vendredi 16 septembre 2011

Charley Patton

Une Icône du Delta Blues: Charley Patton
 
 
 

En 2004, Martin Scorcese réalise une série documentaire en 7 volets sur le Blues intitulée,
Le Blues (The Blues, a musical journey). Le troisième épisode cette série, Du Mali au Mississippi (Fell like going home), présente les origines du Blues dans le delta du grand fleuve américain (d'où le nom Delta Blues), et sa parenté avec les musiques traditionnelles du Mali et du Niger.


Une des grandes figures du Delta Blues est représentée par Charley Patton (1891-1934). Il est en fait considéré comme le père de ce genre musical et a influencé nombre de musiciens. Son chemin de vie chaotique est marqué par la brutalité et la violence du Sud des Etats-Unis, lot quotidien des Noirs à l'époque. Cette souffrance et la rage qu'elle fait naître en lui alimente sa flamme créatrice et son style aussi extravagant que percutant. Un extrait de l'article Le Blues décrit admirablement l'essence même de cette musique et l'âme tourmentée de l'artiste qui s'exprime à travers ses origines africaines.

«Le long des routes, les juke joints * répandent toujours leur folie. Les artistes y empochent quelques cents. On pourrait voir, à l'époque, un Noir sombre au visage anguleux, les traits marqués, les yeux de braise, animé d'une violence presque fantastique. Sa petite taille lui donne un air intense. Pas un gars commode, ce Charley Patton! Entre le bandit de grand chemin et le poète libertaire. Paresseux, buveur, bagarreur, courant les putes jusqu'à plus soif et un vagabond de la pire espèce. Sur scène, il cogne sa guitare, la met dans le dos et joue en se contor­sionnant, la lance, la rattrape en vol. Ses acrobaties et clowneries enflamment l'auditoire.

Il est né dans le Delta, vers 1890, le long de cette ligne de vie, le Mississippi - Tutwiler, Clarksdale, Robinsonville - où tous les artistes noirs, depuis plus d'un siècle, cherchent la note bleue. Charley grandit sur la plantation des Dockery. Son père, un fermier, lui balance des coups de pied aux fesses pour l'obliger à travailler la terre mais ce fainéant lunaire somnole ou s'échappe dans la campagne avec sa guitare. Un certain Charlie Sloan (qui fut peut-être le musicien entendu par W.C. Handy dans la gare de Tutwiler), rencontré sur la route, lui enseigne les rudiments du Delta Blues, ce style en forme de volcan, cri primaire hypnotisé par la magie africaine et qui deviendra le cœur vivant de la musique noire. Le chant y est tendu à l'extrême, ses incantations crachent les versets, mis côte à côte dans un désordre surréaliste, de la brûlure des champs de coton à l'ombre des morts, faisant naître comme par miracle l'air du vieux Sud. On y trouve plus une mélopée qu'une mélodie. C'est répétitif, hypnotique jusqu'à la névrose, la transe. Le Delta est une drogue dans laquelle les adeptes voyagent comme des sorciers. Charley Patton a trouvé de quoi exorciser ses démons, une musique aussi hallucinée que lui.»

Voici un extrait du documentaire Du Mali au Mississippi:



Extrait de "Le Blues", par Stéphane Koechlin, Editions Librio (www.librio.net)

* Les juke-joints sont des sortes de maquis où se joue le Delta Blues. Ces clubs au confort très rudimentaire ont été au cœur même du développement de cette forme musicale.

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