mardi 12 juillet 2011

Une passion nommée Jane Austen...

(1775-1817)

Née le 16 décembre 1775 à Steventon, près de Basingstoke (Hampshire), dans le presbytère de son père, George, pasteur anglican de ce village de trente familles, elle était la dernière de ses huit enfants (six garçons et deux filles).

En 1783, selon la tradition familiale, Jane, sa sœur aînée, Cassandra, et leur cousine, Jane Cooper, furent envoyées à Oxford pour y être éduquées par Mrs Ann Cawley qu'elles suivirent à Southampton un peu plus tard cette même année. Les deux sœurs y contractèrent le typhus qui manqua d'emporter Jane. Elles furent ensuite élevées chez leurs parents jusqu'à leur départ en pension, au début de l'année 1785, à ‘’Abbey house school’’, à Reading. L'enseignement dans cet établissement comprenait vraisemblablement le français, l'orthographe, les travaux de couture et de broderie, la danse, la musique, et peut-être le théâtre. Mais, dès décembre 1786, tandis que leur frère, Francis, entrait dans la ‘’Royal naval academy’’, à Portsmouth (il allait y être suivi, en 1791, par Charles, le plus jeune frère ; tous deux allaient servir dans la ‘’Royal navy’’ pendant les guerres contre la France, devenir tous deux amiraux, et amasser une fortune grâce à leurs prises), Jane et Cassandra furent de retour chez elles, car leurs parents ne pouvaient plus financer leur pension. L'éducation de Jane fut alors complétée à domicile par la lecture, orientée par son père et ses frères, James et Henry.

Il semble que George Austen ait donné à ses filles un libre accès à l'ensemble de sa bibliothèque, à la fois importante (près de cinq cents ouvrages) et variée (essentiellement littérature et histoire). Elle y découvrit les poèmes de Pope et de Shakespeare, les essais d'Addison et de Johnson, les romans d’écrivaines telles que Charlotte Lennox, Ann Radcliffe, Fanny Burney, Frances Sheridan, Frances Brooke, Jane West, Charlotte Smith et Elizabeth Inchbald, mais aussi ceux de Samuel Richarson, Henry Fielding, Lawrence Sterne, Walter Scott, Fenimore Cooper et George Crabbe. Il toléra certaines tentatives littéraires parfois osées de Jane, qui révéla très tôt ses dons d’observation et d’expression, et, selon toute vraisemblance, commença dès 1787 à écrire des poèmes, des histoires et des pièces pour son propre amusement et celui de sa famille. Il fournit à ses filles le papier et le matériel coûteux dont elles avaient besoin pour les dessins et aquarelles de Cassendra, les écrits de Jane. La vie au presbytère baignait dans une atmosphère intellectuelle ouverte, amusée et facile, où les idées sociales et politiques autres que celles des membres de la famille étaient prises en compte et discutées.

D’autre part, la famille et des amis proches montaient des pièces de théâtre, pour la plupart des comédies qui contribuèrent au développement du sens comique et satirique de la future écrivaine, aiguisé déjà lors des réunions familiales, ses frères, comme elle, ne manquant pas d'esprit, et se livrant à de joyeux échanges verbaux. Entre familles amies, on se réunissait pour de simples soirées, où une demoiselle faisait montre de ses talents de pianiste, et on organisait aussi des dîners, des bals, des jeux de cartes, ou des parties de chasse à courre.

En 1792, Cassandra se fiança à Tom Fowles, qui allait, en 1797, mourir d'une mauvaise fièvre au large de Saint-Domingue.

Jane fut attachée à sa cousine germaine, Eliza Hancock, qui était devenue comtesse par son mariage avec un aristocrate français, Jean-François de Feuillide, qui avait été guillotiné en février 1794. Cette femme sophistiquée, mondaine et charmante, de quatorze ans son aînée, rendit visite aux Austen, et flirta dangereusement avec Henry qu’elle épousa en 1797.

Poussée par le désir de distraire le cercle de famille, Jane Austen, tranquillement, simplement, se mit «écrire en cachette derrière une porte grinçante», comme allait le révéler son neveu, des textes de genres variés :

The History of England’’
(écrite vers 1790)
L'Histoire de l'Angleterre’’

Essai de 34 pages
C’est une parodie, écrite par «un historien partial, plein de préjugés et ignorant», d'écrits historiques en vogue, et tout particulièrement, de ‘’L’Histoire d'Angleterre’’ d'Oliver Goldsmith, publiée en 1771, qui allait des premiers âges jusqu'à la mort de Georges II.
Le texte fut illustré de treize aquarelles miniatures de Cassandra Austen.


‘’Love and friendship’’
(écrit vers 1790)
Amour et amitié
Recueil de nouvelles

Dans les lettres que Laura envoie à Marianne, la fille de son amie, Isabel, se déroule une histoire qui met en scène d'extraordinaires coïncidences et retours de fortune.

Isabel était la comtesse de Feullide à laquelle l’oeuvre fut dédiée.

Elle ressemble à un conte de fées, mais tout s’y passe mal. C’est clairement une parodie des romans épistolaires sentimentaux à la mode, que Jane Austen lisait étant enfant, comme l’indique le sous-titre : ‘’Deceived in friendship and betrayed in love’’ («Trompée en amitié et trahie en amour»), qui vient en quelque sorte contredire le titre. Y apparaissaient déjà l'humour aigu et le dédain de l'émotion romanesque dont elle allait faire preuve dans les romans de sa maturité.


‘’Lesley Castle’’
(écrit vers 1792)
Roman épistolaire

À travers une série de lettres, Miss Margaret Lesley et Miss Charlotte Lutterell divulguent leurs intimes secrets, chacune révélant ses vraies priorités : si un fiancé est mortellement blessé la nuit précédant son mariage, on doit d’abord se soucier de la riche nourriture qui va être gâchée. Elles échangent des avis sur l’adultère, les fugues amoureuses, le divorce et le remariage.

Plein d’intrigues et de personnages secondaires, le roman contient certains passages amusants, Jane Austen infligeant de plus en plus à ses héroïnes son ironie impitoyable. Il ne fut pas terminé.





‘’Lady Susan’’
(écrit entre 1793 et 1795, publié en 1871)
Roman épistolaire



Lady Susan Vernon est une veuve égoïste, complètement immorale et pervertie. Très jolie femme d'environ trente-cinq ans qui en paraît dix de moins, elle est une séductrice libre de tout engagement, une prédatrice sexuelle qui use de son intelligence et de son charme pour manipuler, trahir et tromper ses victimes, amants, amis ou proches ; elle déclare «aimer avoir le plaisir de triompher sur un esprit préparé à me détester, et prévenu contre toutes mes actions passées». Elle entretient plusieurs flirts appuyés, envisageant nonchalamment un mari. Mère tyrannique, elle cherche un riche époux pour sa fille de seize ans, la très timide Frederica, avec laquelle elle a de mauvais rapports ; elle voudrait la voir épouser Sir James Martin, un homme riche et stupide.

Le roman est composé de quarante et une lettres, correspondance essentiellement de Lady Susan avec son amie, Mrs Alicia Johnson, et de Mrs Vernon (la femme de son beau-frère, née Catherine de Courcy) avec sa mère, Lady de Courcy, qui déteste profondément Lady Susan. Il y a encore quelques lettres d'autres personnages, comme celles de Réginald de Courcy à Lady Susan.
C'est une histoire aussi bien ourdie qu'une pièce de théâtre, au ton cynique, qui se termine un peu abruptement, par une conclusion d’un style beaucoup plus léger. Ce court roman occupe une place unique dans l'œuvre de Jane Austen car c’est l’étude d'une femme adulte dont l'intelligence et la force de caractère sont supérieures à celles de tous ceux dont elle croise la route.
Jane Austen ne songea pas à publier le roman qui ne le fut que par James Edward Austen Leigh, son neveu et son premier biographe, dans la seconde édition (1871) de ‘’A memoir of Jane Austen’’ (‘’Souvenirs de Jane Austen’’).
Elinor and Marianne’’
(avant 1796)
Roman épistolaire

On ne sait rien de cette œuvre qui fut perdue, mais dont le sujet allait être repris dans ‘’Raison et sensibilité’’.


Plus tard, Jane Austen fit des transcriptions de vingt-sept de ses œuvres écrites de 1787 à 1793, en trois carnets reliés, aujourd'hui connus sous le nom de ‘’Juvenilia’’. Ce sont des textes anarchiques et d’une turbulente gaieté. Certains manuscrits révèlent qu’elle continua à y travailler jusque vers 1809-1810.
En décembre 1795, Thomas Langlois Lefroy, un jeune homme séduisant mais quelque peu inepte, le neveu d'une famille voisine, vint à Steventon. Fraîchement diplômé de l'université, il s'apprêtait à déménager à Londres pour s'y former au métier d'avocat. Il fut sans doute présenté à Jane Austen lors d'une rencontre entre voisins ou au cours d'un bal. Elle confia à Cassandra : «J'ai presque peur de te raconter comment mon ami irlandais et moi nous sommes comportés. Imagine-toi tout ce qu'il y a de plus dissolu et de plus choquant dans notre façon de danser et de nous asseoir ensemble.» Mais la famille Lefroy intervint et éloigna le jeune homme à la fin de janvier. Les deux jeunes gens savaient bien que le mariage n'était pas envisageable : ni l'un ni l'autre n’étaient fortunés, et lui dépendait d'un grand-oncle irlandais pour payer ses études de droit, et s'établir dans sa profession. Elle attendit cependant qu’il finisse ses études pour la demander en mariage, ce qu’il ne fit pas, se fiançant plutôt en Irlande. Il revint plus tard dans le Hampshire, mais il y fut soigneusement tenu à l'écart des Austen, et Jane ne le revit plus jamais. En 2007, cette relation servit de base à une pièce radiophonique d’Elizabeth Lewis, "Jane and Tom : The real Pride and prejudice".
En 1796, Jane Austen commença un autre roman, ‘’First impression’’, dont elle termina le premier jet en août 1797. Comme toujours, elle lut le manuscrit en préparation à haute voix, et, très vite, l'ouvrage plut à la famille. Son père entreprit alors des démarches en vue d'une première publication. En novembre 1797, il écrivit à Thomas Cadell, éditeur londonien de renom, pour lui demander s'il serait disposé à publier «un roman manuscrit, comprenant trois volumes, à peu près de la longueur de ‘’Evelina’’, de Miss Burney», le risque financier étant endossé par l'autrice. Cadell refusa rapidement. Il se peut que Jane Austen n'ait pas eu connaissance de cette initiative paternelle. Quoi qu'il en soit, après avoir terminé ‘’First impression’’, elle retourna à ‘’Elinor and Marianne’’, et, de novembre 1797 jusqu'au milieu de 1798, elle le retravailla en profondeur, renonçant au format épistolaire en faveur d'un récit à la troisième personne.
Vers le milieu de 1798, elle commença un roman provisoirement intitulé ‘’Susan’’. C'était une satire des romans gothiques qui faisaient rage depuis 1764, et avaient encore une belle carrière devant eux. L'œuvre fut terminée environ un an plus tard. Au début de 1803, Henry Austen la proposa à un éditeur londonien, Benjamin Crosby, qui l'acheta pour dix livres sterling, promit une publication rapide, annonça que l'ouvrage était «sous presse», et en resta là. Le manuscrit allait dormir chez lui jusqu'en 1816, lorsque Jane Austen elle-même lui en reprit les droits. Il devint :


Northanger abbey”
(écrit vers 1798, publié en 1818)
Catherine Morland ou L’abbaye de Northanger’’
(1946)
Roman

Catherine Morland, fille d'un riche pasteur, s'éprend du jeune Henry Tilney. Le père de celui-ci, le général Tilney, invite Catherine à passer quelque temps chez eux, dans I'abbaye de Northanger, vieille demeure médiévale. Jeune femme romantique dont I'imagination a été exaltée par la lecture des ténébreux romans d’Ann Radcliffe, elle aime à se faire peur ; elle voit donc l'abbaye comme un lieu ayant connu de sombres drames, à l'instar des extravagances gothiques qu'elle apprécie tant ; elle croit découvrir un mystérieux manuscrit et un affreux délit dont I'auteur serait le général lui-même. Heureusement, Henry s'aperçoit de ces fantaisies, et la ramène à la réalité, plus simple et plus normale (le mystérieux manuscrit se révèle n'être qu'une simple note de blanchisserie oubliée !), au bon sens et à la raison, à un paisible bonheur domestique. Entre-temps, les fiançailles du frère de Catherine, Jean, et d'Isabelle Thorpe, jeune fille infatuée d'elle-même et vulgaire, sont rompues, et le frère d'lsabelle dénigre âprement la famille Morland auprès du général Tilney. Celui-ci, qui, attiré par la richesse supposée des Morland, avait bien accueilli Catherine, et avait cherché, par tous les moyens, à combiner un mariage avec son fils, croyant aux calomnies du jeune Thorpe, chasse sans plus de façons la jeune fille. Pour réparer I'insulte faite par son père, Henry s'empresse de demander sa main. Finalement, la situation de la famille Morland est éclaircie, et le général accorde son consentement.

Ce roman a un ton juvénile, et présente un caractère de farce qui le distingue des autres. Cette allègre satire du roman gothique fut inspirée par le roman de Charlotte Lennox ‘’The female Quixote’’ (1752) où l’héroïne, la solitaire Arabella, grandit en croyant que les romans du XVIIe siècle qu’elle trouva sur les rayons de la bibliothèque de sa mère décédée reflétaient les mœurs et les comportements contemporains, ce qui la conduisit à de folles suppositions et à des faux pas comiques, jusqu’à ce qu’elle saute dans la Tamise pour éviter un viol. Mais Jane Austen rendit un hommage appuyé à Fanny Burney, dont les romans, ‘’Camilla’’, ‘’Evelina’’, ‘’Cecilia’’, critiquaient l'hypocrisie de la société patriarcale, car on y voyait les personnages masculins opprimer les femmes qu'ils étaient censés protéger. Aussi trouve-t-on aussi, dans un long développement à la fin du chapitre 5, une apologie des romans.
Catherine Morland est une jeune écervelée romanesque qui est attachée à une univers fictif plus satisfaisant que celui qu’offre la réalité, les femmes y jouissant d’autodétermination, et exerçant un pouvoir. Le roman fut donc écrit pour tourner en ridicule la passion des lecteurs pour les romans gothiques ou romans noirs, cette prise de position contre certains aspects du romantisme caractérisant d’ailleurs les premières oeuvres de Jane Austen, qui étaient fondées sur son sain équilibre, son bon sens et sa sérénité d'âme. Pour ce portrait, elle déploya son talent de miniaturiste. Elle sut, en particulier, par le discours indirect libre, par des phrases incomplètes et hachées, rendre compte de l'émoi de Catherine, dont les idées s'entrechoquent et se télescopent au moment où elle fait ses bouleversantes découvertes.
Le roman fut vendu en 1803, pour dix livres, à l’éditeur londonien Richard Crosby, qui ne le publia pas. Racheté en 1816 par les membres de la famille, il sortit finalement, avec ‘’Persuasion’’, après la mort de l’autrice, en 1818.
Il fut adapté deux fois pour la télvision : en 1986, par Giles Foster, avec Katharine Schlesinger ; en 2007, par Jon Jones, avec Felicity Jones et JJ Feild.


Sir Charles Grandison, ou L’homme heureux’’
(vers 1800)
Pièce de théâtre en cinq actes

Tandis que Charlotte, la sœur de sir Charles Grandison, montre peu d'empressement à se marier, Harriet Byron, courtisée par Sir Hargrave Pollexfen, le rejette. Il l'enlève, l’emprisonne dans la maison de Mrs Awberry. Elle n'est libérée que lorsque Sir Charles Grandison accourt pour la secourir.

Cette courte pièce de théâtre, commencée en 1793, un temps délaissée puis reprise, était la parodie de quelques résumés à usage scolaire du roman favori de Jane Austen, ‘’L'histoire de Sir Charles Grandison’’ (1753), de Samuel Richardson.
***
En décembre 1800, le révérend George Austen prit sans préavis sa retraite, décida de partir de Steventon et de déménager avec sa famille à Bath, dans le Somerset, ville d’eau à la mode. Si cette cessation d'activité et ce voyage furent une bonne chose pour les aînés, Jane Austen fut bouleversée à l'idée d'abandonner la seule maison qu'elle ait jamais connue. Pendant son séjour à Bath, elle cessa d’ailleurs pratiquement d'écrire, ce qui pourrait être l'indice d'une profonde dépression.
En 1801, elle vécut peut-être une brève aventure sentimentale avec un homme rencontré lors de vacances à Sidmouth, mais qui décéda peu après.
En décembre 1802, elle reçut sa seule proposition de mariage. Elle et sa sœur étaient en visite chez Alethea et Catherine Bigg, des amies de longue date qui vivaient près de Basingstoke. Leur plus jeune frère, Harris Bigg-Wither, ayant terminé ses études à l'université d'Oxford, se trouvait à la maison. Il demanda la main de Jane, qui accepta car elle le connaissait depuis l'enfance, et le mariage offrait de nombreux avantages tant pour elle-même que pour sa famille : comme il était l'héritier de vastes propriétés familiales situées dans la région, elle pouvait ainsi assurer à ses parents une vieillesse confortable, donner à Cassandra une maison qui soit à elle, et peut-être, aider ses frères à faire carrière. Mais c’était un grand gaillard manquant de séduction, d'aspect quelconque, parlant peu, bredouillant dès qu'il ouvrait la bouche et se faisant même agressif dans la conversation, pratiquement dénué de tact. Le lendemain matin, s’étant rendue compte qu'elle avait fait une erreur, elle retira son consentement.
De retour à Bath, elle travailla un peu à ‘’Susan’’, commença puis délaissa un nouveau roman, qu’on allait appeler :


‘’The Watsons’’
(vers 1803)
Roman

L’héroïne, Emma Watson, revient à la maison après quatorze années passées avec une tante bien-aimée, qui s’était remariée. Habituée à une vie faite d’aisance, de chaleur et d’intelligence, elle retrouve un père qui est un pasteur invalide et sans grandes ressources financières, des soeurs mesquines et jalouses, sinon vulgaires, des frères obtus.

C’est la poignante exploration de l’endurance d’une jeune femme face à des conditions de vie réduites, une étude sur les dures réalités économiques de la vie des femmes financièrement dépendantes.
Jane Austen laissa le roman inachevé, certainement parce que sa propre situation ressemblait trop à celle de ses personnages pour qu'elle n'en ressentît pas un certain malaise.
On lui donna le titre ‘’The Watsons’’ quand il fut publié en 1871 par James Edward Austen Leigh, neveu et premier biographe de la romancière, dans la seconde édition de ‘’A memoir of Jane Austen’’ (‘’Souvenirs de Jane Austen’’).
En 1997, la romancière Joan Aiken continua et termina l’histoire, en y introduisant un nouveau personnage.
***


Le 21 janvier 1805, George Austen mourut, emporté rapidement par une maladie. Pendant quelques mois, Jane Austen cessa d’écrire.
Il laissait dans le besoin son épouse et ses deux filles, qui, éternelles mineures aux yeux de la loi, furent victimes de celle interdisant aux filles d'hériter de biens immobiliers. Leurs frères s'engagèrent à les soutenir par des versements annuels. Dans les quatre années qui suivirent, les trois femmes furent, la plupart du temps, en location à Bath, puis, à partir de 1807, à Southampton, où elles partagèrent une maison avec Frank Austen et sa jeune épouse. L'atmosphère où Jane évoluait s'appauvrit, les relations d'une veuve et de ses filles célibataires se limitant à des gens de situation analogue.
En 1808, Elizabeth, la femme d'Edward, étant morte en couches en donnant naissance à leur onzième enfant, elle se chargea de l'éducation de ses neveux et nièces. Elle était intarissable en trouvailles pour amuser les enfants.
Le 5 avril 1809, elle écrivit à l’éditeur Richard Crosby pour lui exprimer sa colère, et lui proposer, si nécessaire, une nouvelle version de ‘’Susan’’ pour une parution immédiate. Il répondit qu'il ne s'était engagé à aucune échéance, ni même à une publication, mais qu’elle pouvait lui racheter les droits pour les dix livres qu'il avait payées, et se trouver un autre éditeur. N’ayant pas les moyens d'effectuer cette transaction, elle ne put récupérer son manuscrit.
Edward Austen offrit à sa mère et à ses sœurs une vie plus stable en mettant à leur disposition, dans le village de Chawton, près de Alton (Hampshire), un grand cottage qui faisait partie de son domaine. Elles y emménagèrent le 7 juillet 1809. Anna, nièce de Jane, raconta leur quotidien : «C'était une vie très calme, de notre point de vue, mais elles lisaient beaucoup, et en dehors des tâches domestiques, nos tantes s'occupaient à aider les pauvres et à apprendre à lire ou à écrire à tel garçon ou telle fille». Elles ne fréquentèrent pas la «gentry» avoisinante, ne recevant que lors de visites familiales. Jane Austen, qui, semble-t-il, fut dispensée de certaines tâches de façon à pouvoir se consacrer davantage à ses manuscrits, écrivait presque tous les jours. Ainsi, dans ce nouvel environnement, elle retrouva l'entière plénitude de ses capacités créatrices, et, pendant son séjour à Chawton, ayant pris la décision d'écrire pour gagner de l'argent, de devenir une écrivaine professionnelle, elle entreprit désormais des œuvres plus longues et plus complexes, allait réussir à publier quatre romans.
D’abord, elle reprit le roman épistolaire ‘’Elinor and Marianne’’ pour le refondre. Par l'entremise de son frère, Henry, l'éditeur Thomas Egerton accepta de le publier, sous le pseudonyme «A lady», sa condition de femme de la bonne société lui interdisant de revendiquer le statut d'écrivain à part entière, et sous le titre :


Sense and sensibility”
(octobre 1811)
Raison et sensibilité ou Les deux manières d’aimer”
(1815)
Roman de 442 pages

Après la dégringolade sociale de leur famille, chassée de la noblesse terrienne pour se retrouver dans la bourgeoisie, deux sœurs, les demoiselles Dashwood, Elinor et Marianne, vivent ensemble dans un cottage où la pauvreté est vertu. Autour d’elles, se rencontrent les cupides et les stupides, les méchants séducteurs et les vaillants sauveurs. Tout tient à un cheveu : hériter ou être déshérité, céder à la passion ou faire un mariage de raison. On suit leurs espoirs et leurs désillusions. Elinor garde ses sentiments pour elle et s'attache à ne pas les laisser transparaître, sait dominer sa passion, conduit sa vie avec bon sens et fermeté en répondant aux exigences de la raison. Aux antipodes, Marianne, nature passionnée écoutant son coeur, laissant libre cours à ses sentiments et aimant cultiver leur épanchement, est tout feu tout flamme et, bien entendu, se brûle, son prétendu amoureux se révélant plein de duplicité. «Je gouvernerai mes sentiments et j'amenderai mon caractère» : telle est la résolution qu’elle prend alors. Les deux soeurs souffrent beaucoup, mais, à la fin, tout finit par des mariages, Marianne, déçue par les premiers élans de son coeur, trouvant le véritable amour, tandis que réussit aussi Elinor, qui est non moins amoureuse.

Par rapport à ‘’Elinor and Marianne’’, le changement de forme et de titre (Jane Austen ayant trouvé plaisante l'allitération créée par les consonnes initiales communes de «sense» et de «sensibility») est révélateur : ce ne sont plus deux personnes différentes qui nous parlent, mais un seul narrateur, l’autrice, qui nous parle pour toutes les voix qu’elle créa en restant fidèle à une syntaxe commune pour faire passer ses idées.
L’amoureux plein de duplicité de Marianne fut sans doute inspiré par Sir Willoughby, l’élégant malotru dont les poursuites menacent la réputation d’Evelina, héroïne du roman éponyme de Frances Burney. On trouve aussi dans le roman des échos d’une autre oeuvre de Frances Burney, ‘’Camilia’’.
Jane Austen y reprit le thème traité dans ‘’Catherine Morland ou L’abbaye de Northanger’’ : celui de la maturation, à travers l’expérience, d’une jeune fille animée de la nouvelle et frémissante sensibilité romantique, de I'illusion lyrique. Comme dans ses autres romans, l’intrigue tourne autour du mariage, les protagonistes finissant par épouser les partenaires qu’ils méritent. La prose de l’écrivaine épouse exactement le mouvement entre les déformations et l’aveuglement créés par la passion, et le bon sens raisonnable qui semble toujours leur succéder, et qui est la source de I'amour authentique.
Sensible au charme de la campagne anglaise, dans le chapitre 9, elle décrit abondamment les beautés du Devon, autour de Barton Cottage, qui incitent à la promenade.
La critique fut élogieuse, et le roman fut prisé dans les cercles influents. Dès le milieu de 1813, le tirage était épuisé.
Il demeura une oeuvre phare du XIXe siècle, qui influença parmi les plus grands (Henry James et Virginia Woolf, notamment).
Une traduction en français fut réalisée du vivant de l'autrice par la baronne Isabelle de Montolieu. En 2009, elle a été revue par Hélène Seyrès, qui a préféré le titre ‘’Le coeur et la raison’’.
En 1971, le roman fut adapté dans une mini-série de David Giles pour la B.B.C., avec Joanna David dans le rôle d'Elinor et Ciaran Madden dans celui de Marianne.
En 1981 fut produite, par Rodney Bennett, une autre mini-série pour la B.B.C., avec Irene Richard et Tracey Childs.
En 1995, le roman a été porté à l'écran par Ang Lee, sur un scénario d’Emma Thompson, avec elle et Kate Winslet qui furent mises en nomination aux oscars pour leurs rôles, tandis que le scénario obtint une statuette étant considéré comme le meilleur scénario adapté.
En 2000, l’Indien Kandukondain Kandukondain produisit un film, avec Tabu et Aishwarya Rai.
En 2008, une nouvelle mini-série pour la B.B.C, fut tournée par John Alexander, avec Hattie Morahan et Charity Wakefield.
En 2009, ‘’Sense and sensibility and sea monsters’’, de Ben H. Winters, fut une parodie.


Le revenu que tira Jane Austen de ‘’Raison et sensibilité’’ lui permit une certaine indépendance, tant financière que psychologique.
Elle retravailla ’First impression’’, dont elle vendit les droits pour cent dix livres sterling à l’éditeur Egerton, le publiant sous un autre titre, avec la mention «par l'auteur de ‘’Sense and Sensibility’’» :


Pride and prejudice”
(janvier 1813)
Orgueil et préjugé”
Roman en trois tomes

Tome I

À Longbourn, petit bourg du Hertfordshire, sous le règne du roi George III, Mrs Bennet est déterminée à marier ses cinq filles afin d'assurer leur avenir, compromis par certaines dispositions testamentaires. Lorsqu'un jeune homme riche et beau, Mr Bingley, loue Netherfield, un domaine proche, un grand remue-ménage s'ensuit dans toutes les familles des environs qui voient en lui un parti splendide pour leurs filles. Mrs Bennet espère vivement qu'une de ses filles saura lui plaire assez pour qu'il l'épouse. Malheureusement, il est accompagné de ses deux sœurs, Caroline et Louisa, plutôt imbues d'elles-mêmes, et d'un ami très proche, Mr Fitz-William Darcy, jeune châtelain immensément riche, mais hautain, arrogant, très dédaigneux et méprisant envers la société locale. Or la famille Bennet est de condition modeste ; de plus, le père est négligent, et la mère, qui est analphabète, a des manières vulgaires et manque de tact.
Elizabeth, garçonne espiègle, au jugement hâtif et tranchant, observe avec amusement ce petit monde. Si elle apprécie le charmant Mr Bingley, elle est irritée par le fier Mr Darcy, qui, à leur première rencontre, au cours du bal organisé dans le bourg voisin de Meryton, a refusé assez impoliment de danser avec elle (même si elle en plaisante en disant : «Je pourrais facilement lui pardonner son orgueil s'il n'avait mortifié le mien»). Elle lui voue une antipathie immédiate, le méprise parce qu'elle croit qu'il la méprise (d'où la méprise) ; elle est victime d’un «préjugé» que le séduisant George Wickham, jeune officier récemment arrivé, sympathique mais d'une moralité douteuse, qui connaît Darcy depuis l'enfance, entretient soigneusement par ses confidences.
Ayant donc des motifs personnels pour détester Darcy, elle se montre à la limite de l'insolence lorsque celui-ci, qui apprécie de plus en plus sa vivacité et son intelligence, cherche à mieux la connaître. Elle observe avec plaisir l'évolution des sentiments de Jane, sa sœur préférée, pour Bingley, et prête une oreille attentive au beau Wickham qui ne la laisse pas indifférente. Il lui faut aussi garder son sang-froid devant le ridicule Mr Collins, ce cousin qui héritera de leur propriété de Longbourn à la mort de Mr Bennet. Récemment nommé curé de Hunsford, dans le Kent, il cherche à prendre femme, comme le lui a conseillé Lady Catherine de Bourgh, sa protectrice, et a jeté son dévolu sur Elizabeth, à la grande satisfaction de Mrs Bennet, qui voit déjà ses deux aînées mariées.
Au cours du bal organisé à Netherfield où il invite Elizabeth à danser, Darcy se rend compte que le mariage de Bingley avec Jane Bennet est considéré comme pratiquement acquis par la société locale, et, avec l'aide de Miss Bingley, qui, comme lui, le considère comme une mésalliance, convainc Charles Bingley de passer l'hiver à Londres. Mrs Bennet voit donc s'écrouler tous ses projets matrimoniaux : Bingley est parti, et Mr Collins, refusé par Elizabeth, a demandé la main de sa meilleure amie, Charlotte Lucas, qui, intelligente et sensible mais peu riche, prend son parti de l’accepter.

Tome II

Caroline Bingley, dans une lettre à sa «chère Jane» anéantit tout espoir : elle lui confirme qu'ils ne retourneront pas à Netherfield, et avoue perfidement son souhait de voir son frère épouser Miss Darcy. Wickham dénigre ouvertement Darcy maintenant que ce dernier est parti. Mr Collins épouse Charlotte, et l'emmène dans le Kent. Les Gardiner viennent passer Noël chez les Bennet, et repartent avec leur nièce, Jane, à Londres où ils habitent. La rancœur d'Elizabeth augmente au cours de l'hiver : Jane, à Londres, n'a aucune nouvelle de Bingley, et elle est persuadée que Darcy en est responsable. Elle le rencontre sans plaisir à Pâques, à Rosings Park, chez Lady Catherine de Bourgh (qui se trouve être sa tante), Charlotte l'ayant invitée à passer quelques semaines au presbytère. Aussi, lorsque Darcy (qui, à sa grande surprise, est tombé amoureux d'elle) la demande en mariage (avec hauteur et condescendance, car il a le sentiment de déchoir en contractant un mariage avec elle du fait de la condition inférieure de sa famille, et il ne s'en cache pas), elle, femme intelligente en quête d'émancipation, est indignée, et le refuse tout net, en lui reprochant son orgueil et sa vanité, affirmant qu'elle n'épousera jamais l'homme qui a empêché le bonheur de Jane, et a honteusement traité Wickham.
Darcy choisit alors de justifier ses actions, et explique dans une longue lettre les motifs de son ingérence dans l'idylle de Jane et Bingley : il reconnaît qu'il n'a pas hésité à écarter son ami de Jane Bennet, et qu'il lui a caché qu'elle était à Londres. Il a pris sa réserve pour de l'indifférence, mais l'obstacle essentiel est, à ses yeux, le comportement et les relations de sa famille. Il détaille ensuite longuement les motifs de son attitude à l'égard de Wickham : ce compagnon de son enfance, joueur, fourbe et dépravé, coureur de dot, a failli l'été précédent réussir à persuader sa sœur, Georgiana, alors âgée de quinze ans, de s'enfuir avec lui.
Elizabeth apprend à son père ce que Mr. Darcy a fait pour Lydia. Elle découvre ainsi, avec consternation, que Jane, pourtant irréprochable elle-même, a fait les frais de la vulgarité de sa mère et de ses jeunes sœurs, et qu'elle-même s'est laissée aveugler par sa vanité blessée. À la lumière de ces révélations, elle est forcée de revoir son opinion et ses sentiments pour Darcy. Mais ces confidences, qu'elle ne peut pas entièrement partager avec Jane, pèsent sur son moral. Et elle ne peut pas davantage expliquer à son père pourquoi il lui paraît si peu judicieux que Lydia accompagne le régiment dans ses quartiers d'été à Brighton. Mais elle se réjouit de faire un voyage au cours de l'été avec son oncle et sa tante Gardiner dans le Derbyshire, dans le nord de I'Angleterre, et se laisse convaincre par sa tante de visiter Pemberley, ledomaine des Darcy.

Tome III

La visite du beau domaine de Pemberley l'enchante et lui présente Darcy sous un jour très différent, car il y est connu et aimé comme un maître généreux et bienveillant. Au cours d'une rencontre imprévue, il se montre aimable avec les Gardiner, lui présente sa sœur, fait tout pour montrer à la jeune femme, qui joue avec fierté la comédie de la froideur, qu'il a compris I'absurdité de ses préjugés passés et de son stupide orgueil. Mais Elizabeth reçoit des nouvelles alarmantes de Longbourn : Lydia s'est enfuie avec Wickham. Il faut rentrer sans délai. Elle est persuadée que cette dernière épreuve va la séparer définitivement de Darcy. Or elle apprend qu'il est intervenu pour sauver Lydia, obliger Wickham à l'épouser et assurer leur avenir. Puis elle découvre qu'il «a permis» à Bingley de renouer avec Jane. Elle accepte alors ses sentiments pour lui, et finit par accueillir avec joie le renouvellement de sa demande en mariage, qui a lieu malgré l'opposition de l'orgueilleuse tante du jeune homme, Lady Catherine de Bourgh, malgré que des rencontres soient compromises par toutes sortes d’interférences familiales et sociales, de la part de soeurs indignes, de mères hystériques, de traîtres, d’envieux et d’autres prophètes de malheur, qui les tiennent éloignés l’un de l’autre.
Le dernier chapitre traite de l'avenir des protagonistes : Lydia et Wickham vivent au jour le jour, toujours endettés, et quémandant sans cesse de l'argent à Jane et Elizabeth qui ouvrent leur bourse personnelle ; à Pemberley, les Darcy vivent heureux avec Georgiana ; Darcy pardonne à Lady Catherine le mal qu'elle a dit d'Elizabeth ; les Bingley, pour échapper à Mrs Bennet et aux commérages oppressants de Meryton, achètent un domaine près du Derbyshire, à la grande joie d'Elizabeth ; Kitty passe le plus clair de son temps chez ses aînées où elle côtoie une société plus distinguée ; Mr Bennet s'invite à l'improviste, et les Gardiner sont toujours les bienvenus.

Le titre (pour lequel de nouveau Jane Austen trouva plaisante l'allitération créée par les consonnes initiales communes de «pride» et «prejudice») fut inspiré par les mots «Orgueil et préjugés», qui apparaissent trois fois dans la conclusion du roman de Frances Burney, ‘’Cecilia’’. Les deux romans se ressemblent d'ailleurs, aussi bien par leurs personnages que par leur intrigue. D’autre part, comme Evelina, une autre héroïne de Frances Burnett, Elizabeth subit des parents vulgaires et embarrassants dont la conduite déplaît aussi à son éventuel époux.
Dans cette superbe histoire d’amour, dans l’intrigue principale, qui est la turbulente relation d’Elizabeth avec Darcy, Jane Austen reprit le thème qu’elle avait déjà traité dans ‘’Catherine Morland ou L’abbaye de Northanger’’ et dans ‘’Raison et sentiment’’, celui de la maturation d’une âme romantique à travers l’expérience. Elizabeth, fille à marier mal pourvue sur le plan économique, marginale dans sa famille où sa soeur aînée porte le fardeau de l'espoir, elle celui de la défaite, mais qui a du caractère, refuse de suivre la voie toute tracée dans laquelle voudrait l’engager sa mère, est une rebelle qui refuse de se conformer aux normes de la société, étant dotée d’une très fine perception critique, et n'épousant Darcy que lorsqu'il éprouve pour elle un amour authentique, débarrassé de tous préjugés sociaux. Sa conception est, au fond , celle de l’amour courtois, Son romantisme triomphe des obstacles opposés à son mariage. Si rien n'est simple pour elle, les erreurs de jugement, la volonté d’y voir clair, et en soi-même pour commencer, sont le chemin le plus court pour parvenir au bonheur final. Ellle est une héroïne moderne en cela qu'elle met son coeur au service de la raison, et non l'inverse. À son contact et (secrètement) sous son influence, Darcy finit par emprunter le même chemin.
À côté de ces protagonistes attachants, une large et colorée galerie de personnages secondaires est traitée avec une ironie mordante, saisie d’un crayon léger, rapide et sûr. Le tableau du petit milieu provincial anglais, de la «gentry» rurale du début du XIXe siècle, est vitriolique : c’est une société hypocrite, figée dans les codes moraux qui régissaient strictement les moeurs à l’époque, soumise à ses rites sociaux, à ses habitudes, à ses vanités, société sur laquelle Jane Austen jeta un regard plein d'acuité, sans complaisance, montrant ses petites faiblesses, ses petites manies, ses méchancetés, ses rancoeurs, ses rivalités mesquines, ses manigances, ses commérages, ses secrets. Et l'ouvrage doit aussi une grande partie de sa popularité à la vivacité et à la finesse avec lesquelles sont dessinés certains personnages comiques : le très réjouissant pasteur Collins, un des plus célèbres originaux de la littérature anglaise, dont I'orgueil atteint à la candeur la plus naïve, ou la pauvre Mme Bennet, toujours préoccupée de ses nerfs et de l'établissement de ses filles. Ces silhouettes sont campées en quelques traits simples mais si justes qu'elles en prennent une netteté qui les rend inoubliables.
La romancière, qui mit tout ce qu'elle n'avait pas dans ce roman qui donne une vision assez féministe de l'amour, dénonça un mariage où il n'était pas toujours question d'amour mais plus souvent d'argent, ce qui provoquait inévitablement un déchirement intérieur pour celles qui acceptaient de le faire. D’autres aspects du roman sont eux aussi d'actualité : l'impuissance des sentiments face aux forces économiques convergentes, et la marginalisation des penseurs libres dans un monde plombé par la pensée unique.
Sensible à la beauté des paysages anglais, au charme de la campagne anglaise, Jane Austen mit longuement en valeur le somptueux château et l'immense parc de Pemberley.

L’éditeur ayant fait au livre une large publicité, il obtint un succès immédiat, avec trois critiques favorables et de bonnes ventes. Dès octobre, on put commencer la mise en vente d'une seconde édition. Mais Jane Austen n'en tira aucune notoriété puisque le roman avait été publié sans mention de son nom. Autant lu aujourd’hui que de son temps, ce roman, la plus populaire des oeuvres de Jane Austen, et, d'après la majeure partie des critiques, son chef-d'oeuvre, est devenu un classique de la littérature anglaise.
Les traductions françaises reçurent différents titres : ‘’Orgueil et prévention’’ (1821), ‘’Orgueil et préjugé’’ (1822 et 2001), ‘’Orgueil et parti pris’’, ‘’Les cinq filles de Mrs Bennet’’ (1932), ‘’Orgueil et préjugés’’ (1946).
Sa grande modernité explique qu’il ait été l’objet de plusieurs adaptations au cinéma :
- En 1940, l’Américain Robert Z. Leonard, sur un scénario écrit par Aldous Huxley et Jane Murfin, tourna, avec Laurence Olivier et Greer Garson, un film où il voulut respecter la vision ironique de Jane Austen, et l'aspect léger des comédies romantiques alors en vogue dans le cinéma américain, ce qui explique les différences notables et les simplifications dans le déroulement de l'action par rapport au roman.
- En 1980, Cyril Coke tourna un téléfilm, avec David Rintoul et Elizabeth Garvie.
- En 1995, une émission de télévision de la B.B.C., où le roman a été fidèlement adapté par Andrew Davies, et le film tourné par Simon Langdon, Colin Firth s’illustrant dans le rôle de Darcy, ce qui entraîna une série d’autres adaptations (‘’Persuasion’’, ‘’Raison et sentiments’’, ‘’Mansfield Park’’, ‘’Emma’’).
- En 2004, ‘’Bride and prejudice’’, transposition «bollywoodienne» due à la cinéaste indienne Gurinder Chadha qui, ne se contentant pas du jeu de mots du nouveau titre intraduisible en français («bride» signifiant «fiancée») transposa l’action dans le New Delhi, le Londres et le Los Angeles d’aujourd’hui, fit d’Elizabeth une Lalita sensible et volontaire, cadette d’un riche fermier indien, de Darcy un bellâtre américain à la tête d’un empire hôtelier, etc., ne restituant donc pas l’esprit, la complexité, les enjeux sociaux et psychologiques du roman, se limitant à un bal costumé festif mais futile.
- En 2005, l’adaptation du cinéaste anglais Joe Wright qui, avec Keira Knightley (dans le rôle d’Elizabeth Bennet), Matthew MacFadyen, Brenda Blethyn, Donald Sutherland, Rosamund Pike, Judi Dench, ne voulut pas moderniser le roman, donna une comédie grouillante, pétillante et spontanée, ce film étant la plus belle, et de loin, la plus cinématographique des adaptations de romans de Jane Austen. Prenant le contre-pied de la télésérie très collet monté de la B.B.C., Wright mit par ailleurs en évidence le caractère paysan et désordonné de la famille Bennet, où la frontière entre la maison et la basse-cour semble disputée quotidiennement. La mère (Brenda Blethyn) est une hypocondriaque obnubilée par sa quête de maris pour ses cinq filles, mais qui, ironiquement, trouva plus de grâce aux yeux du cinéaste qu'elle n'en avait trouvé auprès de Jane Austen.
- En 2008, une série télévisée britannique en quatre parties, ‘’Lost in Austen’’, écrite par Guy Andrews fut une adaptation très libre : Amanda Price est une jeune femme à l’existence ordinaire qui aime se plonger dans les romans de Jane Austen, surtout ‘’Orgueil et préjugés’’ ; un jour, Elizabeth Bennet apparaît dans sa salle de bains, et lui montre un passage entre leurs deux mondes. Alors, Amanda se retrouve au sein de la famille Bennet, sans possibilité de retour, Lizzie ayant refermé la porte derrière elle...
- En 2009, le roman fut parodié dans ‘’Orgueil et préjugés et zombies’’, de Seth Grahame-Smith, qui inséra dans le roman classique des éléments des fictions modernes sur les zombies et les ninjas.
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En 1813, ayant trente-huit ans, Jane Austen, sachant qu'elle avait atteint l'âge d'une dame respectable, s'en accommoda sur le mode humoristique : «Maintenant que la jeunesse m'abandonne, je trouve bien des agréments à être une sorte de chaperon, car on m'installe sur le sofa près du feu, et je peux boire autant de vin qu'il me plait.»
Alors que, découragée de ne pas trouver d'éditeur, elle avait cessé d'écrire, I'acceptation de ‘’Raison et sensibilité’’ et d’’’Orgueil et préjugés’’ la poussa de nouveau à travailler. Elle commença en 1812, termina en juin 1813 et publia, toujours chez Egerton, toujours sous le couvert de l'anonymat :
Mansfield Park”
(mai 1814)
Le parc de Mansfield ou Les trois cousines’’
(1816)
Roman

Sir Thomas Bertram, pour aider une belle-soeur qui se trouve dans une grande gêne, accueille chez lui, à Mansfield Park, sa nièce, Fanny Price, et l'élève avec ses propres enfants : Tom, Edmund, Maria et Julia. La tristesse et la douleur que cause à Fanny la séparation d'avec sa famille sont vite allégées par l'amitié que lui témoigne le second de ses cousins, Edmund. Les années passent, la situation financière de sir Thomas Bertram n'est plus aussi florissante, et il se voit obligé de faire un long voyage d'affaires dans les lndes occidentales. Pendant son absence, Maria se fiance à Mr. Rushworth, jeune homme riche mais assez insignifiant, qui a une propriété dans les parages de Mansfield Park. Arrivent chez le pasteur de I'endroit son beau-frère et sa belle-sœur, Henry et Mary Crawford. Edmond s'éprend alors de Mary Crawford, au grand chagrin de Fanny, dont l'affection pour son cousin s'est transformée en un sentiment plus profond ; tandis que Maria, malgré ses fiançailles, se laisse courtiser par Henry. Le retour de Mr. Bertram remet beaucoup de choses en place. Maria épouse Rushworth, et Henry, revenu au village après une période d'absence, remarque Fanny, et la demande en mariage ; mais elle le repousse, rencontrant I'entière désapprobation de son oncle. Les événements se précipitent : Mary s'enfuit avec Henry, et Julia quitte la maison avec un amoureux peu recommandable, Mr. Yates. L'attitude de Mary, en cette occasion, ouvre les yeux d’Edmund, qui comprend finalement son erreur, cherche réconfort auprès de Fanny, s’éprend d’elle et l’épouse.

Le titre aurait pu être inspiré à Jane Austen par «Mansfield house», qui apparaît dans ‘’Sir Charles Grandison’’ de Samuel Richardson. Au-delà du titre, il y a une certaine similitude entre les intrigues du fait du conflit entre amour et conviction religieuse, et du fait que l’héroïne est délaissée au début du roman par celui qui la choisira plus tard. On trouve aussi des échos de ‘’Camilia’’ de Frances Burney.
Ce roman, d’une structure narrative plus complexe, est une étude de la multiplicité de la nature humaine, fruit de la pleine maturité littéraire de Jane Austen.
Elle y manifesta sa conviction que de profonds changements étaient nécessaires dans l'organisation des grandes propriétés. Et elle prit conscience que les affaires de Sir Thomas dans les Indes occidentales pouvaient être fondées sur cette honteuse exploitation qu’est l’esclavage.
Si la critique ne fit pas grand cas du roman, il trouva un écho très favorable auprès du public. Tous les exemplaires furent vendus en à peine six mois, et les gains revenant à Jane Austen dépassèrent ceux qu'elle avait reçus de chacune de ses autres œuvres.
En 1986, le roman fut adapté par David Giles, dans une mini-série télévisée, avec Sylvestra Le Touzel et Nicholas Farrell .
En 1999, il fut adapté au cinéma par la Canadienne Patricia Rozema, avec Frances O'Connor et Embeth Davidtz. Elle crut devoir ajouter un discours militant anachronique.
En 2007, il fut de nouveau adapté pour la télévision par Iain B. MacDonald, avec Billie Piper.


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Au milieu de l'année 1815, Jane Austen quitta l’éditeur Egerton pour John Murray, éditeur londonien plus renommé.
En novembre 1815, le révérend James Stanier Clarke, le bibliothécaire du prince régent, invita Jane Austen à Carlton House, et lui apprit que le futur George IV (comme sa fille, la princesse Charlotte Augusta) admirait ses romans et en gardait un exemplaire dans chacune de ses résidences. Il lui suggéra alors (mais elle ne le prit pas au sérieux) d'écrire un roman historique inspiré par les vicissitudes de la maison régnante. Elle allait écrire plus tard un ‘’Plan d'un roman selon des suggestions de diverses origines’’, présentant sous une forme satirique les grandes lignes du «roman parfait» que lui avait recommandé le bibliothécaire en question. Il lui conseilla aussi de dédicacer sa prochaine œuvre au prince régent, et il lui fut difficile de repousser la requête.
Ce fut :


Emma”
(décembre 1815)
‘’Emma’’
(1979)
Roman

Dans le petit village de Highbury, Emma est orpheline de mère, et vit avec son père, Mr. Woodhouse, qui est souvent malade. Restée seule et maîtresse de maison, après le mariage de sa gouvernante et celui de sa soeur, elle se sent pleine d'importance, et cherche à diriger le petit monde qui I'entoure, avec une bonne volonté un peu envahissante et prétentieuse, éprouvant une redoutable délectation à manipuler ses proches pour assurer leur bonheur. C’est ainsi qu’elle voudrait combiner un bon mariage entre une jeune fille qu'elle a recueillie chez elle comme compagne, Harriet Smith, et le jeune pasteur de I'endroit. Celui-ci, interprétant mal ses amabilités, demande la main d'Emma, et est repoussé. Entre temps, Frank Churchill, beau-fils de la gouvernante d'Emma, et secrètement fiancé à Jane Fairfaix, se montre plein d'attentions envers Emma afin de dissimuler cet attachement. Elle croit être amoureuse de lui. Mais les fiançailles secrètes sont dévoilées, et la jeune fille a une nouvelle déception. Elle souffre encore plus lorsqu'elle découvre qu’Harriet espère épouser Mr. Knightley, une des rares personnes qui connaissent ses défauts, et qui osent les lui reprocher ; mais cette souffrance a une raison : Emma aime Mr. Knightley, tout en refusant de le reconnaître. Une heureuse conclusion survient puisque Mr. Knightley la demande en mariage ; d’autre part, Harriet accepte d’épouser Robert Martin, qui a été repoussé une première fois sur les conseils d’Emma qui le considérait comme un parti trop modeste.

Tout I'intérêt de l’ouvrage est centré sur I'héroïne dont Jane Austen a tracé le caractère avec beaucoup d’habileté et de vérité humaine. Elle avait annoncé qu’elle serait la seule à l’aimer, car Emma est le type de ces jeunes femmes qui sont orgueilleuses, un peu envahissantes, qui se cabrent quand les personnes autour d’elles ne réagissent pas comme elles l’entendent. Mais elle est pleine de coeur et prête à s'amender. Aussi des générations de lecteurs se sont-ils laissé séduire par elle.
On peut reprocher au livre d’être trop paternaliste dans l’éducation morale qu’il suggère. Mais le but était d’explorer les déconvenues fréquentes qu’il faut surmonter, d’indiquer qu’il faut en tirer des leçons plutôt que d’en donner, de démontrer l’importance de la franchise et de l’intelligibilité mutuelle.
Le livre se vendit bien. Cependant, la rédaction de ‘’The new monthly magazine’’ nota sa parution, mais choisit de ne pas en faire la critique.
En 1972, il fut adapté dans une série produite par la B.B.C., avec Doran Godwin.
En 1995, un téléfilm fut réalisé par Diarmuid Lawrence, avec Kate Beckinsale.
En 1995, fut produit le film ‘’Clueless’’ d’Amy Heckerling, avec Alicia Silverstone et Brittany Murphy, l’action étant transposée dans le monde contemporain.
En 1997, une autre adaptation, sous le titre ‘’Emma, l'entremetteuse’’, fut faite par Douglas McGrath, avec Gwyneth Paltrow.
En 2009, une série télévisée en quatre parties fut produite par la B.B.C., avec Romola Garai et Jonny Lee Miller. 
 
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Peu après la publication d’’’Emma’’, Henry Austen, qui était banquier, racheta à l’éditeur Crosby les droits de ‘’Susan’’.
Mais, en mars 1816, la banque de Henry fit faillite, ce qui entraîna la perte de tous ses biens, le laissa lourdement endetté, et lésa également ses frères Edward, James et Frank. Désormais, Henry et Frank ne purent plus allouer à leur mère et leurs sœurs la somme annuelle qu'ils leur versaient.
Jane Austen avait déjà commencé à écrire un nouveau livre, ‘’The Elliots’’, dont elle acheva la première version en juillet 1816. Insatisfaite du dénouement, elle réécrivit les deux chapitres de conclusion, qu'elle termina le 6 août 1816. Le roman allait paraître plus tard sous le titre de :


Persuasion”
(posthume, 1818)
‘’Persuasion’’
(1945)
Roman

Possesseur de Kellynch Hall, Sir Walter Elliot, homme rempli de lui-même et orgueilleux de ses ancêtres, mais dont la situation financière est compromise, a trois filles : Elizabeth, Anne et Mary, qui est mariée à Charles Musgrove. Resté veuf de bonne heure, il a confié Anne à des amis qui ont pris soin de son éducation. S'étant éprise d'un jeune officier de marine, Frederick Wentworth, elle a été quelque temps fiancée avec lui ; mais, sur les conseils d'une amie de confiance, lady Russell, elle a rompu ses fiançailles à cause de son manque total de fortune, non sans rester toujours restée fidèle à son souvenir. Après les guerres napoléoniennes, ayant acquis un rang et de la richesse, il revient en Angleterre pour s'y établir et fonder une famille. ll courtise une des sœurs de Charles Musgrove, Louisa.
Pendant ce temps, Elizabeth cherche à conquérir son cousin, William-Walter Elliot, qui, à la mort de sir Walter Elliot, héritera de son titre et de ses biens. Mais il courtise assidûment Anne ; et Wentworth la trouve pressée par ce nouveau soupirant. Très vite, on découvre la fausseté de William-Walter Elliot, et Anne, qui du reste n'avait jamais songé à le préférer à son ancien fiancé, l’épouse.

C’est peut-être le roman le plus autobiographique de Jane Austen.
Mieux que dans ses autres oeuvres se révèle ici la caractéristique principale de son art, c'est-à-dire la faculté de décrire avec pénétration et une vérité totale des scènes de la vie courante. Dans ce roman tout en demi-teintes, les personnages sont moins nettement dessinés que dans les autres, mais I'intérêt se concentre sur l'étude des rapports entre eux, sur l’analyse remarquable des influences subtiles qui peuvent influencer nos motivations et nos décisions. Sensible à la beauté des paysages anglais, au charme de la campagne anglaise, Jane Austen fit faire à Anne Elliot et à sa famille une longue promenade automnale : «Pour elle, le plaisir de la promenade devait venir de la contemplation des derniers sourires de l'année sur les feuilles rousses et les haies fanées».
Sous le couvert de l'anonymat, Walter Scott rendit compte favorablement du roman dans la ‘’Quarterly review’’, appréciant en Jane Austen l’art d’animer la réalité ou les personnages les plus prosaïques, tout en défendant la cause du roman en tant que genre.
La première traduction française en 1821 fut intitulée’La famille Elliot ou L’ancienne inclination’’.
En 1995, le roman fut adapté au cinéma par l’Américain Roger Michell, avec Amanda Root, Ciarán Hinds, Susan Fleetwood, Corin Redgrave.
En 2007, Adrian Shergold produisit un téléfilm, avec Sally Hawkins, Rupert Penry-Jones, Anthony Head et Julia Davis. 
 
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En janvier 1817, Jane Austen commença un nouveau roman, qu'elle intitulait ‘’The brothers’’ (‘’Les frères’’). Elle en acheva douze chapitres avant d'arrêter la rédaction à la mi-mars 1817, vraisemblablement parce que la maladie l'empêcha de poursuivre sa tâche. Ces fragments parurent seulement en 1925, sous le titre de :


‘’Sanditon’’
(1817)
Roman

Les Parker ont déménagé de la «vieille maison», celle de leurs ancêtres, et se sont établis dans la ville moderne de Sanditon, ville balnéaire qu’ils cherchent à développer, Mr Parker faisant tous ses efforts pour la promouvoir, aidé par sa sœur, Diana, sous l'œil amusé de la très rationnelle Miss Charlotte Heywood, qu'il a invité à passer quelque temps chez lui pour la faire profiter des beautés de la ville et de ses vertus bénéfiques à la santé.
Peu à peu, l'histoire se développe par l'entrée en scène progressive de nouveaux personnages : Lady Denham et Sir Edward, puis les sœurs de Mr Parker et son frère, Arthur, puis Mrs Grifitths, Miss Lambe et les demoiselles Beaufort, et enfin, l'autre frère de Mr Parker, Sidney.

Le roman détonnait par la présence de la mer, par la nouveauté des préoccupations d’ordre économique, par cette riche héritière venue des Indes occidentales, Miss Lambe, dont on apprend qu’elle est «à moitié mulâtresse», par le ton plus comique.


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Tôt dans l'année 1816, la santé de Jane Austen avait commencé à se dégrader. Au début, elle ne tint pas compte de la maladie (qui serait la maladie d'Addison, une insuffisance surrénalienne causée à cette époque par la tuberculose, ou la maladie de Hodgkin), l’évoquait avec désinvolture, parlant de «bile» et de «rhumatisme», continuait à travailler, et à participer aux activités de la famille. Cependant, vers le milieu de l'année, ni elle ni son entourage ne purent plus douter de la gravité de son état, qui se détériora peu à peu, avec des poussées et des rémissions. Elle éprouvait de plus en plus de difficultés à marcher. En mars 1817, son état de santé s'aggrava encore. À la mi-avril, elle ne quitta plus son lit. En mai, Henry et Cassandra la conduisirent à Winchester, dans le Hampshire, pour recourir à l'art d'un médecin connu.
Elle y mourut, le 18 juillet 1817, à l’âge de quarante et un ans, au faîte de son talent, mais sans en avoir connu la consécration, son succès ayant été, de son vivant, très modeste, du fait surtout que son nom n’apparut jamais sur aucun de ses livres, seuls ses parents et amis étant au courant de son activité littéraire. Si elles avaient très vite été appréciées par une élite, ses oeuvres ne reçurent que de rares critiques favorables, et encore, pour la plupart, courtes et superficielles.
Cependant, grâce à ses relations avec des ecclésiastiques, Henry obtint qu’elle soit enterrée dans l'aile nord de la nef de la cathédrale de Winchester. L'épitaphe composée par James loue ses qualités personnelles, exprime l'espoir de son salut, et mentionne les «dons exceptionnels de son esprit», sans faire explicitement état de son oeuvre d'écrivaine.
Après la mort de leur sœur, Cassandra et Henry Austen convinrent avec l’éditeur Murray de la publication regroupée de ‘’Persuasion’’ et de ‘’Northanger abbey’’ en décembre 1817. Henry écrivit pour l'occasion une ‘’Note biographique sur l’auteur’’ qui, pour la première fois, identifia sa sœur comme l'autrice des romans. C’était un éloge funèbre plein d'affection et rédigé avec soin. Les ventes furent bonnes pendant un an, puis déclinèrent. Murray se débarrassa du reliquat en 1820, et les romans de Jane Austen ne furent plus réédités pendant douze ans. En 1832, l'éditeur Richard Bentley racheta le reliquat de tous les droits et les fit paraître en cinq volumes illustrés dans le cadre de sa série dite ‘’Romans classiques’’. En octobre 1833, il publia la première édition complète. Depuis, les romans de Jane Austen ont été constamment réédités.

Toute sa vie s'était écoulée parmi les siens, au sein d'une cellule familiale étroitement unie, dans un milieu bourgeois, bien élevé, «genteel», aurait-elle dit. Point de «Hauts de Hurlevent», point de frères réprouvés, point de passion frénétique ou réprimée ; au contraire des Brontë, elle connut une vie unie et casanière, ponctuée seulement de quelques brefs séjours à Londres ou dans des lieux de villégiature de la côte Sud, une vie calme de modeste vieille fille recluse, même si elle fut aux prises avec des conditions matérielles difficiles.
De cette vie, on ne connaît que peu de chose car on n’a d’elle que quelques lettres d'ordre personnel ou familial, sa sœur, Cassandra, à qui la plupart étaient adressées, en ayant brûlé beaucoup et censuré celles qu'elle garda, d'autres ayant été détruites par les héritiers de son frère, l'amiral Francis Austen. La ‘’Notice biographique sur l'auteur’’, écrite par son frère, Henry, resta, pendant plus de cinquante ans, la seule biographie disponible sur elle. Puis son neveu, James Edward Austen-Leigh, donna en 1870 ‘’A memoir of Jane Austen’’ (‘’Souvenir de Jane Austen’’), ouvrage essentiel qui demeura l'ouvrage de référence sur sa vie pendant plus d'un demi-siècle. Il décrivit les conditions exceptionnelles dans lesquelles elle travailla, et qui montrent bien son équilibre inné : «Il est surprenant qu'elle ait réussi à écrire ses romans, car elle n'avait pas de cabinet où elle pût s'isoler, et une grande partie de son oeuvre doit avoir été composée dans la commune salle de séjour, à la merci de toutes les interruptions fortuites. Elle veillait à ce que son activité ne fût soupçonnée ni des domestiques, ni des visiteurs, ni de quiconque, sauf des membres de la famille.» C'est dans cette biographie qu'apparut son portrait (tiré de celui fait par Cassandra).

Dans des romans qui sont des comédies de mœurs s'inspirant de la quotidienneté, qu’on a, à juste titre, appelés «romans de la vie domestique», cette redoutable observatrice peignit le milieu même dans lequel s'écoula sa vie monotone et brève, mais aussi la «gentry» du sud-est d’une Angleterre très hiérarchisée, «gentry» à laquelle elle n’appartenait pourtant pas. C’était un territoire étroit, réservé et replié sur lui-même, ayant, de son propre aveu, tout au plus la largeur d’«un domino», un petit monde provincial. Et, en fait, ces jeunes hobereaux, ces jeunes «misses» et leurs mères appartenaient à un autre siècle, le XVIIIe, déjà terminé.
Elle porta à la perfection cette formule dont elle était l’inventrice : un milieu restreint de trois ou quatre familles vivant à la campagne, une jeune héroïne rêveuse et raisonnable, les interférences subtiles des aspirations individuelles et des valeurs sociales, leurs antagonismes et leurs combinaisons.
Beaucoup de ses romans tournent autour des délicates manoeuvres destinées à procurer un époux à des filles à marier, de l'éveil de leur amour, de leurs difficultés d'adaptation psychologique et sociale. Le mariage, avec en arrière-plan permanent la condition féminine en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe (le droit anglais ne reconnaissant pas la femme comme sujet indépendant, la gardant sous la tutelle du père ou de la famille si elle n’était pas mariée, sous celle de l’époux lorsqu'elle l’était), fut le thème dominant et omniprésent, l'aboutissement, le but ultime vers lequel tendent toutes les rencontres entre jeunes gens. À cette époque, une femme s'estimait à l'aune de sa «mariabilité» : on accordait la plus grande attention à sa beauté, mais aussi à ses talents d'agrément destinés à faire honneur au futur mari, le piano, le chant, le dessin et l'aquarelle, la maîtrise du français et, parfois, un peu de géographie. On peut considérer qu’elle sublima dans ses romans son désir inabouti de faire un vrai mariage d'amour avec un homme dont elle aurait été l'égale sur le plan intellectuel.

L'intérêt est concentré sur l'étude des personnages, la romancière ayant été particulièrement remarquable pour les vives descriptions qu’elle en fit, pour l’animation qu’elle donna à leurs relations, pour son attention portée à leur lente évolution, à leur vie intérieure, à leurs regards, leurs gestes, leur non-dit, pour son observation juste des ambitions, des combats, du désarroi affectif. Elle sut discerner, avec un art très anglais fait de pudeur et d'humour, comment les coeurs se rapprochent même quand, en apparence, les voIontés s'affrontent ou les paroles s'opposent.
Ce sont évidemment surtout les héroïnes qui donnent vie à ses romans, où elle exposa leurs préoccupations, leurs idées, leurs révoltes ou leurs sentiments d'injustice. Elles sont souvent brillantes, analysent finement le monde qui les entoure et savent se montrer fortes. Elles sont parfaitement vertueuses, mais chacun des romans (à l’exception d’’’Emma’’) est égayé par une sous-intrigue épicée qui porte sur la luxure, la séduction ou la ruine d’une autre femme.

Guidée par une sûre intuition, Jane Austen peignit ses personnages à traits sobres et souvent malicieux, avec cette vive ironie et un superbe sens du comique, qui permirent à Virginia Woolf de voir en elle l’«un des auteurs les plus constamment satiriques » de son temps. Dans ses romans enjoués et vifs, qui pétillent d'un esprit qui nous vaut d'étourdissants dialogues, où se mêlent brio et profondeur, elle dévoilait et ridiculisait les faiblesses, les petites mesquineries, la vanité, la prétention, l’affectation, la sottise et la stupidité, les clichés romanesques, tels que le coup de foudre, la primauté de la passion sur tout autre émotion ou devoir, les exploits chevaleresques du héros, la vulnérabilité délicate de l'héroïne, le dédain affiché par les amoureux vis-à-vis de toute considération financière et le cruel manque de tact des parents, sa causticité allant des légers portraits de ses premières oeuvres aux tableaux méprisants de ses dernières.
Chez elle, on trouve des notations rapides, des traits d'esprit souvent inattendus, relevant d'un humour décalé, comme inconscient, qui n'en réjouit que plus le lecteur. Mais cette femme fine et raisonnable eut aussi des remarques méchantes, sardoniques, voire choquantes, pour stigmatiser les défauts de ses contemporains, dénoncer ce qui est sans mesure, désordonné ou exubérant, souligner les écarts de la sensibilité exagérément romanesque (mais, si elle se moqua des excès des romans gothiques, elle conserva leur puissant suspense et leurs intrigues complexes !). Elle montra enfin une ironie plus mordante, qui était, pour elle, une défense contre ses sentiments, contre la dureté de la condition féminine, mais aussi un instrument de découverte, par lequel elle invitait le lecteur à s'interroger sur le sens de ce qu'elle écrivait et, du coup, à interpréter plus finement la réalité et les interactions d'un personnage à l'autre.

Elle avait donc un évident souci moral, manifestant une fermeté un peu rigide, une sereine indulgence atténuant quelque peu la satire pénétrante. On trouve dans ses romans un code moral qui prescrit de ne pas dépenser plus que son revenu, de savoir être aimable avec ses inférieurs, de ne pas être hautain et méprisant et d'avoir un comportement honorable. Elle montra sans ostentation et avec simplicité les difficultés de la vie, dans des romans qui sont aussi des romans de «formation» où l'individu est aux prises avec son inexpérience de la vie et de la société. Si elle était d’esprit conservateur, sympathisante du parti tory, opposée à la Révolution française, elle était néanmoins convaincue qu’il fallait réformer la propriété terrienne et les institutions sociales de façon radicale.

Tout à fait consciente de ses capacités et de ses faiblesses, elle soumettait son écriture au polissage le plus attentif, se comparant elle-même à une miniaturiste. Elle obtenait ainsi un style remarquable, une prose élégante, précise et sobre, qui rehausse le moindre détail (décor, événement, personnage secondaire) d’un trait de lumière ou d’un accent de vérité, parvenait à un art classique.

Ses romans furent bien accueillis, mais surtout par une élite. Puis ils ne correspondirent plus aux attentes des romantique, et, bien qu’elle ait été rééditée en Grande-Bretagne à partir des années 1830, et qu’elle ait continué à bien se vendre, on lui préféra en général Charles Dickens, William Makepeace Thackeray et George Eliot. Et elle fut sévèrement jugée par deux femmes passionnées qui la trouvaient trop limitée : Charlotte Brontë et la poétesse Elizabeth Barrett Browning. Mais elle resta appréciée par l'élite littéraire qui vit dans cet intérêt une preuve de son propre bon goût. George Henry Lewes, le mari de George Eliot, lui-même auteur et critique influent, exprima ce point de vue dans une série d'articles enthousiastes publiés dans les années 1840 et 1850.
En 1869, la publication de ’A memoir of Jane Austen’’ (‘’Souvenir de Jane Austen’’) offrit au public le portrait d'une «chère tante Jane», vieille fille de grande respectabilité. On découvrit alors une personnalité attirante, et, du coup, l'intérêt populaire pour ses œuvres prit son essor. Son œuvre attira plus d'attention critique en deux ans que pendant les cinquante années précédentes. Son génie s’imposa, on cessa de ne voir dans ses œuvres que des romans Harlequin haut de gamme, on constata qu’elle avait inauguré la grande tradition du roman psychoIogique anglo-saxon, qu’elle est l’un des grands maîtres du roman anglais, et même l’une des créatrices du roman moderne. Depuis lors, son succès ne s’est pas démenti.
En 1883, les premières éditions populaires furent disponibles, bientôt suivies par des versions illustrées et des collections. Leslie Stephen, le père de Virginia Woolf, écrivain et critique, qualifia l'engouement qui s'empara du public dans les années 1880 d'«Austenolâtrie». Au tout début des années 1900, certains membres de l'élite littéraire qui se définissaient eux-mêmes comme les «Janeites», des admirateurs inconditionnels sensibles au charme immédiat que dégage l'œuvre, réagirent contre cette ferveur : selon eux, le peuple ne pouvait comprendre son sens profond auquel eux seuls avaient accès. Ainsi, Henry James, qui se référa plusieurs fois à elle, allant même jusqu'à la comparer à Shakespeare, Cervantès et Henry Fielding pour ce qu'il appela leur «peinture de la vie», parla d'«une fascination amoureuse» dépassant la portée et l'intérêt intrinsèques de son objet.
En 1911, un essai écrit par un spécialiste de Shakespeare, Andrew Cecil Bradley, de l'université d'Oxford, fut le point de départ d'une recherche universitaire sérieuse. Il divisa les romans en «précoces» et en «tardifs», méthodologie encore utilisée aujourd'hui.
En 1919, Virginia Woolf publia ‘Nuit et jour’’, son deuxième roman qui, dans toute sa facture, son style, ses personnages, la trame de son histoire, était largement inspiré par ceux de la romancière du XIXe siècle qu’elle admirait profondément, et dont elle parla régulièrement dans son journal. En 1929, dans ‘’Une chambre à soi’’, elle considéra que Jane Austen sut, en s'abstenant de désirer ce qu'elle n'avait pas, s'adapter avec sérénité, et refléter avec une limpide perfection le monde étroit dans lequel elle était confinée.
En 1923, R. W. Chapman donna la première édition complète savante, et aussi la première du genre qui soit consacrée à un romancier anglais.
En 1929, dans son ‘’Journal’’, André Gide porta sur elle ce jugement : «Son ciel est un peu bas, un peu vide ; mais quelle délicatesse dans la peinture des sentiments ! Si nul démon majeur n'habite Jane Austen, en revanche, une compréhension d'autrui jamais en défaut, jamais défaillante. La part de satire est excellente et des plus finement nuancée. Tout se joue en dialogues et ceux-ci sont aussi bons qu'il se puisse. Certains chapitres sont d'un art parfait. Elle a une exquise maîtrise de ce qui peut être maîtrisé.»
En 1939 le ‘’Jane Austen and her art’’ de Mary Lascelles donna à la recherche universitaire ses lettres de noblesse.
Les années 1940 virent une réévaluation de son œuvre, car les chercheurs l’abordèrent sous des angles nouveaux, par exemple, celui de la subversion. On la présenta en satiriste «plus restrictive que délicate», une critique sociale en quête «d'une discrète survie spirituelle» au travers de ses œuvres. On la plaça parmi les plus grands auteurs de fiction de langue anglaise. Les universitaires s'accordèrent à penser qu'«elle combine les qualités d'intériorité et d'ironie, de réalisme et de satire de Henry Fielding et de Samuel Richardson, et s'avère supérieure à l'un comme à l'autre».
Après la Seconde Guerre mondiale, on tendit à dégager le féminisme (mot qui n’était entré dans l'’’Oxford English dictionary’’ qu'en 1851, et qu'au cours des années 1880-1890 dans le langage courant) de celle qui s’était intéressée à la condition de la femme et à ses difficultés sociales, dont certaines des héroïnes (Elizabeth Bennet ou Emma Woodhouse) militent pour le féminisme par leur seule présence, qui avait permis qu'une véritable culture féminine émerge de ses livres, par l'identification des lectrices à ces personnalités marquantes ; mais qui fut, en fait, la dernière des grandes écrivaines à consentir à la sujétion, à s’incliner, non sans amertume, devant la suprématie masculine, à accepter, pour ses semblables, une place subalterne, mineure, enfantine, l'indépendance d'esprit lui paraissant, chez les jeunes femmes, «un outrage plus répugnant que tout autre».

L'écart continue à se creuser entre l'engouement populaire et les austères analyses universitaires qui ne cessent d'explorer de nouvelles pistes avec des fortunes diverses.

Ses œuvres ont inspiré presque trente films et miniséries dans les deux dernières décennies.
De plus :
- En 1987, dans la série à succès de la B.B.C., ‘’Blackadder the third’’, ‘’Blackadder, la troisième saison’’, se déroulant à l'époque de la Régence, les titres des épisodes faisaient tous référence à Jane Austen, sur le modèle de ‘’Sense and sensibility’’ : ‘’Dish and dishonesty’’, ‘’Ink and incapability’’, ‘’Nob and nobility’’, ‘’Sense and senility’’, ‘’Amy and amiability’’ et ‘’Duel and duality’’.
- En 1996, ‘’Le Journal de Bridget Jones’’ d’Helen Fielding fut comme un hommage, le roman ayant été adapté au cinéma en 2001.
- En 2004, dans sa biographie, ‘’Becoming Jane Austen’’, Jon Spence, s’appuyant sur des lettres qu’elle avait envoyées à Cassandra, rapporta les relations entre Jane Austen et, d’une part, Eliza de Feuillide, et, d’autre part, Thomas Langloy Lefroy, et émit l’hypothèse qu’elle y aurait trouvé la matière première de ses six grands romans. Cette biographie fut adaptée au cinéma par Julian Jarrold qui produisit, avec Anne Hathaway, Julie Walters et James Cromwell, ‘’Jane’’, une comédie romantique trop tendre (alors que l’écrivaine ne l’a jamais été) et consensuelle (alors que l’écrivaine n’a jamais cherché à l’être).
- En 2004, la romancière Karen Joy Fowler publia ‘’The Jane Austen book club’’ où six Californiens d’aujourd’hui, cinq femmes et un homme, rassemblés par leur passion commune pour les six romans de Jane Austen, doivent, chacun à son tour, défendre le roman qui leur a été attribué. On peut associer les personnages avec les héroïnes et héros des romans : ainsi, en Prudie, institutrice malheureuse en ménage, on détecte des traces de la Fanny Price de ‘’Mansfield Park’’ ou de la Ann Elliott de ‘’Persuasion’’ ; Maria Bello, célibataire endurcie désireuse de trouver un nouvel amoureux à sa meilleure amie en instance de divorce, évoque Emma presque trait pour trait ; Kathy Baker, la doyenne du club, divorcée six fois, est plus difficile à identifier, mais a plusieurs choses en commun avec Elizabeth Bennet, notamment sa façon de faire face à l’adversité en souriant. Sont intercalés entre les rendez-vous du club les mille et une choses de la vie (les démêlés sentimentaux, les obligations professionnelles, le divorce d’un couple, la mort d’un parent, un accident de parachute, etc.). Le roman fut un «best-seller». En 2007, il fut adapté au cinéma par Robin Swicord qui avait déjà écrit la première ébauche d’un projet de série intitulé ‘’The Jane prize’’ qui avait nécessité une recherche approfondie : biographies, correspondance, visites à la ‘’Jane Austen society’’, pélerinage sur les lieux de sa vie, rencontre avec des spécialistes de son œuvre ; son adaptation fut fidèle au roman de Karen Joy Fowler, mais il voulut ajouter une dimension supplémentaire : notre dépendance à la technique qui fait que nous n’avons jamais autant été en contact avec le reste du monde alors que notre attention aux autres, à notre communauté, n’a jamais été aussi fragmentée.
- En 2007, David Lassman, un Anglais de quarante-trois ans, ans directeur du festival Jane Austen à Bath, estimant que les refus répétés de ses propres manuscrits étaient injustes, décida d'envoyer à des maisons d'édition les romans de l'écrivaine du XIXe siècle, en utilisant le pseudonyme «Alison Laydee» (un jeu de mots sur le nom de plume de Jane Austen, «A lady»), en modifiant les titres, les noms des personnages et des lieux. Mais il laissa intact le début d’’’Orgueil et préjugés’’ : «C’est une vérité reconnue, qu’un jeune homme qui a de la fortune doit chercher à se marier.» qui est pourtant l’incipit le plus célèbre de la littérature anglaise ! Un seul de ces éditeurs reconnut l'écriture de la romancière, et lui conseilla d'abandonner le plagiat. Un autre trouva le manuscrit original. L'agence littéraire qui représente J.K. Rowling, l'autrice d'’’Harry Potter’’, décréta qu'elle était «peu assurée de pouvoir placer ce manuscrit auprès d'un éditeur». Enfin, dix-sept éditeurs se contentèrent d'envoyer une lettre de refus type ou ne répondirent pas du tout. David Lassman écrivit alors un article intitulé ‘’Rejecting Jane’’, qui est une critique de l’industrie de l’édition.
- En 2007, ‘’Miss Austen regrets’’, téléfilm de la B.B.C. relata la fin de la vie de Jane Austen, alors qu'elle conseillait sa nièce, Fanny Knight, dans le choix d'un mari, en se remémorant sa propre expérience.

Jane Austen est aujourd’hui l'un des écrivains anglais les plus largement lus et aimés, l’objet d’un engouement planétaire : pas un mois ne se passe sans l’apparition d’un nouvel essai ou d’une nouvelle édition de ses œuvres. L’«austenmania» est telle qu’on est allé jusqu’à créer des cartes de tarot à l’effigie de ses personnages (‘’A game of marriage’’) ! Le cottage de Chawton est devenu le ‘’Jane Austen's House Museum’’.
Ses lecteurs actuels ne cherchent pas à nourrir à travers ses romans une nostalgie du temps jadis, avec son rythme lent et ses règles d’amour courtois, mais y voient des modèles d’organisation pour leurs propres vies. Son réalisme, sa critique sociale mordante, son humour décalé et son ironie, sa vision des amours compromises, des problèmes financiers, de toutes ces inquiétudes récurrentes dans ses œuvres, sont toujours très contemporains, comme ils l’avaient toujours été pour toutes les générations qui nous séparent d’elle depuis deux cents ans.

 (Analyse de André Durand)
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A Walk with Jane Austen~

miss-austen "...Flowers are very much worn, and fruit
is still more the thing.
Elizabeth has a bunch of strawberries,
and I have seen grapes, cherries, plums,
and apricots.
There are likewise almonds and raisins,
French plums, and tamarinds at the grocers’
but I have never seen any of them in hats."
Jane Austen 1799
milkweed

“In the Garden with Jane Austen,”
by Kim Wilson,
author of Tea with Jane Austen,
published by Jones Books [2008]

Résidences principales de Jane
Steventon
1775–1801: Steventon, Hampshire, U.K.
Steventon Rectory. 
Boarding School in Berkshire. view of bath abbey

1801–1806: Bath, Somerset, U.K.

1806–1809: Southampton, Hampshire, U.K.
jane-austens-house
1809–1817: Chawton, Hampshire
Chawton Cottage.  Jane Austen's House Museum.
last-house-winchester


1817: Winchester, Hampshire, U.K. 














plaque on her last home


Keira strutting through a field

 A lire: http://happydriedfrogs.over-blog.com/15-categorie-10852011.html

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