mardi 2 août 2011

Polémique autour du retable d'Issenheim

 

Suite à une information révélée par « La Tribune de l’Art » et reprise par « Libération » le 27 juillet, la restauration du retable d’Issenheim a été suspendue en attendant l’aval du comité scientifique.

Le retable d’Issenheim tel qu’exposé au musée d’Unterlinden de Colmar

La semaine dernière en effet, « La Tribune de l'Art » avait pointé une précipitation et des approximations dans les décisions prises pour la restauration de ce chef-d'oeuvre du début du XVIe siècle. Pire : le retable n'aurait même pas besoin d'être restauré, de l'aveu même de la conservatrice du musée Unterlinden de Colmar où est conservé le polyptique, Pantxica de Paepe.
Pour l'instant, seul le panneau représentant Saint Antoine a été restauré. Les autres panneaux seront soumis à l'aval d'un comité scientifique. Mais un autre problème vient s'ajouter aux réserves scientifiques : le budget de la campagne de restauration n'est pas bouclé, il manquerait encore pas moins de 150 000 EUR.
En savoir plus sur le lieu : Musée d' Unterlinden
À lire Le retable d'Issenheim prochainement restauré


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Le Point.fr - Publié le 01/08/2011 à 20:27

Le nettoyage du chef-d'oeuvre de Grünewald, entamé en juillet, a été interrompu à la demande du ministère de la Culture.

Retable d'Issenheim : polémique autour d'une restauration L'Agression de Saint-Antoine (détail) est l'un des sept panneaux peints par Mathias Grünewald au début du XVIe siècle qui ornaient le maître-autel du couvent d'Issenheim. © Hervé Kielwasser / Maxppp

L'embarras est manifeste. Le sentiment d'un vaste cafouillage, tenace. Après une semaine de polémique, la restauration du célébrissime retable d'Issenheim est suspendue, mais les inquiétudes qu'elle soulève, elles, perdurent. Didier Rykner, rédacteur en chef de La Tribune de l'art, les a le premier rendu publiques dans un article daté du 26 juillet qui mettait en cause l'opportunité et la conduite de l'opération. Il y énumérait plusieurs réserves : l'absence, dans le comité scientifique, de restaurateurs ayant déjà eu à travailler sur l'oeuvre de Grünewald ; la rapidité avec laquelle avait été menée la première étape du travail (six jours pour le nettoyage superficiel du panneau de l'Agression de Saint-Antoine) ; le choix de deux restauratrices, certes compétentes mais sans mise en concurrence préalable ; le risque présenté par un déménagement du retable après sa restauration - inévitable, puisqu'il doit rejoindre en 2013 la future extension du musée.
La conclusion de Didier Rykner, abondamment étayée : "La restauration en cours est peut-être correctement faite, mais il est possible aussi qu'elle soit une menace pour le retable. Rien actuellement ne permet d'affirmer l'un ou l'autre. Et cette seule incertitude est une anomalie." "C'est totalement aberrant et dangereux", commente à sa suite un historien de l'art spécialiste de Grünewald, selon qui l'annonce de la restauration, en avril, avait déjà "soulevé quelques interrogations dans le milieu". "Nous ne pouvions imaginer qu'une opération d'une telle envergure serait entamée sans que le comité scientifique n'ait eu le temps de se concerter véritablement", souligne-t-il. Le collège de spécialistes ne s'est en effet réuni pour la première fois que le 5 juillet. Deux jours plus tard, les restauratrices Carole Juillet et Florence Meyerfeld entamaient l'amincissement des vernis sur l'Agression. "Tout cela a été trop rapide", souligne le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), qui a fait interrompre l'opération il y a quelques jours. On ne pensait pas, en avril, que ce travail serait mené de cette façon".
Rétropédalage
C'est là peut-être que le bât blesse. Car le C2RMF a donné son aval à la restauration, par deux fois : en avril, lorsque le projet a été adopté ; en juillet, lorsque les restauratrices ont présenté un essai au comité scientifique dont il était membre. "Nous l'avions réalisé sur une partie de l'Agression haute de 8 centimètres et large de 25 approximativement, indique Carole Juillet. Et cet essai a été validé. C'est d'ailleurs moi qui, par souci de déontologie, ai alors indiqué au comité la façon dont je comptais opérer : on ne m'avait pas posé la question." Selon plusieurs témoins, les spécialistes quittent ce jour-là le musée d'Unterlinden inquiets. Mais sans pour autant s'être formellement opposés à la restauration. "Il aurait peut-être fallu être plus vigilant", admet-on aujourd'hui au C2RMF.
Il semble, de fait, que la suspension arrive un peu tard. Le premier panneau est déjà nettoyé, et un essai mené sur son vis-à-vis, la Rencontre de Saint-Antoine et de Saint-Paul. Pantxipa de Paepe, conservatrice du musée, se veut rassurante : "Nous allons élargir le comité scientifique, et il se réunira en septembre pour juger du travail réalisé et décider de la suite", affirme-t-elle. Quitte à revenir en arrière, en recouvrant le panneau nettoyé d'une nouvelle couche de vernis patiné... Une opération qui semble aujourd'hui hautement improbable, et dont l'évocation semble confirmer l'impression de ces "tâtonnements" que Didier Rykner déplorait.
Difficile, en outre, de ne pas comparer ces "essais" à une autre restauration de grande ampleur menée récemment : celle de la Sainte-Anne de Leonard de Vinci, conservée au Louvre, qui a réuni un collège de spécialistes international et a fait l'objet de centaines de pages d'analyses et de délibérations avant d'être entamée... précisément pour éviter les polémiques. Le musée continue pourtant de défendre son projet. "Il ne s'agit pas de toucher aux couches picturales, mais d'amincir les couches superficielles, souligne Pantxipa de Paepe. Il est donc moins important d'être un spécialiste de Grünewald que d'avoir eu affaire à une collection ayant subi par le passé des restaurations similaires. C'est le cas de Carole Juillet et Florence Meyerfeld, qui ont travaillé sur deux autres chefs-d'oeuvre du musée : le retable d'Orlier et le retable des Dominicains." La conservatrice explique par ailleurs la rapidité du travail par la technique employée : celle de gestes amples, afin que les solvants n'atteignent pas la couche picturale. Ces arguments ne semblent encore convaincre qu'à moitié les spécialistes. Le nouveau comité scientifique aura à trancher en septembre.

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