samedi 20 août 2011

Bertrand Belin, un poète...



Bertrand Belin, un poète...

Extrait de Hypernuit, album unanimement salué par la critique. Il reçoit pour ce troisième opus le Grand prix du Disque de l’Académie Charles-Cros 2010.

Je cours
Et toi tu cours devant
Je souffle
Je cours
Et toi tu cours devant

J’entends tu ris
Tu cours et tu ris
Comment peux-tu
Courir et rire autant

Tes pas se
Plaquent
Tapent battent
Comme le cœur de l’oiseau
Perdu sur le tarmac
En bas
De l’eau
Arrête la route
Tu ne peux pas aller plus loin qu’une route

Ton avance fond comme neige au soleil
Comme neige au soleil
Neige au soleil

Je jure qu’avant le soir je t’aurai touché la main
Avant le soir je t’aurai touché la main
Avant le soir je t’aurai touché la main
Méfie-toi
Tu n’en reviendras pas

Tu veux que je sois
Vif un puma
Tu veux que je lance
Mes hordes mon armée sur toi
En bas de l’eau arrête la route
Tu ne peux pas aller plus loin que cette route-là

Ton avance fond comme neige au soleil
Comme neige au soleil
Neige au soleil

Je jure qu’avant le soir je t’aurai touché la main
Avant le soir je t’aurai touché la main
Avant le soir je t’aurai touché la main
Méfie-toi
Tu n’en reviendras pas


*********

Bertrand Belin, craquante élégance

Par FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ
 
L’artiste au style raffiné sort «Hypernuit», juste équilibre entre un premier album solaire et le deuxième, plus âpre.


 
Bertrand Belin - Philippe Lebruman
 
 
Les pièces sentent la peinture et la plupart des fauteuils sont encore enrobés de plastique. La rencontre avec Bertrand Belin a lieu dans les futurs bureaux de sa maison de disques, née cet été de la fusion entre les labels Wagram et Tôt ou Tard. L’atmosphère de l’endroit en voie d’aménagement fait écho à un thème récurrent dans ses chansons, où il est souvent question de maisons. «Sans doute, concède le chanteur d’origine bretonne. Pour moi qui ai toujours vécu en HLM ou en immeuble, j’aime l’idée d’avoir un endroit où revenir.» Le retour habite ainsi Hypernuit, qui donne son nom au nouvel album de Bertrand Belin.

Un étrange récit de village et de vengeance dont le texte ne dévoile presque rien, juste les contours d’un drame. «Ce n’est pas si ésotérique, tempère l’auteur. Quelqu’un revient pour se venger, quelqu’un d’autre l’attend. C’est un scénario autour de la rédemption, un squelette de scénario plutôt. A l’auditeur d’apporter la chair à l’histoire par un travail d’appropriation.»

Costume. Ne vous attendez pas à croiser Bertrand Belin en blouson et tee-shirt. Sur scène comme en dehors, il porte chemise et costume, aussi élégant dans sa mise que dans le choix des mots et l’exposé des idées. Dans l’écriture aussi, poétique et exigeante. Sa méthode de travail ? «Je convoque les chansons de force à la guitare, en prétendant les connaître déjà. Je fais avancer les paroles comme de l’eau sur une pente, le texte a toujours quelques centimètres d’avance sur la musique. J’enregistre ces avancées et je retravaille. Ce n’est pas de l’écriture automatique puisque je ne garde pas le résultat tel quel, je m’autorise le tri.»

Hypernuit est son troisième CD comme chanteur. Auparavant et simultanément, il a enregistré avec le groupe les Enfants des autres, travaillé avec Néry, JP Nataf, Bastien Lallemant, Decouflé et pas mal d’autres. Tous ont vanté un guitariste sobre, fin et original, lui dément être un fanatique de la six cordes. «Entre 14 et 18 ans, j’étais passionné par l’instrument, une passion dont j’ai été salutairement détourné par les Sons of the Desert, un groupe anglais dont j’ai fait partie. Au début,quand EwanShiels, le leader, me demandait de faire une partie, il me disait : "Non, tu l’as jouée à la guitare, je veux que tu fasses comme si tu jouais de la trompette." J’étais jeune, ça m’a désarçonné mais fait comprendre que la guitare sert à produire de la musique, pas de la guitare.»

En 2005, son premier CD avait recueilli un joli succès d’estime avec des chansons aimables et pleines de vie. Le deuxième, la Perdue, en 2007, a pris les amateurs à rebrousse-poil : austère, voire hostile, il demandait du temps pour se laisser apprivoiser. «J’ai eu envie de chansons plus âpres, qui ouvrent sur des territoires moins lumineux, explique l’artiste. Sur le premier album, une chanson comme Porto, qui est un peu passée à la radio, m’emportait vers une légèreté solaire qui ne me convient pas. Du coup, je me suis dirigé vers quelque chose de plus épineux. Un mouvement sans doute brutal mais j’avais besoin d’en passer par là pour récupérer ma liberté vis-à-vis de l’interprétation de mon travail. Je n’aurais pas tenu longtemps à incarner un chanteur au cœur léger.»

Poète.
Hypernuit, qui réconcilie ces deux pôles, est aussi ancré dans des souvenirs du chanteur. «Je suis à l’aise dans une ruralité fantomatique, qui n’a rien de sociologique. Le paysage de mon enfance est fait de côtes sauvages, de bruyères et de landes. Raconter le quotidien n’a pas d’intérêt pour moi. En revanche, vivre à la montagne ou au bord de la mer, c’est être rappelé chaque jour à la majesté des lieux qui vous entourent, être submergé d’étonnement.»

Bertrand Belin vit pourtant à Paris et n’a pas toujours été poète et musicien: il a par exemple exercé le métier de vaguemestre (ouvrez vos dictionnaires). Incantatoires et emplies de mystère («J’ai, voilà ce qu’il a dit, le sommeil plein de loups»), ses chansons s’offrent à qui souhaite les interpréter. «Elles ne sont pas rigolotes, c’est sûr, mais je ne crois pas qu’elles puissent échapper à l’auditeur. Elles nécessitent un état d’écoute, qui n’est pas récompensée par une immédiate clarté, par des slogans qui claquent aux oreilles.»

L’adhésion à cette démarche était patente à Paris il y a quelques jours, dans un Point éphémère rempli à craquer. Paradoxalement, Bertrand Belin est aussi complice et chaleureux dans son rapport avec le public. Et même s’il s’étonne de la remarque, il peut se révéler franchement très drôle.

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