein fouet les enfants, la misère, la famine, le sida.
Après Comédia Infantil (Seuil 2003), finaliste du Grand Prix nordique (1996), couronné par plusieurs prix et adapté au cinéma en 1998 par Solveig Nordlund (Prix Spécial, Cannes junior 1999), Le Fils du vent est le 2ème ouvrage ayant trait à l'Afrique à paraître en France.



 
 
extrait :

"Ce ne sera pas compliqué, reprit-il. Je monterai sur une petite estrade et j'exposerai les insectes en indiquant sur une carte leurs différentes provenances. Toi, tu seras assis à côté de moi. Quand je prononcerai ton nom, tu te lèveras, tu t'inclineras et tu diras : "Je m'appelle Daniel. Je crois en Dieu". Rien d'autre. Quand je te demanderai d'ouvrir la bouche, tu le feras. Quand je te dirai de rire, tu riras, mais pas trop longtemps, ni trop fort. Quand je te demanderai de gonfler tes joues comme un animal, tu le feras aussi. Puis tu sauteras à la corde pour montrer ton agilité. C'est tout. Si jamais quelqu'un dans l'assistance veut te toucher, tu accepteras en te disant qu'il ne te veux pas de mal. Mais tu dois surtout te dire que çà nous permettra de nous payer une meilleure chambre. As-tu bien compris ?
Daniel fit oui de la tête. En réalité, il n'avait pas compris un seul mot, mais Père lui avait parlé gentiment. Un peu comme Be quand elle voulait faire la paix avec Kiko après une dispute."

***************

Cette histoire, fabuleusement contée, la détresse de cet enfant draciné, et l'issue qu'il trouve pour retrouver la paix sa liberté par la mort, m'a profondément bouleversée. Il s'agit là, sans conteste d'un grand roman qui génère une émotion profonde comme j'en ai peu ressenti en littérature.
En effet, en ces périodes troubles actuelles, où tout ce qui est étranger semble faire peur, il est intéressant de retourner au 19 ème siècle et au comportement des occidentaux face à ces civilisations découvertes en Afrique.
Ces êtres qu'ils rencontrent sont ils des humains, ou bien des objets de curiosité qui font peur, des monstres de foire....? Car de sujets d'études, ils deviennent vite des objets à exposer pour rapporter simplement de l'argent..... Ils ne sont pas humains tant ils sont différents de nous, les « civilisés » comme s'il n'y avait de civilisation que l'occidentale...

Mais sommes nous actuellement si loin dans la vision étroite du monde di civilisé, et des "autres" si loin de ces manifestations primaires?

Ce roman de Hennig Mankell n'est pas un polar, mais une incroyable étude l'âme humaine et de ses dérives...... on y découvre l'attitude ambiguë d'un jeune scientifique qui perçoit l'humanité de celui qu'il « adopte » mais qui en même temps, par appât du gain et surtout de la notoriété, veut le « dresser » à l'occidentale, en n'écouant e rien de ce que l'autre peut lui communiquer à travers son comportement...
Le retour en Suède est difficile, et l'alcool fait des ravages sur ce jeune scientifique, ainsi que ses désirs pour les femmes.... Il a besoin d'argent pour survivre.... Alors son action première, partie d'une idée relativement humaniste se transforme en déviance et perversion, où seul le gain prime.
Ce sera sa chute, qui se termine par la trahison ultime: l'abandon de cet enfant en terre inconnue dans un milieu paysan rigide, religieux et tout simplement raciste de base par la peur de l'inconnu.... 
Dialogue de sourd même sans parole. Incompréhension et trahison. Et finalement une tragédie qui vous brise le coeur....

J'ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, et je ne peux que le recommander comme un oeuvre exceptionnelle (au passage un grand merci à la traductrice qui a si bien su transcrire les émotions de la langue de Mankell en français!) 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire