dimanche 18 septembre 2011

Kinshasa Symphony, un film A VOIR ABSOLUMENT!

Kinshasa Symphony


Regard sur la façon dont vivent les habitants de l'une des ville les plus chaotique du monde: Kinshasa. Ils ont réussi à créer un des systèmes les plus complexes de coopération humaine jamais inventé : un orchestre symphonique.

Sortie nationale le 14 septembre 2011




Film distribué parHévadis Films, Martin Baer Réalisateur et Claus Wischmann Réalisateur


Kinshasa Symphony

Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony

Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony
Kinshasa Symphony

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Décidément, en matière de musique, Kinshasa et ses dix millions (!) d’habitants n’ont pas fini de nous surprendre… Il y a un an, Renaud Barret et Florent de la Tullaye nous contait l’histoire incroyable mais vraie du Staff Benda Bilili. Cette année, Martin Baer et Claus Wischmann nous présente une aventure musicale encore plus étonnante : celle de l’OSK, Orchestre Symphonique Kimbanguiste, le seul orchestre symphonique de l’Afrique subsaharienne. Les deux choses les plus surprenantes sont de voir des Africains jouer une musique (Mozart, Beethoven, Ravel…) à laquelle ils n’ont pourtant "normalement" pas accès et dont on pourrait supposer qu’elle n’ait "rien à leur dire", et qu’ils arrivent en plus à le faire dans des conditions de précarité qui sont le quotidien des Kinois.
Car les quelques 200 musiciens et choristes qui constituent
l’OSK ne sont pas des professionnels et n’ont même visiblement, pour la plupart (mais le film n’est pas très explicite là-dessus), jamais reçu de véritable enseignement musical, jouant d’ailleurs en partie sur des instruments de fortune, qu’ils fabriquent eux-mêmes. Le résultat peut évidemment faire crisser quelques dents aux fortunés puristes ayant leur siège à l’année à Garnier ou à la Scala de Milan : l’OSK est un orchestre amateur, qui n’a nullement la prétention de pouvoir rivaliser avec les grandes philarmonies. Les couacs aux répétitions ne sont pas rares, mais quand vient le jour du grand concert à la fin du film, chacun se transcende et l’énergie et la ferveur de l’orchestre sont aussi impressionnantes que contagieuses. Même une œuvre aussi rabâchée que le O Fortuna du Carmina Burana de Carl Orff en apparaît rafraîchie !

"Kinshasa Symphony"


Réalisé par deux spécialistes de la musique classique et notamment de sa captation live, Kinshasa Symphony suit les répétitions de l’OSK durant ce que l’on suppose être les quelques semaines (mois ?) précédant l’apothéose du concert final, mais surtout quelques uns de ses membres dans leur vie quotidienne. De tous les pays d’Afrique noire, la République Démocratique du Congo est un de ceux qui a le plus souffert ces dernières décennies, d’abord de la dictature ubuesque de Mobutu, puis de la longue guerre civile qui a suivi sa chute. A Kinshasa, la vie est particulièrement dure (on y loue des taudis pour une somme – 40 $ par mois – qui ne doit pas être loin de correspondre au revenu mensuel moyen des Kinois… quand ils en ont un !) et il s’agit vraiment d’une des dernières villes où l’on s’attendrait à voir s’accomplir un projet aussi fou.
De fait, si le film s’appelle Kinshasa Symphony et non du nom de l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste, c’est bien parce que la capitale congolaise en est finalement le sujet principal ; la ville et les hommes, femmes et enfants qui la peuplent. Etant allemands, peut-être Baer et Wischmann se sont-ils souvenus du Berlin, symphonie d’une grande ville de leur compatriote Walter Ruttman en 1927 ?...

"Kinshasa Symphony"


Comme beaucoup de documentaires récents, Kinshasa Symphony se passe de voix off et ne laisse la parole qu’à ses protagonistes. Sur ce genre de sujet, on finit par se demander si cette mise en retrait des réalisateurs, qui part a priori d’une bonne intention, ne nuit pas à la compréhension de la situation présentée par le film. On est en effet un peu frustré de manquer de certaines informations qui nous permettrait de mieux mettre le film en perspective. D’où vient vraiment cet orchestre et surtout par quel cheminement ses membres en sont-ils venus à se prendre de passion pour une musique qui leur est si étrangère ? Comment leurs proches et la société congolaise les perçoivent-ils ? On n’en a qu’un court aperçu avec une petite scène de conflit domestique sur un mode plutôt rigolard et chambreur, entre l’une des choristes et une autre femme qui partage son foyer (sa sœur ?), manifestement branchée sur un tout autre genre de musique.
Dommage aussi que le film ne nous dise rien du dialogue existant (ou non) entre ces musiciens atypiques et leurs homologues pratiquant des musiques construites, elles, sur le rythme et la syncope. D’autant plus que les Congolais sont notamment connus depuis très longtemps pour être les rois africains de la rumba et autres musiques proches des rythmes caribéens et afro-cubains. Si l’on en juge par une étonnante séquence où quelques membres de l’OSK en petite formation se mettent à improviser sur le Boléro de Ravel, quelque chose nous dit qu’il y avait pourtant une piste féconde à explorer…

On ne sait rien non plus, et c’est plus embêtant, de l’église kimbanguiste, dont l’OSK est l’une des émanations. Une des nombreuses églises africaines chrétiennes indépendantes de type prophétique, elles semble pourtant à la fois haute en couleurs (son nom officiel est l’EJCSK : Eglise de Jésus-Christ sur la terre par son envoyé spécial Simon Kimbangu (sic), du nom de son fondateur, en 1921) et potentiellement suspecte de possibles dérives sectaires. Pronant le créationnisme et proscrivant alcool, adultère, fornication, mini-jupe ou décolleté, elle ne semble en tout cas pas vraiment à la pointe de la modernité… Mais ce qu’elle accomplit avec cet orchestre force le respect et suffit à rendre ce documentaire aussi frustrant qu’étonnant et souvent émouvant.


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