jeudi 21 juillet 2011

Les fées de Cottingley

Les fées de Cottingley (merci à Alexandre de Castalie pour ce récit)

 En 1917, deux « innocentes » jeune filles, Elsie Wright (16 ans) et Frances Griffith (10 ans) ont montré des photos, prises à Cottingley, de fées et de gnomes avec lesquelles elles avaient l’habitude de jouer !

Les faits sont connus : en juillet 1917, Frances rentrant trempée après être tombée à l’eau en jouant dans le Cottingley Glen et sûre de se faire disputer, invente comme excuse que c’est de la faute des fées avec lesquelles elle jouait. Sa mère la punit en la consignant dans la chambre qu’elle partage avec sa cousine Elsie. Les deux filles, décident alors de faire des photos pour prouver leurs dires et empruntent l’appareil photo à plaques du père d’Elsie, Arthur Wright, qui accepte, pensant ainsi désamorcer cette histoire dans laquelle les filles s’entêtent. Il charge l’appareil avec une plaque en verre, règle l’ouverture à 1/50 et la confie aux filles qui partent vers l’étang.

À leur retour, leur père développe la plaque, et demande ce que sont ces « bouts de papier », lorsque les filles prétendent qu’il s’agit des fées, il les fait taire (il connaît les talents artistiques de sa fille Elsie, qui va au Bradford Art College depuis l’âge de 13 ans et qui dessine des fées depuis un petit moment), et après la deuxième photographie montrant un gnome, il leur interdit d’emprunter sa caméra à nouveau. Même les mères des filles pourtant s’intéressant de près à la spiritualité (notamment à la théosophie, à la mode à l’époque), écartent l’histoire. Sujet apparemment clos.
Les fées de CottingleyLes fées de Cottingley
En 1919, la mère d’Elsie, Polly Wright, assiste avec une amie à une conférence de la Société de Théosophie, dont le sujet porte sur la vie des fées. Elle lui parle des photos et est entendue par Edward Gardner, un chef de file de la théosophie, qui demande à les voir.

Lorsqu’il les reçoit, Gardner les confie tout d’abord à Fred Barlow, une autorité en matière de photographies « psychiques », qui les juge authentiques, et ensuite à Harold Snelling, un expert en photographie, mais aussi un ami versé dans les mêmes courants spiritualistes, qui rend son verdict :

« These two negatives are entirely genuine unfaked photographs of single exposure, open-air work, show movement in all the fairy figures, and there is no trace whatever of studio work involving card or paper models, dark backgrounds, painted figures, etc. In my opinion, they are both straight untouched pictures. »

Gardner demande aussi à Snelling de retoucher les photographies et de refaire des tirages « plus nets » sans les altérer mécaniquement. À la décharge de ceux qui crurent à l’authenticité des photographies, les originaux (contrairement aux tirages de Snelling, qui sont ceux à avoir été diffusés) étaient beaucoup moins clairs :
Les fées de Cottingley
Une contre-expertise est toutefois demandée aux laboratoires Kodak, qui tout en garantissant qu’il n’y a pas eu de double exposition et aucune preuve de contrefaçon, n’accordent pas de certificat d’authenticité.

Gardner est désormais convaincu de la véracité des photographies, et les considère comme une preuve des légendes qui courent depuis des siècles sur le peuple des fées. Il va rencontrer les filles à Cottingley, leur amenant une nouvelle caméra et leur demande de prendre de nouvelles photographies. Il a aussi une discussion avec Arthur Wright, qui apparemment, commence à douter, même s’il aimerait bien recevoir un paiement pour la future publication des photos, prévue par Gardner. Celui-ci refuse, affirmant que si les clichés sont authentiques, il ne faudrait pas les « souiller » par des considérations aussi bassement matérielles !

Les filles font trois nouvelles prises, qui sont elles aussi publiées dans le magazine Strand sous le titre « An Epoch Making Event - Fairies Photographed » et qui connaît un succès immédiat et déclenche une polémique qui va durer une soixantaine d’années…

L’affaire des fées de Cottingley va aussi trouver son plus ardent défenseur et partisan en la personne de sir Arthur Conan Doyle lui-même.

Conan Doyle est déjà un spiritualiste et théosophiste convaincu et prosélyte. Il fait des conférences sur le sujet depuis des années, et l’on peut dire qu’il saute sur l’occasion fournie par ces « preuves ». Il contribue depuis longtemps au magazine Strand (ainsi que H.G. Wells, Rudyard Kipling, etc.) et c’est ainsi qu’il découvre les filles et les photos.

« when one considers that these are the first photographs which these children ever took in their lives it is impossible to conceive that they are capable of technical manipulation which would deceive experts »

Doyle et Gardner emmènent un medium à Cottingley, Geoffrey Hodson, pour confirmer les dires des filles qui prétendent que les fées ne se montrent qu’à elles. Il débarque avec des caméras et tout un attirail « psychique ». Les résultats dépassent les espérances de tout le monde : Hodson affirme voir les fées et bien plus encore ! Hélas, il ne réussira pas a prendre de photo… Des années après, Frances et Elsie admettront s’être énormément amusées avec ce medium qui affirmait voir tout ce qu’elles voulaient bien lui décrire, et qui même en rajoutait. On peut imaginer qu’elles s’en sont donné à cœur joie !
La polémique continue à faire rage, au grand détriment de la réputation de Conan Doyle, mais les fées de Cottingley ont tout de même leurs adeptes et croyants, et pas seulement dans les rangs de la Théosophie. Les filles quand à elles, continuent à ne pas démordre de leur version.

En 1945 et en 1966, Gardner publie deux livres sur l’affaire, toujours démontrant son point de vue en faveur de la version « authentique ». A chaque fois, les fées reviennent sur le devant de la scène, avec ses partisans et détracteurs. Après plusieurs interviews et sollicitations de Frances et Elsie (notamment par James Randi – celui qui offrait 10,000 $ pour tout phénomène parapsychique ou magique constaté dans des conditions contrôlées – en 1978), elles restent, au mieux, évasives.

En 1986 finalement, alors âgées de 75 et 81 ans, elles avouent dans un article du Times, que les fées n’étaient que des découpages d’un livre Princess Mary's Gift Book (1914) qu’elles avaient piqués dans l’herbe.

Néanmoins, par la suite, Frances affirmera qu’elle avait réellement vu les fées, et qu’au moins une des photos était authentique.

En 1997, deux films ont été réalisés sur cette histoire :
  • Fairy Tale: A True Story (avec Peter O'Toole et Harvey Keitel)
  • Photographing Fairies (avec Ben Kingsley)
Que sont-ils devenus ?

Sir Arthur Conan Doyle a beaucoup pâti de cette affaire, il y a perdu beaucoup de sa crédibilité, et son image de brillant écrivain a été, dans l’opinion publique, souvent remplacée par celle d’un vieux fou sénile. Il mourut à 71 ans, en 1930, toujours persuadé de l’existence des fées.



Elsie Wright, qui a été l’artisan des photographies, a très vite été dépassée par les évènements, et à tout fait, à l’âge adulte pour fuir les « fées de Cottingley ». Elle émigra deux fois pour échapper aux médias, sans grand succès. Ce n’est que quelques années avant sa mort qu’elle confessa la vérité, en regrettant amèrement toute cette expérience…


Certains affirment que la photo où les fées dansent devant Frances Griffiths a été la plus reproduite au monde. Frances a joué avec les médias toute sa vie, et même à l’heure de la confession, alors une vieille femme, elle a continué à entretenir l’ambiguïté en affirmant a posteriori que les photos n’étaient truquées que parce qu’elles n’avaient pas réussi à prendre en photo les vraies fées.

Geoffrey Hodson fait un peu office de dindon de la farce dans cette affaire. Vrai crédule ou opportuniste ? Personne ne peut l’affirmer. En tout cas, il fut le seul de la bande de Gardner à être toujours en vie lors de la confession des filles.

Ce sur quoi, il a conservé un bruyant silence…


La caméra avec laquelle les premières photos furent prises, la Butcher Midg No 1, a aussi fait couler de l’encre. D’après les laboratoires Kodak, les photos examinées n’auraient pas pu être prises par ce type de caméra. Était-ce à cause des modifications de Snelling ou est-ce un nouveau mystère ? Quoiqu’il en soit, elle est maintenant exposée au National Photography Museum à Bradford.

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