lundi 4 juillet 2011

Big Brother, l'artiste face aux tyrans



Pour la troisième année consécutive, la ville de Dinard (35) renouvelle son engagement en faveur de l'art contemporain, avec l'exposition «Big Brother, l'artiste face aux tyrans», au Palais des arts et du festival, à découvrir jusqu'au 11septembre. L'exposition, qui réunit une soixantaine d'oeuvres - dont cette main de Bouddha, mesurant 6m de long sur 4,20mde haut, pour un poids de 5 tonnes- et dont le thème est la relation de l'art avec le pouvoir, s'articule en six sections: «L'Empire des signes», «Les origines du totalitarisme», «La Société du spectacle», «L'homme révolté», «Lejournal de Moscou» et enfin, «oedipe roi». Exposition ouverte du mardi au dimanche, de 11h à 19h (nocturne le vendredi, jusqu'à 21h). Tarifs: 5€ et 3€ (jeunes de 16 à 18ans et étudiants). (Photo Patrick Chevalier)     

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"La main de Bouddha" du chinois Zhang Huan exposée au Palais des Arts à Dinard, en Bretagne, le 27 juin 2011 (AFP, Damien Meyer)
Carte


 A travers des oeuvres du Russe Andreï Molodkine, du Chinois Zhang Huan ou de l'Algérien Adel Abdessemed, la ville de Dinard présente jusqu'au début septembre "Big Brother: les artistes face au tyran", une exposition où le politique s'affiche sans vergogne.
Sur le parvis, le visiteur est accueilli par la "Main de Bouddha", une main géante en cuivre réalisée en 2006 par Zhang Huan, et par une trentaine de drapeaux de différents pays, reproduits dans une gamme de gris, sans leurs couleurs habituelles - une oeuvre de l'artiste cubain Wilfredo Prieto, "Apolitico".
"J'ai fait le choix de ne pas sélectionner d'artistes dans un militantisme politique, de rester dans cette limite de l'engagement de l'artiste dans l'espace de son atelier, sans engagement dans l'espace public", assure très sérieusement le commissaire de cette exposition d'art contemporain, Ashok Adicéam.
On le croit volontiers. Mais le thème résonne partout, comme le démontrent les références à six essais fondateurs qui rythment l'exposition et dont les auteurs s'égrènent de Sophocle à Walter Benjamin en passant par Guy Debord et Hannah Arendt.
"Pour moi, tout art est politique", répond, en écho au commissaire de l'exposition, le plasticien français Claude Lévêque. "Chez tous les artistes, il y a de l'engagement. C'est à multiples facettes".
Lévêque présente, parmi des oeuvres récentes, "Arbeit macht frei" ("le travail rend libre"), une oeuvre de 1992 qui répond à l'ouverture d'Eurodisney et associe, aux mots du fronton du camp de concentration d'Auschwitz, un Mickey de néon blanc.

Présent à Dinard pour l'inauguration de l'exposition, l'artiste russe Andreï Molodkin, qui vit en France depuis huit ans, revendique lui aussi son engagement politique. Il raconte aux journalistes comment, représentant la Russie à la Biennale de Venise en 2009, il s'est vu interdire de rencontrer la presse par les autorités de son pays, interdiction qu'il s'est évidemment empressé de contourner.
Mais pas besoin de mots. Son oeuvre parle pour lui. Il présente à Dinard des installations à base de "pétrole de Tchétchénie" symbolisant, dit-il, "le sang des soldats russes". En Russie, "parler de politique est devenu quelque chose de tabou. Pour cette raison, beaucoup d'artistes deviennent davantage engagés" dans leur travail, estime-t-il.
Joana Vasconselos a choisi de présenter "War Games", une voiture-modèle Morris Oxford Series VI habillée de fusils en plastique et emplie de jouets en peluche et en plastique, qui interroge le consumérisme et l'accumulation insatiable, marque de fabrique de notre société. Mais le visiteur peut tout aussi bien y voir une dénonciation de la guerre en forme de dérision.
"Le thème avait été retenu avant le début du printemps arabe", qui ne figure donc pas dans l'exposition. "De toute manière, il faut une distanciation par rapport à l'actualité", souligne Ashok Adicéam. A ce sujet, il cite la photographe libanaise Lara Baladi, qui a refusé d'être présente avec une photographie de la place Tahrir, coeur de la révolution égyptienne, expliquant, selon le commissaire: "Il faut faire attention que la politique ne devienne pas de l'art".
Avec 33 artistes, l'exposition regroupe 58 oeuvres, parmi lesquelles 20 installations, 15 peintures et 12 vidéos.
"Big Brother, l'artiste face aux tyrans", Palais des arts de Dinard, jusqu'au 11 septembre.

Pour voir la vidéo de présentation de cette exposition, tout à fait intéressante!

http://culturebox.france3.fr/all/36814/big-brother-l_artiste-face-aux-tyrans-a-dinard#/all/36814/big-brother-l_artiste-face-aux-tyrans-a-dinard




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Source
Résister au ministère de l'amour et retourner au pays doré...
"Big Brother is watching you" annoncent des affiches partout placardées à l'attention des habitants d'Océania, constamment placés dans la ligne de mire du parti et de son chef, Big Brother. Dans 1984 de George Orwell (1903-1950), le personnage principal, Winston Smith, est surveillé par le ministère de l'amour, chargé du "respect de la loi et de l'ordre".
D'amour il n'a que le nom, puisque son rôle est de s'assurer du contrôle de l'information, de l'éducation, des beaux-arts, et surtout du culte de la personnalité du leader charismatique. Son autorité absolue agit en toute impunité pour asservir le peuple : dans cet univers forgé en 1948 par le romancier, l'utopie a tourné au cauchemar. En tenant un journal, Winston ose néanmoins faireœuvre pour offrir aux générations futures un regard sur les actions du gouvernement.
Toujours en sursis dans ce duel qui les oppose aux pouvoirs en présence, les artistes contemporains aiguisent leur imagination, comme un fer de lance contre toute forme de tyrannie. Cette exposition tente de raconter cette lutte des artistes contre toutes formes de dictature.
Commissaire artistique : Ashok Adicéam
Big Brother regroupe 58 oeuvres : vingt installations, quinze peintures, douze vidéos, huit gravures d'un artiste, quatre photographies, quatre sculptures, enfin deux tapisseries. A cette diversité de supports correspond une grande diversité géographique des 33 artistes présentés. Vingt sont originaires d'Europe, cinq du Proche Orient/Pays arabes, quatre d'Amérique, deux d'Asie et deux d'Afrique.
Au total 45 prêteurs soutiennent cette exposition, dont cinq musées et institutions publiques, treize artistes, seize fondations privées et collections particulières et plus d'une dizaine de galeries.
Parce qu'une exposition d'art contemporain pourrait se lire comme un livre, ou plutôt comme plusieurs livres ouverts en même temps, le parcours est composé de six sections, dont les titres et citations proviennent d'essais qui font référence à l'histoire et à l'art dans l'histoire :
L'empire des signes (Roland Barthes): espace public, parvis et entrée du Palais
Les origines du totalitarisme (Hanna Arendt): Acte I
La société du spectacle (Guy Debord): Acte II
L'homme révolté (Albert Camus): Acte III
Le journal de Moscou (Walter Benjamin): Acte IV
Oedipe Roi (Sophocle): Acte V
Il s'agit dans le parcours de l'exposition de questionner devant chaque oeuvre l'attitude de l'artiste: qui est son tyran, quelle est sa manière de lui résister? En effet, qu'il défie la figure du dictateur et l'excès de pouvoir du despote, qu'il dénonce la tyrannie de la société de consommation ou la guerre des images imposées par les nouvelles technologies, l'artiste "engagé" fait face à toutes les propagandes et à toutes les oppressions.
Le seuil de cette fonction de vigilance critique s'établit au rapport des forces en présence, entre celles de l'artiste et celles de son tyran. A la fin du parcours, comme dans une tragédie grecque ou comme dans le "Ministère de l'Amour" du livre de george Orwell, ces deux protagonistes sont renvoyés face à face dans un jeu de miroir renversant où Big Brother est à la fois celui qui observe et celui qui est observé.
Exposition du 11 juin au 11 septembre 2011.
Palais des Arts et du festival, 2 Boulevard du Président Wilson -35800 Dinard. Tél.: 02 99 16 30 63. Entrée libre tous les jours de 11h00 à 19h00.

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