dimanche 4 septembre 2011

« Enluminures du Moyen Age et de la Renaissance, la peinture mise en page »

« Enluminures du Moyen Age et de la Renaissance, la peinture mise en page »
au Musée du Louvre de Paris
jusqu’au 10 octobre 2011

www.louvre.fr



Photo : Saint Jean l'Evangéliste, Colombe Jean, Ecole française, Cabinet des dessins, Fonds des dessins et miniatures, RF 29086 recto © RMN - Photo T. Le Mage


Soixante-dix enluminures italiennes, françaises, flamandes et germaniques provenant de manuscrits historiques, littéraires ou liturgiques et où dominent les chefs-d’oeuvre de Lorenzo Monaco, Jean Fouquet, Guillaume Vrelant, Simon Bening et Giulio Clovio.

Le fonds des enluminures conservé au Louvre, malgré la célébrité de ses chefs-d’oeuvre, est resté méconnu. La publication du catalogue raisonné de cet ensemble offre l’occasion d’en découvrir pour la première fois les raffinements.

Pendant plusieurs siècles, et même après le développement de l’imprimerie, les livres manuscrits sur parchemin ont été décorés de motifs ornementaux, de scènes figurées et de lettrines animées. Ces décors, souvent minutieusement peints de couleurs vives et précieuses, parfois enrichis d’or, pouvaient occuper aussi bien la page que sa marge, le coeur d’une lettre comme le folio entier, créer un cadre ou l’occuper. Les livres peints étaient de natures très diverses : les petits bréviaires et les livres d’heures côtoyaient les grands graduels et les antiphonaires, et les textes littéraires se trouvaient parfois traités dans le même format que les ouvrages techniques ou scientifiques.

Si la Bibliothèque nationale de France a pour mission de conserver les manuscrits enluminés quand ils sont restés reliés, le Louvre, de son côté, a pour vocation de recueillir les pages magistrales qui, au fil du temps, ont été retirées des ouvrages démembrés et qui ont aujourd’hui le caractère autonome de petites peintures.

À son plus haut degré d’excellence, l’enluminure du Moyen Âge et de la Renaissance, aussi minuscule soit-elle, appartient en effet de plein droit au monde de la grande peinture. En témoignent dans l’exposition les feuillets de Jean Fouquet, qui forment le coeur de cette anthologie de soixante-dix chefs-d’oeuvre de l’enluminure française, italienne et flamande entre le XIe et le XVIe siècle.


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Depuis le 7 juillet, le Louvre présente une exposition singulière issue du fonds des enluminures conservées au musée. Une conférence de présentation sera donnée le 16 septembre, l’exposition est visible jusqu’au 10 octobre.
Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance, la peinture mise en page au Musée du Louvre
Lorenzo Monaco, Les trois Marie au tombeau, département des Arts graphiques, musée du Louvre, RF 830 © RMN /Thierry Le Mage       

Les enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance
Le terme d’enluminure désigne les peintures qui illustrent un texte, en particulier les livres manuscrits et les chartes du Moyen Age et de la Renaissance. Les enluminures ont été généralement réalisées sur des feuilles de parchemin – une peau animale (mouton, veau, chevreau) traitée à la chaux, raclée, poncée et apprêtée pour l’écriture. Elles étaient faites au moyen de colorants et de pigments (poudre de lapis-lazuli, blanc de plomb, verts de cuivre, vermillon, etc.) mélangés à un liant (souvent le blanc d’oeuf), et employés à la plume et surtout au pinceau fin. Elles étaient aussi enrichies d’or ou d’argent, appliqué à la feuille et bruni (poli avec une dent de loup), ou sous forme liquide comme un pigment.
Enlumineur anonyme, L’Ascension dans une initiale P, département des Arts graphiques, musée du Louvre, INV 33411 © RMN /Thierry Le Mage
Très tôt, elles ont été appréciées pour leur valeur artistique, reflétant parfois les créations de la grande peinture. C’est pourquoi, de nombreux ouvrages ont été démembrés et ces enluminures collectionnées, sans respect de leur fonction première et de leur lien avec le texte qu’elles illustrent.
Un objet de collection recherché
Au XVIIe et au XVIIIe siècle, les enluminures sont ainsi devenues des objets de collection à part entière très recherchés au même titre que les dessins et les petits tableaux.
« Très tôt, dès le XVIIe siècle au moins, des miniatures ont été découpées dans des manuscrits enluminés. Presque aussitôt, ces feuillets séparés devinrent des objets de collection. Les pièces de la collection Baldinucci et les grandes pages de l’Histoire ancienne de Fouquet l’attestent ici.
Jean Fouquet, Saint Martin partageant son manteau, département des Arts graphiques, musée du Louvre, MI 1093© RMN /Thierry Le Mage
Il est à présent difficile de démêler ce qu’il y a de regrettable dans cet acte de vandalisme qui consiste à démembrer un livre, à en couper les pages ou les images, de ce qu’il y a d’heureux dans la conservation de ces enluminures et de ces feuillets mutilés par les amateurs. Si dans la plupart des cas le préjudice est manifeste – il est par exemple évident que le Portement de Croix de Jacquemart de Hesdin a beaucoup souffert d’avoir été retiré des Grandes Heures de Jean de Berry et que sa présentation comme un tableau a profondément altéré son coloris –, dans quelques autres, le découpage des manuscrits n’a finalement pas nui à l’appréciation de l’art de l’enluminure.
S’il est ainsi désolant que l’on ait coupé, sans doute après 1845 et sûrement avant 1854, deux feuillets du Livre de prières de Dresde, force est d’admettre qu’ils forment aujourd’hui la part la mieux conservée d’un livre qui a été lourdement endommagé lors des bombardements de Dresde en février 1945. Et personne ne pourrait souhaiter que les quatre feuillets des Très Belles Heures de Notre Dame de Jean de Berry aient disparu dans l’incendie de la Biblioteca Nazionale ed Universitaria de Turin, le 26 janvier 1904, avec le Livre de prières de Turin dont ils avaient été retirés avant 1720. Il ne s’agit pas d’excuser, par un paradoxe, le vandalisme, l’inconscience, le vol ou la cupidité qui ont conduit à dénaturer ou à amputer des manuscrits enluminés, mais de reconnaître que les collectionneurs, quand bien même leur passion a parfois poussé certains marchands à des démembrements qui n’auraient pas eu lieu sans elle, ont accompli une action salutaire en recueillant des feuillets et des enluminures découpés. Le musée du Louvre, en revanche, a tardé à prendre le relais des collectionneurs dans ce domaine. »
Dominique Cordellier, Commissaire de l’exposition, Conservateur en chef au département des Arts graphiques du musée du Louvre, Textes extraits du catalogue raisonné « Enluminures au Louvre. Moyen Âge et Renaissance ». Coédition musée du Louvre Editions / Hazan.
Francesco Dai Libri, La Naissance de la Vierge, département des Arts graphiques, musée du Louvre, RF 1932 © RMN /Thierry Le Mage
La collection du musée du Louvre
Si la Bibliothèque nationale de France a pour mission de conserver les manuscrits enluminés quand ils sont restés reliés, le Louvre, de son côté, a pour vocation de recueillir les pages magistrales qui, au fil du temps, ont été retirées des ouvrages démembrés et qui ont aujourd’hui le caractère autonome de petites peintures.
A l’occasion de la publication du catalogue raisonné, le musée du Louvre expose soixante-dix enluminures italiennes, françaises, flamandes et germaniques, provenant de manuscrits historiques, littéraires ou liturgiques où dominent les chefs-d’œuvre de Jean Fouquet, Lorenzo Monaco, Guillaume Vrelant, Simon Bening et Giulio Clovio.
Enlumineur anonyme, La Crucifixion, département des Arts graphiques, musée du Louvre, MI 1094 © RMN
Ces enluminures sont toutes issues de la collection magistrale du musée du Louvre. En effet, grâce à des donations faites depuis 1854, la collection d’enluminures du Louvre donne une assez bonne idée du goût des collectionneurs en matière d’enluminures. Elle offre des exemples d’enluminures du XIe au XVIe siècle, mais ce sont les pièces, très picturales, des XIVe, XVe et XVIe siècles qui y occupent la plus grande place.
L’exposition du Louvre, Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance, la peinture mise en page, permet donc à chacun d’apprécier la grande qualité des enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance qui n’ont rien n’a envié à la grande peinture.
Commentaire d’œuvre :
Les Trois Marie au tombeau de Lorenzo Monaco (Sienne ou Florence ?, vers 1367/1370, documenté à Florence en 1390-Florence, 1423 ou 1424.)
Lorenzo Monaco, Les trois Marie au tombeau, département des Arts graphiques, musée du Louvre, RF 830 © RMN /Thierry Le Mage
Initiale historiée A découpée dans un antiphonaire Cabinet des dessins, RF 830
H. 458 mm ; L. 480 mm
- RECTO (à l’origine verso) : enluminure sur parchemin. Or bruni. Notes en noir sur 3 portées partielles aux lignes rouges avec 3 lignes de texte à l’encre noire : An/ge/lus.
- VERSO (à l’origine recto) : rubrique : et ad t[er] tiam a [ntiphonam]. 3 portées de 4 lignes rouges avec 3 lignes de texte sur 1 colonne : Alleluia Stetit. / Alleluia alleluia alle/luia. Alleluia allelu[ia].
Mirella Levi D’Ancona (1978) fut la première à reconnaître ces Trois Marie au tombeau dans une initiale A comme un fragment de l’un des célèbres livres de choeur originaires du monastère camaldule de Santa Maria degli Angeli à Florence. Giorgio Vasari (1550, 1568) rapporte avoir vu dans ce monastère vingt livres de chœur, qu’il décrivit comme étant peut-être les plus beaux, quant à la calligraphie, et les plus importants de toute l’Italie, qui selon lui, suscitaient l’admiration de Laurent le Magnifique et du pape Léon X, deux grands bibliophiles de la famille Médicis. Ces livres de chœur furent transférés en 1809 à la Biblioteca Laurenziana de Florence à la suite de la suppression napoléonienne des biens ecclésiastiques et monastiques dans toute l’Italie, mais l’ensemble n’était déjà plus complet. Il manque aujourd’hui au moins un des cinq volumes d’un graduel et peut-être aussi un des volumes d’un lectionnaire.
Textes de L. B. Kanter, extraits du catalogue raisonné « Enluminures au Louvre. Moyen Âge et Renaissance ». Coédition musée du Louvre Editions / Hazan.
Commissaire de l’exposition : Dominique Cordellier, conservateur en chef au département des Arts graphiques du musée du Louvre, avec la collaboration de Laura Angelucci et de Roberta Serra.
Enlumineur anonyme, Saint Marc, département des Arts graphiques, musée du Louvre, INV 18834 PF V © RMN /Thierry Le Mage
Publication
Enluminures du Louvre. Moyen Âge et Renaissance. Sous la direction de François Avril, Nicole Reynaud, et Dominique Cordellier, assistés de Laura Angelucci, et Roberta Serra. Coédition musée du Louvre Editions / Hazan - 384 pages, relié, 350 illustrations. Format : 24,5 x 28,5 cm – Prix : 55 euros.
Auditorium
Conférence de présentation de l’exposition Par Pier Luigi Mulas, maître de conférences à l’université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand II.
Vendredi 16 septembre à 12h30
Exposition salle d’actualité du département des Arts graphiques : Les usages de l’astrolabe. Un chef-d’œuvre de l’enluminure scientifique au XVIe siècle.


Illustrations de la Une de l'article : Lorenzo Monaco, Les trois Marie au tombeau, département des Arts graphiques, musée du Louvre, RF 830 © RMN /Thierry Le Mage & Enlumineur anonyme, L’Ascension dans une initiale P, département des Arts graphiques, musée du Louvre, INV 33411 © RMN /Thierry Le Mage

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