lundi 15 août 2011

La fleur bleue de Novalis

LA FLEUR BLEUE

Le jeune homme se perdit peu à peu en de douces visions et s’endormit. Il rêva d’abord de distances infinies, de contrées sauvages et inconnues. 
Il marchait, traversant des mers avec une facilité incompréhensible ; il vit des animaux étranges ; il vécut avec des hommes de races diverses, tantôt en guerre, dans des tumultes effrénés, tantôt dans de paisibles cabanes.
Il connut la captivité et la plus noire détresse. 
Tous les sentiments s’exaltèrent en lui jusqu’à un degré qu’ils n’avaient jamais atteint.
Il vécut une existence infiniment mouvementée, mourut et revint à la vie, aima d’une passion poussée jusqu’à l’extrême, et fut ensuite séparé, pour l’éternité, de celle qu’il aimait…
A l’approche du matin, lorsque au-dehors l’aube se mit à poindre, le calme revint enfin dans son âme, les images se firent plus nettes et plus stables.
Alors il lui sembla qu’il marchait seul dans une forêt obscure. Le jour ne perçait qu’à de rares intervalles le vert réseau du feuillage.
Bientôt il arriva devant une gorge rocheuse qui montait à flanc de coteau. Il lui fallut escalader des blocs couverts de mousse qu’un ancien torrent y avait entraînés.
A mesure qu’il grimpait, la forêt s’éclaircissait.
Il parvint enfin jusqu’à une verte prairie qui s’étendait au flanc de la montagne.
Au-delà de cette prairie s’élevait une falaise abrupte, au pied de laquelle il aperçut une ouverture qui semblait être l’entrée d’une galerie taillée dans le roc.
Il suivit un certain temps ce couloir souterrain qui le conduisit sans difficulté vers une grande salle d’où lui parvenait de loin l’éclat d’une vive clarté.
En y entrant, il vit un puissant jet d’eau qui, paraissant s’échapper d’une fontaine jaillissante, s’élevait jusqu’à la paroi supérieure de la voûte et s’y pulvérisait en mille paillettes étincelantes qui retombaient toutes dans un vaste bassin; la gerbe resplendissait comme de l’or en fusion; on n’entendait pas le moindre bruit; un silence religieux entourait ce spectacle grandiose.
Il s’approcha de la vasque qui ondoyait et frissonnait dans un chatoiement de couleurs innombrables. Les parois de la grotte étaient embuées de ce même liquide qui n’était pas chaud, mais glacé, et n’émettait sur ces murailles qu’une lueur mate et bleuâtre.
Il plongea sa main dans la vasque et humecta ses lèvres.
Ce fut comme si un souffle spirituel le pénétrait : au plus profond de lui-même il sentit renaître la force et la fraîcheur.
Il lui prit une envie irrésistible de se baigner : il se dévêtit et descendit dans le bassin.
Alors il lui sembla qu’un des nuages empourprés du crépuscule l’enveloppait; un flot de sensations célestes inondait son cœur; mille pensées s’efforçaient, avec une volupté profonde, de se rejoindre en son esprit; des images neuves, non encore contemplées, se levaient tout à coup pour se fondre à leur tour les unes dans les autres et se métamorphoser autour de lui en créatures visibles; et chaque ondulation du suave élément se pressait doucement contre lui, comme un sein délicat.
Le flot semblait avoir dissous des formes charmantes de jeunes filles qui reprenaient corps instantanément au contact du jeune homme.

Dans une ivresse extatique, et pourtant conscient de la moindre impression, il se laissa emporter par le torrent lumineux qui, au sortir du bassin, s’engloutissait dans le rocher.
Une sorte de douce somnolence s’empara de lui, et il rêva d’aventures indescriptibles. Il en fut tiré par une nouvelle vision.
Il se trouva couché sur une molle pelouse, au bord d’une source qui jaillissait et semblait se dissiper en l’air.
Des rochers d’un bleu foncé, striés de veines de toutes couleurs, s’élevaient à quelque distance; la clarté du jour qui l’entourait était plus limpide et plus douce que la lumière habituelle; le ciel était d’azur sombre, absolument pur.
Mais ce qui l’attira d’un charme irrésistible, c’était, au bord même de la source, une Fleur svelte, d’un bleu éthéré, qui le frôlait de ses larges pétales éclatants.
Tout autour d’elle, d’innombrables fleurs de toutes nuances emplissaient l’air de leurs senteurs les plus suaves. 
Lui, cependant, ne voyait que la Fleur bleue, et il la contempla longuement avec une indicible tendresse. Il allait enfin s’en approcher quand elle se mit soudain à tressaillir et à changer d’aspect; les feuilles devinrent plus brillantes et se serrèrent contre la tige qui s’allongeait; la fleur s’inclina vers lui et les pétales formèrent en s’écartant une collerette bleue où flottait un visage délicat. Son doux émerveillement croissait à mesure que s’accomplissait l’étrange métamorphose, — quand tout à coup la voix de sa mère l’éveilla : il se retrouva dans la chambre familiale que doraient déjà les rayons du matin.
Il était trop enchanté pour prendre humeur de ce contretemps ; au contraire, il dit un aimable bonjour à sa maman et lui rendit son embrassement affectueux.

Novalis (1772 - 1801) in Henri d'Ofterdingen


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Novalis
de son vrai nom Friedrich von Hardenberg, est né en 1772 en Saxe et mourut de phtisie en 1801. Novalis signifie qu’il se voulait novateur.

Il est reconnu comme l’initiateur du romantisme allemand, en particulier avec les Hymnes à la nuit alternant vers et prose rythmée, où il exprime une conception complexe de la beauté, de la mort et du temps.
Il est également l’auteur d’un roman inachevé publié un an après sa mort : Heinrich von Ofterdingen, récit d’un rêve du poète à la recherche d’une harmonie parfaite avec le monde.
Novalis aspirait à un idéalisme magique, absolu, grâce à la poésie et au langage des rêves, seuls capables d’approcher la vérité et l’éternité du monde supérieur.
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Rêveur et philosophe
, avec un esprit très rigoureux, Novalis collabora avec les frères Schlegel à la revue Athenaeum pour fonder une nouvelle littérature.
Il croit en la toute-puissance de la conscience humaine pour retrouver dans les bornes de la vie terrestre les signes de l’éternité à laquelle elle est promise.
" Le monde supérieur est plus proche de nous que nous ne le pensons ordinairement. Ici-bas déjà, nous vivons en lui et nous l’apercevons, étroitement mêlé à la trame de la nature terrestre "
(Heinrich von Ofterdingen).
Le langage des rêves, de la poésie et des contes est porteur de ces signes.
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Fiancé à 23 ans à la jeune Sophie von Kühn âgée de 13 ans, Novalis est le témoin de sa longue maladie et de sa mort deux ans plus tard.
Il en est profondément affecté (" Le monde entier pour moi est mort avec elle ") et décide de la rejoindre, par une sorte de " suicide spirituel ", en laissant la force de sa pensée l’entraîner peu à peu hors du monde :
" Mon imagination - écrit Novalis peu avant la mort de Sophie- croît à mesure que décroît mon espoir, et lorsque celui-ci sera entièrement englouti, mon imagination sera assez forte pour me hausser jusqu’aux régions où je retrouverai ce que je perds ici ".
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Les Hymnes à la nuit (1800) sont l’expression par la poésie de cette expérience de l’au-delà ; le poète, plongé dans une extase mystique mêlant Dieu, l’idée du Beau et le sentiment de la douleur voit le visage de celle qu’il aime apparaître dans la nuit :
" Faut-il toujours que le matin revienne ? Est-il donc sans fin, l’empire des choses terrestres ? Et toi, divin sommeil, tu perdures.
Ne ménage point tes bienfaits à l’adepte de la Nuit au cours du labeur journalier !
Seuls les inconscients se méprennent et ne connaissent d’autre sommeil que l’ombre que tu poses miséricordieusement sur nous au seuil de la véritable nuit.
Ils ne te pressentent ni dans le jus doré de la grappe, ni dans l’élixir béchique de l’amandier ou le suc brun du pavot.
Ils ignorent que c’est toi qui enveloppes le sein délicat de la jeune fille et fais de son flanc un paradis.
Que c’est toi, ô sommeil qui, surgi du fond des légendes, détiens la clef ouvrant aux demeures des bienheureux, messager silencieux de mystères sans fin "
(extrait d’Hymnes à la nuit ).
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La quête de la " fleur bleue
: le roman inachevé de Novalis, " Heinrich von Ofterdingen " s’ouvre avec le récit d’un rêve : le héros traverse des paysages merveilleux et découvre, auprès d’une source, une étrange fleur bleue qui laisse voir entre ses pétales le beau visage d’une jeune femme.
L’ image de la fleur bleue remonterait à la mythologie hindoue : dans le rêve en apparence le plus personnel, la fleur, l’amour et la mort se mêlent et se confondent:
" Au bord de la source, l’attirant irrésistiblement, il y avait une fleur, dont la tige était anormalement longue, une fleur bleue comme l’azur, qui le frôlait de ses larges pétales. D’autres fleurs, d’innombrables fleurs, remplissaient l’air de leurs parfums. Les yeux du rêveur n’arrivant pas à se détacher de la fleur bleue, cette contemplation le remplissait de sentiments tendres.
Au moment où il allait toucher la fleur, elle se mit soudain à bouger, et en même temps elle changea d’aspect : les feuilles s’enroulèrent comme dans un geste amoureux autour du pied de la fleur, les pétales s’entrouvrirent formant une collerette où flottait le visage délicat d’une jeune fille. Son émerveillement augmenta au fur et à mesure de cette étrange transformation. Tout à coup il fut réveillé par la voix de sa mère ".
Ce rêve modifia la vie du dormeur et lui fera retrouver le jardin de son enfance, où le passé, le présent et l’avenir ne forment qu’une seule et même réalité, plus complète et plus vraie que la réalité quotidienne. Les images de son rêve transforment sa solitude en communion triomphante, communion avec tous les humains et avec tout l’univers.
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Un an après la mort de Sophie, Novalis s’éprend de Julie von Charpentier. Mais l’idée d’une mort précoce ne le quittera plus. Le 5 avril 1800, heureux pourtant à la perspective de son mariage proche, il écrit à son ami Schlegel :
" J’espère très proche ma fin joyeuse; vers la Saint-Jean je pense que je serai entré en paradis ".
En mars 1801, Novalis mourut dans les bras de Friedrich Schlegel, pendant que son plus jeune frère - sur la demande du mourant - jouait du piano.
Il fit preuve jusqu’à la fin d’une gaieté et d’une sérénité indescriptible. Schlegel écrira :
" On peut à peine croire qu’il soit possible de mourir avec autant de beauté ".
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Novalis est le poète le plus émouvant du romantisme allemand
. Sa poésie est pure et toute simple; il a marqué de son sceau un courant " philosophique " de la poésie où l’idée se dissout dans " un seul et unique rêve, éternel et inépuisable ".
Puisant dans Hésiode et dans la pensée platonicienne, et mêlant avec audace la dévotion mariale à son protestantisme, Novalis définit ainsi la poésie :
" La poésie est représentation de l’âme, représentation du monde intérieur dans sa totalité. Le sens poétique a bien des points communs avec le sens mystique.
C’est le sens de tout ce qui est particulier, personnel, inconnu, mystérieux, de ce qui doit être révélé, de ce qui est à la fois nécessité et hasard.
Le poète est littéralement insensé, en échange, tout se passe en lui. Il est sujet et objet à la fois, âme et univers.
D’où le caractère infini, éternel, d’un bon poème. La poésie est le réel absolu. Plus une chose est poétique, plus elle est vraie ".
D.GERARDIN

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La fleur : métaphore de la passion dans « Henri d’Ofterdingen » de Novalis

par Anne Lambrecht
Docteur en Etudes Germaniques
CEREL (Centre d’Etudes et de Recherche en Littérature)
Université de Lille

Les romantiques allemands l’ont souvent associée à une passion non avouée et pourtant si présente chez celui qui désire ardemment conquérir le cœur d’une bien-aimée. La forme poétique du monde que projettent les romantiques allemands dans leurs poèmes, leurs contes ou leurs romans transparaît dans la description de la fleur, et notamment dans la description de la fleur bleue. On constate toutefois que le fleur n’est pas seulement le thème privilégié des romantiques allemands, d''autres écrivains ont fait perdurer cette image de la passion par le biais d''une autre fleur, la rose, afin de mettre au jour une passion à la fois brûlante et discrète.

La fleur bleue de Novalis

Dès le premier chapitre, Novalis évoque l’attention curieuse que porte Henri sur les fleurs :
« Je n’ai jamais rien éprouvé de pareil : c’est comme si j’avais vécu en songe jusqu’à présent, ou encore comme si j’étais passé en dormant dans un autre monde ; car dans celui où je vivais d’ordinaire, qui donc aurait prêté attention aux fleurs ? Quant à une passion aussi insolite pour une fleur particulière, je n’en avais jamais entendu parler auparavant.- D’où provenait bien venir cet étranger ? » [1]
On constate que la fleur est un étranger, un terme qui apparaît dans des moments différents du roman et revêt pourtant toujours la même idée à savoir celle d’un médiateur entre le monde de la vie ordinaire et le monde supérieur.[2] En effet, la fleur bleue apparaît dès la page suivante quand Henri est plongé dans un sommeil profond. Le voici cheminant dans un monde inconnu, il traverse une forêt puis entre dans une grotte attiré par une vive clarté qui le mène vers une fleur :
« Ce qui l’attira d’un charme irrésistible, c’était, au bord même de la source, une Fleur svelte, d’un bleu éthéré, qui le frôlait de ses larges pétales éclatants. Tout autour d’elle, d’innombrables fleurs de toutes nuances, emplissaient l’air de leurs senteurs les plus suaves. Lui, cependant, ne voyait que la Fleur bleue, et il la contempla longuement avec une indicible tendresse. Il allait enfin s’en approcher quand elle se mit soudain à tressaillir et à changer d’aspect ; les feuilles devinrent plus brillantes et se serrèrent contre la tige qui s’allongeait ; la fleur s’inclina vers lui et les pétales formèrent en s’écartant une collerette bleue où flottait un visage délicat. »[3]
Cette fleur se distingue des autres par sa couleur, le bleu, certes il existe de nombreuses fleurs bleues, le myosotis, l’iris, la pivoine, cependant celle-ci ne ressemble à aucune autre et devient la fleur bleue avec un F majuscule. Elle réapparaît lorsqu’en Henri quitte sa patrie[4], la Thuringe, pour découvrir, dit-il la science de l’histoire humaine. Vaste programme s’il en est. Deux chemins s’offrent à lui pour y parvenir : l’expérience et la contemplation intérieure, c’est vers cette dernière que se tournera Henri afin de se découvrir lui-même.[5] La fleur bleue se manifeste une dernière fois au chapitre IV après les récits des chevaliers au crépuscule comme une fulguration lointaine.[6] La fleur transparaît donc dans un jeu de l’imagination, un état de semi conscience qu’est le rêve, Henri se détache de la réalité du monde extérieur et s’isole dans un monde merveilleux dont le rêve lui ouvre la porte. Apparemment sans lien logique, la fleur bleue devient pour le jeune Henri une quête poétique.
Quelle symbolique revêt cette couleur ? Le bleu est une couleur très présente dans la nature. Le bleu du ciel et le bleu de l’eau sont deux symboles récurrents de la mythologie égyptienne. Le bleu des profondeurs de l’eau représente la femme et le bleu du ciel incarne l’infini, le monde des dieux[7]. Dans la religion chrétienne, Marie porte souvent un manteau bleu, symbole qui réunit à la fois le ciel et la terre, l’ici-bas et l’au-delà. Le bleu indique également la fidélité, si on en croit le langage des fleurs, le myosotis et la pivoine symbolisent ce sentiment. Le bleu incarne aussi, selon les thérapeutes, l’inconscient, la profondeur de l’âme, la douceur et le calme.[8] Dans les contes de Grimm, le bleu apparaît sous la forme d’une lumière amicale, une lumière qui apporte joie et espérance. Traditionnellement le bleu est la couleur des bons esprits et des forces protectrices. Dans sa théorie des couleurs, Goethe dépeint la fascination que provoque le bleu.[9] Toutefois selon Goethe, si elle est décrite comme un voile noir, cette couleur peut également évoquer quelque chose de sombre, d’oppressant et peut-être même de dangereux. Kandinsky pour sa part décrit toute l’intensité des dégradés de bleu, inspirant calme et sérénité dans ses tons les plus pâles mais aussi gravité et tristesse dans ses tons les plus foncés.[10]
Ecrire la passion par le biais d’une fleur bleue, c’est ainsi que Novalis nous dévoile l’amour naissant du jeune Henri pour la jeune Mathilde. Le doux visage qu’il avait vu transparaître dans ses rêves au cœur de la fleur bleue, s’éveille à lui dans le chapitre VI du roman :
« L’éternelle jeunesse parlait dans ses grands yeux tranquilles. Sur leur fond d’azur clair, telles deux étoiles, les prunelles brunes brillaient d’un doux éclat. A l’entour s’inclinaient les courbes gracieuses du front et du nez. Son visage était un lys penché vers l’aurore, et de son cou svelte et pur partaient des veines bleues dont les sinuosités charmantes venaient contourner ses joues délicates. Sa voix était comme un écho lointain, et la petite tête aux boucles brunes semblaient flotter, légère, au-dessus de cette silhouette aérienne»[11].
Henri découvre dès lors la signification de la fleur bleue, il comprend qu’elle était l’élément évocateur de l’amour. A travers elle, il atteint quelque chose d’irrationnel, la passion, un sentiment qu’il avait déjà ressenti à la fin du premier chapitre : « Je m’éveillais un instant après et je me sentis ému d’une violente passion. »[12] . Arrivé à la fin de son voyage et après avoir rencontré par hasard une jeune fille prénommée Mathilde au cours d’une fête, Henri comprend alors le symbole qu''incarne la fleur bleue:
« Mon état d''âme n’est-il pas le même que dans ce rêve étrange, quand la fleur bleue m’est apparue ? … Quelle singulière correspondance y a-t-il entre Mathilde et cette fleur ? …. Oui ce visage qui surgit du calice et se pencha vers moi, c’était le céleste visage de Mathilde…. Et maintenant je me rappelle aussi l’avoir vu dans le Livre. Mais pourquoi n’a-t-il pas alors troublé mon coeur aussi vivement? ... Oh! Elle est l''incarnation de l''Esprit du chant, la digne fille de son père. C''est par elle que mon être va se résoudre en harmonies. Elle sera mon âme la plus intime, la gardienne du feu sacré. Quelle impérissable fidélité je lui voue en mon coeur! Je ne suis au monde que pour l’adorer, la servir éternellement, en faire l’unique objet de mes sentiments et de mes pensées. »[13]
Dans cette fleur sommeille inconsciemment le visage de l’amour qu’incarne la jeune Mathilde. Elle devient l’élément annonciateur d’un sentiment qu’Henri semble difficilement décrire. L’amour, couronnement d’un chemin initiatique, s’offre à Henri comme une variation colorée d’une fleur sous une lumière différente. Cette luminosité met au jour de nouvelles sensations qu’il ne faisait que présenter et dont il n’était absolument pas conscient.
Sa quête de la fleur bleue le mène à la découverte de la passion. On pourrait résumer le chemin parcouru par Henri en cette phrase : celui qui trouve la Fleur bleue trouve également l’Amour. Cette fleur réunit donc deux jeunes personnes qui éprouvent une passion réciproque, mais il ne s’agit pas d’un amour charnel, en effet seul un baiser sera le signe physique qui scellera leur amour. Il reste à l’état de sensation plus que de réalisation, à l’instar du roman lui-même, n’ayant pas été achevé à cause de la mort de son auteur, le récit de Novalis laisse le lecteur en quête de cette fleur bleue et de cette passion inassouvie. On sait par les notes de Ludwig von Tieck que Novalis voulait réintroduire cette fleur pour délivrer Mathilde d’un sort afin qu''elle et Henri soient ainsi réunis pour toujours à l''image d''une passion éternelle.

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