samedi 13 août 2011

Close up sur....

Pierre Bonnard, Jeune femme à la rose (vers 1907)

Huile sur toile (49,8 x 54,6 cm)
     


« Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil
A point perdu ceste vesprée… »

Ainsi résonne, sous la plume de Ronsard, le chant cruel du Memento Mori.
C’est avec nostalgie dès lors que la jeune femme, contemplant au matin de sa vie l’éclatante rose, voit avec elle, déjà, sa beauté se faner…
Mais le peintre lui propose un tout autre destin : sous la tendresse de son pinceau, le temps s’arrête ; la rose s’immortalise dans « Les plis de sa robe pourprée » ; dans son reflet, la jeune femme au teint « pareil » irradie.
Sa blondeur, sa lumière contaminent les murs et les meubles de la maison. C’est le moment où la sensation devient image et « la couleur devient valeur (1) », où les « qualités les plus fines et les plus insistantes (2) », la lumière, le parfum de l’instant évoqué instillent au tableau leur quiétude, leur mystère.
« Guetteur sensible du quotidien (3) », Pierre Bonnard cueille ici avec délicatesse et pudeur la jeunesse pensive, éprise Sans doute, au cœur de son intimité. En quelques traits, la réalité domestique se sublime et une pause mélancolique, sur un coin de terrasse, devient allégorie de l’attente amoureuse.

pierre bonnard

Peintre et graveur postimpressionniste français, Pierre Bonnard (1867-1947) est une figure majeure de l’art moderne du XXe siècle. Jeune membre du groupe des Nabis, très tôt reconnu et célébré comme un maître de la couleur et de la composition, son œuvre inclassable, qu’il voit lui-même comme « un arrêt du temps », s’attache à recréer, plutôt que représenter, le réel en le dotant d’une dimension inouïe.

« La peinture doit revenir à son but premier, l’examen de la vie intérieure des êtres humains. » (Pierre Bonnard)
« Ce qui est particulier dans cet art libre et primesautier, c’est qu’il s’évade, comme en se jouant, d’une réalité dont il ne peut se passer. » (Maurice Denis)
« À l’instar des plus rares artistes, il donne l’impression d’avoir inventé la peinture. » (Elie Faure)
« Le dessin, c’est la sensation, la couleur, c’est le raisonnement. » (Pierre Bonnard)

Sources  via:
(1) Notes de Bonnard dans son agenda.
(2) Jean Clair, Les aventures du nerf optique, catalogue Bonnard, Centre Georges Pompidou, Exposition Musée National
d'Art Moderne – Dallas Museum of Art – The Phillips Collection, Washington, 1984.
(3) Cf. l’exposition présentée au Musée de Lodève du 20 juin eu 1er novembre 2009.

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