mardi 2 août 2011

Un photographe...


""Un photographe d’art de mes amis, excellent physionomiste de surcroît, me fait remarquer tout à coup, à mon grand effroi doublé d’amusement, que la plupart des gens ne possèdent pas vraiment de tête à eux. 
Ils exhibent souvent à sa place une double nuque, qui encercle leur cou gras, et l’ornemente des deux côtés. 
Mon photographe, en juge équitable des visages humains, fait une exception notoire pour les grands footballeurs et les rugbymen champions dans leurs catégories sportives ; ceux-là ont effectivement une tête ronde ou ovale à souhait. 
Mais elle se situe toujours en bas, juste devant le gros orteil de leur pied droit. Je n’y aurais jamais pensé tout seul, mais rien ne vaut le coup d’œil expert d’un artiste, l’arrêt sur image d’un vrai connaisseur de l’espèce humaine...."



Claude Vigée



Claude Vigée, né Claude Strauss à Bischwiller en 1921, est issu d’une famille juive. Sa première langue fut le dialecte alsacien. L’enseignement obligatoire du français " pasteurisé, correct mais tout à fait standard"» à l’école a conduit pour lui à la dévalorisation de sa langue natale. Avec son grand-père maternel, vers 1905, il apprend à parler le judéo-alsacien dont il se servira pour exprimer, comme ses aïeux le faisaient, "des nuances de pensées et des sentiments autrement inexprimables". Lors de ses études au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg, il s’essaie à la poésie.
Mais il est bientôt contraint par la guerre de quitter l’Alsace pour Toulouse où il étudie la médecine. Là, il est profondément choqué par un article du Paris-Soir intitulé "Le Statut des Israélites". " Les Juifs français sont formellement déclarés hors-la-loi par le gouvernement légal de l’Etat français". Il participe clandestinement à l’organisation de la résistance juive (« Armée juive ») et ajoute à son patronyme le nom de Vigée avec lequel il publiera ses poèmes pendant la Seconde Guerre mondiale.
La suite des événements le conduit à s’exiler aux Etats-Unis. Claude Vigée apprend l’anglais, fait son doctorat en lettres et enseigne la littérature française dans diverses universités américaines. En 1960, il décide de quitter " la sécurité de la vie américaine" avec sa femme alsacienne pour enseigner à l’Université hébraïque de Jérusalem. Aujourd’hui Claude Vigée vit en Israël et revient régulièrement dans son Alsace natale.

Bibliographie

Poésie :
Claude Vigée, la Corne du grand pardon.- Paris : Seghers, 1954
L’Eté indien.- Paris : Gallimard, 1957 (poèmes et journal)
Le Soleil sous la mer.- Paris : Flammarion, 1972
Du bec à l’oreille.- Strasbourg : Editions de la Nuée Bleue, 1977
Pâque de la Parole.- Paris : Flammarion, 1978 (poésie, journal, essais)
Les Orties noires flambent dans le vent.- Paris : Flammarion, 1984
Heimat des Hauches.- Bühl-Moes : Elster, 1985
Wénderôwefîr / Le Feu d’une nuit d’hiver.- Paris : Flammarion, 1989
L’héritage du feu.- Paris : Mame, 1992 (poèmes, essais, entretiens)
Aux portes du labyrinthe : poèmes du passage (1939-1996).- Paris : Flammarion, 1996
Essais :
Les Artistes de la faim.- Paris : Calmann-Levy, 1960
Révoltes et Louanges.- Paris :Corti, 1962
La Lune d’hiver.- Paris : Flammarion, 1970
Délivrance du souffle.- Paris : Flammarion, 1977
L’Art et le Démonique.- Paris : Flammarion, 1978
L’Extase et l’Errance.- Paris :Grasset, 1982
Le Parfum et la Cendre, entretiens sur trois continents.- Paris : Grasset, 1984
Une voix dans le défilé, vivre à Jérusalem.- Paris : Nouvelle cité, 1985
La Manne et la Rosée, fête de la Tora.- Paris : Desclée de Brouwer, 1986
La Faille du regard.- Paris : Flammarion, 1987
Aux sources de la littérature moderne.- Bourg-en-Bresse : Entailles-Philippe Nadal, 1989
Disques :
Les Orties noires flambent dans le vent : Schwàrzi sengessle flàckere ém wénd.- Schiltigheim : EMA, 1984
Traductions :
Cinquante poèmes de Rainer Maria Rilke.- Paris : « Les lettres », 1953
Mon printemps viendra.- Paris : Seghers, 1965.- poèmes de D. Seter
Les yeux dans le rocher.- Paris : Corti,1968.- poèmes de D. Rokéah
L’Herbe du songe.- Paris : Caractères, 1971.- poèmes d’Y. Goll
Le Vent du retour.- Paris : Arfuyen, 1989.- poèmes de Rainer Maria Rilke

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