dimanche 26 juin 2011

Les Anglais sont-ils Allemands?

        
Question étrange, sans doute étrange dans sa formulation, mais Ui intrigue les historiens et autres archéologues depuis maintenant 60 ans. La présence de tribus allemandes, ou plutôt de Frise, autour des années 450 de notre ère, dans le Kent, est mentionnée dans les chroniques Anglo-saxonnes. L'impact de cette immigration venue du continent sur les populations locales, c'est-à-dire britonnes, est souvent teinté de manœuvre politique et donc sujet à la polémique. Une publication récente vient de lancer un nouveau pavé dans la mare.

Les chroniques anglo-saxonnes révèlent qu'une tribu menée par deux chefs Hengist et Horsa ont débarqué en Angleterre sur les côtes du Kent en 449. Ce qui peut paraître surprenant, serait la conquête de l'île par ces migrants. Lors d'un article paru le dans Der Spiegel, Heinrich Härke (Département d'Archéologie, Université de Reading au Royaume-Uni) estime le nombre des arrivants est de l'ordre de 200 000, ce qui paraît peu par rapport au million de britons occupant le Royaume-Uni.

En 43, l'empereur Claude déclare l'Angleterre comme province romaine. Une longue période de paix, ou tout au moins de pacification, se met en place: la Pax Romana.
Les britons (celtes et belges) occupant l'île n'ont plus le droit de porter des armes, les amphithéâtres, les thermes, les cirques, les chaussées pavés s'éparpillent sur tout le territoire conquis.
Les natifs sont des civils, les armes sont portées par les légionnaires et leurs auxiliaires étrangers. C'est la politique de Rome: ne pas armer les populations sur leur propre terre. Arrive l'an 407, Rome retire la plupart de ses troupes militaires de l'île.
Peu de temps après, les soldats restant ne sont plus payés. Progressivement, les légionnaires quittent la Grande-Bretagne (la Brittania) ou, en tout cas, la vie militaire. En 407, nous avons donc un territoire, sans défenseurs convenablement équipés, entraînés et coordonnés devant faire face à des envahisseurs rompus aux arts de la guerre. Rapidement, les victoires des Jutes, Angles et Saxons s'enchaînent. Les noms de monarques britons cédent la place à des noms saxons dans les royaumes de East Anglia, Wessex (aka West Saxonie), Essex (East Saxony), Sussex (Sud Saxonie).

Cette invasion de l'Angleterre par des continentaux aurait pu donner naissance à la légende du roi Arthur, un roi briton sauvant son monde de la menace des barbares. Certains assimilent Arthur au roi qui aurait mené les celtes et britons à la victoire face aux armées angles et saxonnes, lors de la bataille du Mont Badon en 500, qui bloqua l'expansion des envahisseurs durant quelques années.

Pour résumer cette situation, aux alentours de l'an 700, l'île britannique comporte une population majoritaire insulaire britonne et une minorité immigrante germanique. La question que se posent les historiens est de savoir quel a été l'impact de cette minorité sur la population actuelle de l'Angleterre.

Au début du 20ème siècle, le conservateur des collections des Musées de Hull, Thomas Sheppard, est appelé par un officier de l'armée britannique, dont les hommes ont découvert une sépulture ancienne en creusant une tranchée. Thomas Sheppard, date le corps de 1500 ans et les objets retrouvés sur place lui attribuent une origine anglo-saxonne. « Les conquérants allemands sont nos ancêtres! » déclare-t-il au lendemain de la premier guerre mondiale. La polémique commence. Les moyens scientifiques actuels permettent de définir les profils génétiques des différentes populations et, depuis quelques années, les chercheurs sont sur la piste des origines des anglais actuels.
En 2002, ME Weale et une équipe du Centre d'Anthropologie Génétique du University College London publient les résultats d'une étude basée sur la transmission du chromosome Y dans la population.

Le chromosome Y est celui qui détermine le sexe mâle et est transmis quasiment à l'identique de père en fils. Cette première étude montre qu'un segment de ce chromosome présent chez presque tous les hommes danois et nord allemands et aussi très commun en Grande-Bretagne. La dernière étude en date, menée par Heinrich Härke, confirme ce résultat.

Un des foyers de polémique réside dans la réponse à la question: comment 200 000 personnes peuvent avoir marqué de manière aussi significative la population globale d'un pays?
Une grande partie de la réponse a été donné par Mark G Thomas du Département de Recherche en Génétique, Evolution et Environnement du University College London en 2006.

Dans un article, il donne des preuves sur l'organisation sociale de l'Angleterre lors de la domination anglo-saxonne extrêmement ségrégationniste (il parle d'arpartheid).
Cette organisation a maintenu les britons dans une état de servitude sévère durant au moins un siècle. Les textes de lois retrouvés accordent 6 niveaux sociaux aux natifs britons, dont 5 font références à l'esclavage. Ce texte montre aussi qu'un briton « libre » est considéré du point de vue de la loi comme un demi-saxon.
Grâce aux études génétiques et à des simulations informatiques, Mark G Thomas montre qu'une faible population anglo-saxonne, limitant ses interactions (mariages notamment) avec les Britons, peut expliquer le taux important de chromosome Y « continental » en Angleterre.

Il convient de noter que dans les régions (Pays de Galles, Ecosse, Irelande) où les anglo-saxons ne se sont pas implantés rapidement et qui ont souvent constitué des terres d’accueil pour les Britons, le taux de chromosome Y continental est très faible.
Alors dans chaque anglais y-a-t-il un allemand qui sommeille?

Peut-être une histoire à méditer pour tout ceux qui pensent que les chromosomes et le sol sont plus importants que la culture et la vie sociale pour affirmer une identité.


Via: Der Spiegel International

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Pour information:

Les Brettones dont parle Bêde occupaient, aux Ve-Vie siècles, un vaste territoire au sud de l'Ecosse actuelle, en gros au sud de la Clyde et du Forth, débordant très largement sur l'Angleterre d'aujourd'hui jusqu'au pays de Galles inclus. C'est en fait le même peuple celte que les Gallois, que seules les vicissitudes de l'histoire ont séparé de ceux-ci par suite de l'invasion des Anglo-Saxons et des Scandinaves.

À l'inverse des Pictes, il n'y a donc aucun mystère dans l'origine des Britons et dans leur appartenance ethnique. Ce sont des Celtes" britonniques " (ce qui les différencie d'emblée des Scots, celtes " goidéliques "), appartenant à la même famille que les autres peuples celtes qui occupaient l'Angleterre (Bntannia) à l'arrivée des Romains.

Ils étaient eux-mêmes divisés en deux groupes, l'un à l'est sur la mer du Nord (Lothian), l'autre à l'ouest sur la mer d'Irlande. Le premier groupe, que les poèmes épiques gallois appellent Gododdin, n'était autre que les Votadini cités au IIe siède par Claude Ptolémée; il fut le premier à succomber aux attaques des Anglo-Saxons dès le VIIe siècle : le roi anglo saxon Oswiu, ou Oswy, épousa la princesse britonne Riemmelth, et leur fils Egfrith unit le royaume de Gododdin au royaume anglo saxon de Northumbrie.

Les Britons de l'Ouest - Brigantes dans la liste de Ptolémée résistèrent plus longtemps. Le chroniqueur Nennius, au ve siècle, a recueilli le souvenir de leur roi fondateur, Urien Rheged, qui régnait de Carlisle jusqu'à la Clyde et fut assassiné par son rival Morcant. Ce royaume, connu sous le nom de " royaume de Strathclyde " (vallée de la Clyde), était le plus évolué des peuples de l'actuelle Écosse du point de vue de la civilisation. Les Britons de Strathclyde avaient été en étroit contact avec les Romains pendant deux ou trois siècles, puisque leur territoire s'étendait essentielle-ment au sud du mur d'Antonin, et ils avaient reçu d'eux l'art de l'écriture ainsi que le christianisme. L'apôtre de l'Irlande, saint Patrick (en latin Patricius), était un Briton romanisé qui avait vécu en Gaule avant d'évangéliser l'" île d'Occident " au Ve siècle.

Les légendes et traditions des Britons nous ont été transmises en grande partie par les poèmes épiques gallois du Moyen Age. On y voit entre autres le barde-prophète Myrddin devenu fou après la mort du roi Gwenddolen en 573 et vivant en ermite dans la forêt de Calyddon (Caledonia): c'est le Merlin du " cycle breton " qui nous est familier.

Mais l'incapacité des Britons à s'unir et à s'organiser de façon cohérente les condamnait à l'infériorité face à leurs ennemis. Nous avons vu que dès le VIIe siècle les Anglo Saxons firent disparaître le briton de l'Est. Celui de l'Ouest eut surtout affaire aux scots venus d'Irlande, qui finirent par absorber le Strathclyde, après plusieurs siècles de guerres et d'alliances dynastiques, tandis les Anglo Saxons conquéraient Carlisle et le sud du royaume briton, séparé de ses frères gallois depuis 613.

1 commentaire:

  1. le social est moins important que le biologique. la société n'existe pas, l'adn si.

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