vendredi 12 août 2011

Rosa Candida, une rose islandaise...


Quatrième de couverture

Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte.

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.

Un roman à lire absolument, car tout à fait étonnant et d'une poésie sans pareille sur la terre et les racines ....Bref, une véritable découverte de lecture qui rappelle en écho l’écrivain finnois Paasilinna, et toute la saveur étrange, déconcertante  et lumineuse de la littérature scandinave....
A travers cette approche mélancolique, emplie  aussi d'un sens de l'humour en demi-teinte, on retrouve le réalisateur Dagúr Kari,  et ses oeuvres Noí Albinoí ou Dark Horse, au sein desquels, la femme révèle l'espoir d'une rédemption, d'un paradis perdu.


«Rosa candida ». Un titre qui évoque « La Divine Comédie » de Dante, l'apocalypse, l'œuvre obscure d'un moine italien du XVIIe ou les jardins du monastère de San Benedetto en Italie. On est loin des brouillards glacés de l'Islande, pays d'Arnoljotur, « Lobbi » pour ses parents.

Rosa candida est une rose à huit pétales qui orne certains vitraux ou de vieux ouvrages de botanique. Lobbi en possède quelques boutures. Il en a hérité avec la passion maternelle pour les plantes. Peut-être cette passion est-elle d'ailleurs la conséquence absolue de son amour pour sa mère. Lobbi est un garçon aimant. Il aime son père, désormais veuf, et son frère autiste, et ses fleurs. Il aime aussi l'ailleurs.
Lobbi part après une effusion fugace et fertile avec Anna dans la serre familiale. Pour un monastère italien, dont il va restaurer le jardin. Il part avec ses Rosa candida. Il part parce que son corps, dont il a une intense perception, veut bêcher, sarcler, arracher, souffrir. Il veut aussi trouver sa rédemption céleste, trouver sa joie. Pourtant, Audur Ava Olafsdottir n'évoque pas de sentiment religieux, pas de quête spirituelle. Il faut tout deviner ici, tout interpréter, et comme dans « La Divine Comédie », choisir soi-même dans ce faisceau de sens possibles.
Anna, qui a mis au monde une petite-fille, décide de confier l'enfant à Lobbi. Puis n'arrive plus à le quitter. Touchée par la grâce de Lobbi, sa générosité exceptionnelle, sa tendre empathie. Lobbi s'attache à Flora Sol, si bien prénommée. Son cheminement intérieur tourne à l'agapé....(via)

 C'est le premier livre d'Audur Ava Olafsdottir traduit en France.  photo dr

C'est le premier livre d'Audur Ava Olafsdottir traduit en France. photo dr


Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958.

Elle a fait des études d'histoire de l'art à Paris et est actuellement maître-assistante d'histoire de l'art à l'Université d'Islande. Directrice du Musée de l'Université d'Islande, elle est très active dans la promotion de l'art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d'artistes. Rosa candida, traduit pour la première fois en français, est son troisième roman après Upphækkuð jörð (Terre relevée) en 1998, et Rigning í nóvember (Pluie de novembre) en 2004, qui a été couronné par le Prix de Littérature de la Ville de Reykjavík.

Rosa candida, publié aux éditions Salka en 2007 et réédité en livre de poche l'année suivante, a reçu deux prix littéraires : le Prix culturel DV de littérature 2008 et le Prix littéraire des femmes (Fjöruverðlaun). Le roman a été traduit de l'islandais en anglais, danois et allemand.

Les droits cinématographiques ont été acquis par un producteur européen.

Audur Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík avec ses deux filles.


Photo : Einar Falur - einarfalur.blogspot.com

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Il était une fois en Islande un jeune homme un peu rêveur nommé Arnljótur. Pris d'une passion pour la botanique, il cultivait dans la serre familiale une variété rare de rose à huit pétales, Rosa candida. Or il arriva que, par une nuit de fête et dans ce même jardin de fleurs, il coucha quelques heures sur un lit de feuilles une belle inconnue, laquelle revint le voir un beau matin pour lui annoncer que leur furtive étreinte avait porté des fruits inattendus. On ne sait par quel prodige aucun des deux ne songea à interrompre cette vie qui s'annonçait, mais le fait était là : les deux étrangers bientôt seraient parents.
On retrouve Arnljótur des mois plus tard, loin de chez lui, dans la roseraie d'un monastère millénaire où il a pris ses quartiers peu après la mort de sa mère, pour se réfugier dans sa passion et grandir au contact d'un vieux moine alcoolique et philosophe. Voici que la jeune fille va réapparaître de nouveau avec Flora-Sol en bandoulière, leur petite fille de 8 mois. Elle demande à son amant d'un soir de bien vouloir garder l'enfant, le temps pour elle de terminer un mémoire. Et si l'amour entre eux allait naître ?
Un humour baroque et léger irradie tout au long de cette histoire où rien décidément ne se passe comme il faut, ni comme on s'y attend. Ce que ce livre dit joliment, c'est que dans la vie on se fait peur plus que de raison et qu'à trop s'en faire on se désole en vain. Nos deux jeunes héros prennent les choses comme elles se présentent et leur fatalisme paisible fait toute la saveur de ce conte nordique qui connaît, en France, un étonnant succès : prix Page des Libraires, en lice pour le Femina étranger, il s'en est vendu 40.000 exemplaires, et ça n'est pas fini...
Anne Crignon

«Rosa candida», par Audur Ava Olafsdóttir,
traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson,
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Source : « Le Nouvel Observateur » du 28 octobre 2010

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