lundi 22 août 2011

John Trudell -Out of the Blues





Poète, activiste politique, musicien, défenseur militant des droits des amérindiens d'Amérique du Nord et plein d'autres choses encore... Tel est John Trudell. Chanteur et porte parole, poète et symbole vivant.
Le regard de John Trudell est marqué par la vie, comme ceux de tous les hommes qui ont vu beaucoup de choses. Presque trop.....



John Trudell voit le jour à Omaha dans le Nebraska, le 15 février 1946. Son père est un Sioux Santee, sa mère, mi-indienne, mi-mexicaine, décède, alors qu'il a 6 ans. Vivant près d'une réserve dans le Dakota, il est très tôt confronté à des conditions de vie difficiles, son père se retrouvant à élever une nombreuse famille. A 17 ans, il effectue son service militaire. "J'ai choisi la Marine pour mininimiser mes chances de finir en chair à canon", affirme-t-il. "C'est là, que j'ai découvert que beaucoup d'autres vivaient ce que moi je vivais, en tant qu'indien et prisonnier de l'Amérique." Les années qui suivent son service militaire, John Trudelll fait des petits boulots, mais ne se débarrasse pas de ses désillusions sur l'Amérique. Le 20 novembre 1969, peu après sa fermeture, deux cent indiens occupent le pénitencier de l'île d'Alcatraz, en Baie de San Francisco. Ils en revendiquent la possession


au nom d'un traité de 1868 qui accordait aux Sioux les terres dont le gouvernement fédéral n'avait plus l'usage. John Trudell est parmi les manifestants dont il devient le porte-parole. "J'y ai trouvé tout un tas de gens qui, comme moi, malgré leurs faiblesses, n'avaient pas abdiqué."Au lendemain de cette occupation,en 1971, l'American Indian Movement ( A.I.M.) est créé. John Trudell en devient le président de 1973 à 1979. En 1978, il est incarcéré à la prison fédérale de Springfield, dans le Missouri et, l'année suivante, met le feu à un drapeau américain, devant les bureaux du Federal Bureau of Investigation (F.B.I), à Washington, lors d'une manifestation.



La traversée du désert


Douze heures plus tard, un incendie réduit sa maison en cendres, dans la réserve Shoshone Paiute, dans le Nevada. Sa femme, ses trois enfants et sa belle-mère meurent prisonniers des flammes. Le Bureau des Affaires Indiennes conclut à un accident. Trudell est persuadé qu'il s'agit d'un meutre en guise de représailles à son engagement en faveur des droits des indiens. Effondré, le militant se réfugie dans l'écriture. "J'avais déjà rédigé des discours politiques, mais rien qui ressemble de près ou de loin à des poèmes. Six mois après le drame, alors que je touchais le fond, les mots me sont venus. Ces mots étaient mes bombes, mes larmes et ma vie."

Musique et Poésie

En 1981, John Trudell publie un recueil de poésie, "Living in reality", avant de mêler textes et musique. "C'est alors que je traînais autour du studio du chanteur Jackson Browne et passais du temps avec ses musiciens, que m'est venue l'idée de mélanger poésie, musique traditionnelle amérindienne et les rythmes du rock." John Trudell enregistre "Tribal Voice", un disque qui où ses textes sont seulement soulignés par des percussions et quelques chants indiens. Puis, en 1985, c'est la rencontre avec Jesse Ed Davis, un indien Kiowa d'Oklahoma, véritable star du rock, ayant joué avec Eric Clapton, Bob Dylan, John Lennon ou Jackson Browne.

Le rock des "mots parlés"

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"Lorsque nous nous sommes rencontrés, Jesse m'a dit : je peux composer de la musique pour tes mots." Ils enregistrent un premier album, "AKA Graffiti Man", en 1986. Sorti sur le label créé parTrudell, Peace Company, mais seulement en cassette, leur travail n'est diffusé que de façon confidentielle, malgré son succès auprès des critiques. Jesse Ed Davis et Trudell sortent un second album, "Heart jump Bouquet", et un autre dans la série "Tribal Voices intitulé "But this isn't El Salvador". Mais, en 1988, Jesse Ed Davis décède. Trudell en est très affecté. Il décide quand même de poursuivre l'oeuvre entreprise, avec Mark Shark, guitariste rythmique du Graffiti Band qui l'acccompagnait jusqu'ici. Choisi pour assurer la première partie de la tournée mondiale du groupe de rock australien "Midnight Oil", Trudell se produit, enfin, devant un public international. En 1992, son album "AKA Graffiti Man" est réédité, réarrangé par Jackson Browne.

Trudell, acteur

On retrouve John Trudell acteur, dans "Coeur de Tonnerre" - avec Val Kilmer (qui joua Jim Morrison dans un film retraçant la vie du leader des Doors) - et dans un documentaire, "Incident à Oglala", tous les deux retraçant les conflits qui ont opposé le gouvernement américain à l'American Indian Movement, dans les années 70. Il y a quelques années, on l'a revu au cinéma, dans "Phoenix Arizona", le premier film de fiction tourné par un amérindien, en l'occurrence Sherman Alexie, auteur du livre du même nom. Il jouait le rôle d'un animateur de radio locale indienne posté à un carrefour stratégique de la réserve.
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Son site...http://www.johntrudell.com/



Décrire l'effet d'un disque de John Trudell est toujours très délicat tant les sentiments inspirés sont divers et variés, tout en restant d'une cohérence implacable. Pour les personnes en quête de repères, il est possible d'assimiler cet artiste aux protest singers tels que Bob Dylan ou Bruce Springsteen. De mon point de vu, John Trudell est bien plus encore, véritable porte-parole et consciences des american natives.

Le principal vecteur d'expression de cet artiste reste une musique fondamentalement blues (à l'exception notable de son premier album). En effet, quel autre style musical peut aussi bien panser les blessures de l'âme ? Comme souvent chez John Trudell, les ombres du passé transparaissent au gré des textes (les particulièrement émouvants "The only one for me" et "You were"). L'ensemble reste fortement engagé même si parfois le ton semble plus léger comme dans "Dizzy duck", mais ce n'est qu'en apparence car cette chanson cache en fait une critique dirigée vers le problème des armes à feux aux USA.

Le pouvoir exercé par les différents titres n'est pas uniquement lié à la profondeur des propos mais aussi à l'intonation de voix et aux arrangements tant ils semblent être en phase (avec un niveau d'anglais moyen, il est tout à fait possible de comprendre le sens principal des chansons).
John Trudell reste ainsi l'un des peintres les plus habiles et lucides des inégalités et injustices de notre époque. Comme tous ces autres albums, cet opus est un joyau précieux à écouter sans aucune modération.

2002

2001

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1994

1992

1992

1991

1987

1987

1986

1983

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