mardi 16 août 2011

Melancholia

Melancholia

…ou comment une jeune femme, peu concernée par la vie, se révèle, à l’aune de l’apocalypse, beaucoup plus douée à gérer l’approche de la mort !

Lars Von Trier nous présente ici un très beau film crépusculaire tenant tout à la fois de la poésie et du fantastique.
Après un prologue onirique magnifié par la musique baroque de Richard Wagner (« La mort d’Isolde »), et des images, éclats instantanés mentaux, porteurs de présages funèbres, le film se divise en deux parties différentes (présentant deux magnifiques portraits de femmes : Justine et Claire) mais indissociables pourtant l’une de l’autre, l’une existant par rapport à l’autre, les deux se fécondant mutuellement.

Ce film « apocalyptique » métaphorique, qui va s’enfoncer peu à peu dans un huis-clos angoissant, étrange et beau, renvoie aussi le spectateur à lui-même, à une torpeur révélatrice de ressentis inconscients.

Dans la première partie, derrière un mariage conventionnel se voulant festif et heureux, mais où les protagonistes se révèlent, chacun dans son genre, assez perfide, derrière cette belle mise en scène qui se fissure avec les uns et les autres, se propage une réalité qui laisse apparaître tout d’abord le dérisoire des choses, puis laisse petit à petit planer une ombre inquiétante et évanescente. Quelque chose couve, une menace imminente…

Dans la deuxième partie, plus fantastique, plus onirique, éclairée par la pleine lune et la planète Melancholia, tour à tour rouge et bleue, qui va entamer une danse d’Eros et Thanatos, à travers un ballet onirique porteur de séduction et de mort, quelque chose s’accélère qui n’était pas prévu… On suit ainsi fasciné le mouvement de Melancholia qui semble instaurer un réseau de forces telluriques imperceptibles, voies invisibles et pourtant obligées, que seule Justine semble percevoir.

Incarnée par l’actrice Kirsten Dunst, Justine, fondamentalement marginale (derrière une apparente intégration : elle travaille dans la pub, elle se marie), qu’on sent étrangère au milieu où elle évolue, à ses motivations et valeurs, est une jeune femme qui vit ailleurs que dans ce que les autres, notamment sa sœur Claire (incarnée par Charlotte Gainsbourg), recherche… Elle vit une réalité qui lui est propre, dans l’infra-événementiel, une réalité singulière qui va s’imposer petit à petit à elle dans son évidence sensible.

Dès les premières minutes du film, on devine derrière son sourire, puis, au fur et à mesure du mariage, dans son refus évident d’obéir aux règles sociales, dans son détachement, une profonde fêlure intime. On sent qu’elle souffre de ne pouvoir se faire comprendre, de ne pouvoir s’expliquer, de ne pouvoir partager son ressenti…

Pourtant, lors du mariage, elle fait de son mieux, Justine, elle a envie d’y croire, à ce bonheur dont les autres parlent pourtant en termes si convenus. En brave petit soldat, elle y va, mais le sentiment de vacuité des choses prend le dessus, et elle devient de plus en plus absente, tout d’abord psychiquement, puis physiquement. Comme s’il s’agissait du mariage d’une autre. Absente à sa propre vie, à la vie surtout que les autres ont désiré à sa place. Mélancolique donc.

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage

Derrière la façade qui se fissure, derrière la fêlure, se propage autre chose, de menaçant… dont Justine, clairvoyante, est la première à avoir le pressentiment.

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Après la fête où s’est déjà deviné la tristesse des « masques et bergamasques », va commencer à peser ainsi sur les jours, de plus en plus crépusculaires, et les nuits, porteurs d’une lumière sacrificielle, une fatalité implacable. L’existence va lentement s’inscrire dans une dimension anxiogène qui la dépasse. Une force en marche s’échappe, quelque chose d’inquiétant qu’on ne saurait définir. Un danger occulte. Comme si une bombe à retardement était cachée tout près, une bombe dont le tic-tac rythme l’inexorable, l’obsédante certitude d’une échéance pourtant encore invisible.

Et ce pressentiment va – enfin – relier Justine à elle-même. Car l’approche de Melancholia va lui insuffler une autre respiration. Après un état dépressif, où elle semble de plus en plus évanescente, étrangère à la vie – cf notamment la très belle scène où Claire, attentive, douce, bienveillante, essaye de lui faire prendre un bain alors qu’elle est prostrée, incapable du moindre mouvement – Justine va petit à petit s’inscrire dans une autre dimension, plus personnelle. Comme si elle s’éveillait, comme si elle était enfin reliée à son destin. Et que celui-ci s’adaptait au même rythme que la planète.

Ainsi, dans une très belle scène nocturne, offerte nue à la lumière de Melancholia, elle semble se relier à la planète, comme silencieusement informée, encodée secrètement, déterminée à son insu, dans une relation mystérieuse faite d’une complicité secrète.
L'étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure...

Fataliste, apparemment indifférente à la catastrophe qui se prépare, comme déjà résignée, déjà détachée de la vie, qu’elle n’a jamais probablement aimée (« la terre est mauvaise »), Justine se révèle alors à elle-même et aux autres, comme une clairvoyante qui se découvre, comme si elle « savait » depuis toujours ce qui allait arriver, comme si le pire qu’elle avait toujours envisagé comme la seule issue possible, était – enfin - en état de marche.
Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre solitude
Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse
Je ne suis plus de chez vous, j'attends des mutants

Parallèlement à cette « révélation », Claire, la sœur rationnelle, pleine de bon sens, qui a les pieds sur terre, celle qui tente régulièrement de retenir sa sœur qui s’éloigne peu à peu, si attachée aussi à son fils, va petit à petit perdre pied. L’angoisse va insidieusement la submerger. Et celle qui semblait si peu douée pour la vie va alors accompagner et aider, par sa lucidité clairvoyante, celle qui se révèle, au final, bien moins douée pour affronter la mort.
La scène finale, filmée hors champ (Melancholia n’apparaîtra qu’aux toutes dernières secondes), avec l’étau de la menace qui se resserre, est saisissante. Le geste ultime si singulier et irrationnel de Justine pour adoucir la peur de ses proches, notamment de son neveu qu’elle aime tant, balaye toute rationalité. Ne reste alors que la solitude et la singularité de chacun face à la mort qui arrive.

Je suis le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie
Ma seule Etoile est morte, et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie



(Merci à Louis Aragon, Paul Verlaine, Léo Ferré, Gérard de Nerval... d'avoir accompagné ces lignes)


(Merci à Valérianne pour cet article magnifique!
Je suis une inconditionnelle de Lars van Trier, depuis Breaking the wawes, ce cinéaste si dérangeant, et j'attends de voir ce film avec impatience!)




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La fin du monde sublimée par Lars von Trier dans un film subjuguant de beauté.

Chez Lars von Trier, il n'y a pas de mariage heureux, sorti de celui qui unit le réalisateur à ses névroses. L'apocalypse dans un souffle de romantisme allemand, voilà ce que nous propose l'auteur de Breaking the Waves.

La collision de la planète Melancholia avec la Terre est inévitable. Deux mondes promis à la destruction, à l'image de ce jeune couple qui se fane au moment même de ses noces ou de la relation d'amour/haine qui lie la mariée (Kirsten Dunst) à sa soeur wedding-planeuse (Charlotte Gainsbourg). "Des fois, je te déteste tellement", ressasse Charlotte Gainsbourg.
Ouvert sur un prologue d'une beauté sans égale, que Lars von Trier peint comme des tableaux puissants sur fond de Wagner, Melancholia est un envoûtement des sens où le réalisateur capture la lumière surgie des ténèbres.
Il ne la lâchera plus pendant les deux heures qui suivront, découpées en deux chapitres. Un pour chaque soeur.
Kirsten Dunst échappe bien vite à l'image d'épouse épanouie. Son regard se perd dans l'abyme de sa dépression. La wedding-planeuse bienveillante, Charlotte Gainsbourg, elle, bascule dans la peur du néant. Les deux personnages sont des pions sur un échiquier fastueux, aspirés dans une idée de fin du monde que l'on embrasse avec eux sans réserve.
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Melancholia, de Lars von Trier : entre l’infiniment grand et l’intime

Avec Melancholia (Prix d’interprétation à Cannes pour Kirsten Dunst), Lars von Trier filme la dépression profonde d’une jeune mariée et nous plonge dans une sidérante fin du monde. Un film d’une belle ampleur, grave et onirique. Sortie le 10 août 2011.

Melancholia n’hésite pas à mêler le thème de la fin du monde, la (sublime) musique de Wagner, le symbolisme des éléments : pourtant, étonnamment, le film reste pudique et intimiste.
Dans une première partie, le grand mariage de Justine (Kirsten Dunst) organisé par sa soeur (Charlotte Gainsbourg) se déroule interminablement, dans un climat de plus en plus étouffant : tout commence bien, les jeunes mariés semblent amoureux et heureux (John Hurt est très bien, dans un rôle délicat), mais il suffit d’un petit accroc, d’1m50 qui manquent pour que la limousine passe dans un sentier et, déjà, tout va légèrement de travers. Un peu comme ces cadres que l’on accroche au mur et qui penchent insensiblement… Dans un jeu de miroirs déformants, Lars von Trier traque la montée de la panique chez Justine. Les éléments du bonheur sont réunis, et la pente semble néanmoins inévitable. Avec ironie, Lars von Trier démonte les clichés de la famille heureuse et de la vie professionnelle épanouissante (on peut regretter une scène un peu lourde avec le patron). Avec une simple phrase, Justine transmet aux spectateurs son malaise : « J’ai l’impression que de grands fils laineux s’accrochent à mes jambes ». Melancholia progresse ainsi, nous communiquant par petites touches des impressions visqueuses, lénifiantes.
La seconde partie du film est une plongée hallucinatoire dans la psyché de Justine, qui pressent la fin du monde. Regroupé dans la maison de Claire, le tout petit noyau familial attend, dans une tension croissante, l’arrivée de la planète Melancholia. A mesure que Melancholia fonce sur la Terre, Justine paraît s’apaiser. Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg incarnent chacune une attitude face à la mort qui s’abat sur la Terre.
Certes, il n’est pas interdit de préférer la dépression filmée par Louis Malle dans Le Feu follet. Mais Melancholia frappe et touche le spectateur par le paradoxe qui tient tout le film : parler de quelque chose de très personnel avec le maximum d’effets (musique, symboles), mais aussi avec une extrême attention portée aux petites choses : les variations des sentiments et une sublime scène avec un « petit instrument-télescope ». Lars von Trier dose magnifiquement l’infiniment grand et le tout petit.

Melancholia, de Lars von Trier, Danemark, 2h10,
avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, John Hurt, Kiefer Sutherland, Charlotte Rampling. Sortie le 10 août 2011.

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En mai 2011, au Festival de Cannes, il y a eu deux événements majeurs:
La polémique sur The tree of life et le scandale , évincé du festival après avoir tenu des propos pour le plus déroutants sur Adolf Hitler.

Son film Melancholia est néanmoins resté en compétition mais se sera fait souffler la vedette par un certain Terrence Malick.

Synopsis : Deux parties, deux soeurs, deux planètes. Justine () célèbre son mariage organisé par sa soeur Claire (). Un mariage en grande pompe, où la mariée semble ailleurs… Pendant ce temps, la planète Melancholia se rapproche dangereusement de la terre.

Melancholia

Lars Von Trier avait prouvé son génie avec des films grandioses, intimistes et déroutants comme le magistral Dogville ou le touchant Dancer in the dark. Alors on attend du très grand cinéma avec Melancholia. On retrouve toujours le style du réalisateur, ces portraits intimes de femmes, ce montage mal dégrossi et abrupte, cette esthétique inédite.

La première image est hypnotique et envoûtante et nous montre une aux prises avec les affres de la mélancolie.
A la deuxième image on apprécie le superbe travail de réalisation, le ralenti sublimant la beauté de l’image et la musique nous plongeant dans un état second.

Melancholia

Kirsten Dunst a gagné le prix de la meilleure interprétation féminine à Cannes.  Après avoir vu le film, on se demande surtout pourquoi ils ne l’ont pas aussi attribué à .  Car il faut avouer qu’elle est d’une intensité surprenante, tout particulièrement à la fin du long métrage.
Von Trier aime bien chapitrer ses films et ici on retrouve deux parties, chacune consacrée à l’une des soeurs.
La première partie, Justine, qui relate le mariage.... Ce bain de foule intéressant pour l’analyse subtile des relations entre les invités, pour la beauté diaphane de Kirsten Dunst en robe de mariée et pour le contraste avec la deuxième partie, très intime, dans un paysage perdu au milieu de nulle part.
La deuxième partie intitulée Claire est certainement la plus marquante . La fin du monde est proche et les deux protagonistes la vivent chacune à leur façon.

Melancholia


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NB: Des scènes d'intérieur ont été tournées en Suède, dans les studios de Trollhättan (Film i väst) et les extérieurs également en Suède au château de Tjolöholm (Tjolöholms slott) dont voici l'adresse du site. On peut le consulter en suédois et en anglais. La photo ci-dessus est extraite de ce site.  
   
 
          

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