dimanche 18 septembre 2011

Nino Ferrer....



Et parfois je suis un être humain et je me cache de mon angoisse 
comme l'autruche de la Fable, dans le sable du désert de Saint Cucufa. (...)


Nino Ferrer 

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in "TEXTES ?" (Ed. Archimbaud 1994)


http://www.nino-ferrer.com/


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Nino Ferrer c’est dans le fond une histoire proche de celle de Serge Gainsbourg mais dans une plus modeste dimension. L’histoire d’un musicien reconnu par ses pairs comme un grand génie (pour l’un) et un grand tout court (pour l’autre, celui qui nous intéresse aujourd’hui) et qui toute sa vie ou du moins toute une partie de sa vie se sera vu opposer la « certaine idée de son travail » qu’il possédait et les fruits qui en résultaient, un décalage certain entre l’image public (pour Ferrer, chanteur « humoristique » à base de Mirza, du Téléfon ou encore du Oh hé hein bon) et la nature même de l’artiste, une mélancolie profonde partagée par l’un et l’autre et des albums-concepts mêlant collaborations haut de gamme et expérimentations dans le domaine de la pop (chanson étant un terme sans doute trop franco-français pour ses fils d’émigrés).



Les deux trajectoires étant d’ailleurs une jolie symétrie : Des albums travaillés jusqu’à l’usure et sans trop d’échos médiatiques dans leur globalité, des tubes ancrés dans la mémoire populaire et reniés (par Ferrer) ou relativisés (par l’autre) même si Ferrer paradoxalement en aura pondu bien plus que Gainsbourg (des vrais tubes s’entend à l’énorme succès commercial).
Des artistes connus et reconnus, aujourd’hui encore et surtout pour une à deux générations de nos meilleurs musiciens (sans parler pour Gainsbourg d’une renommée internationale qui dépasse et de loin le pur cadre italien de la majeure partie de la carrière étrangère de Nino) dont, au-delà de l’imagerie populaire et des chansons marquantes (quoique La javanaise ou Le Sud hein, ce n’est pas de la roupie de Sylvain Sansone ça) l’œuvre reste là, accessible et riche, profonde et variée. Ne les mettons tout de même pas exactement dans le même sac, d’abord parce que tout de même l’œuvre de Ferrer reste bien en-deçà de celle de Gainsbourg sur la durée et sur l’intensité et ensuite et surtout parce que l’intransigeance maladive de Nino Ferrer, celle qui fit de lui bien vite peut-être un aigri ou du moins une tête de lard ingérable du côté du business n’a de ce côté-ci pas grand-chose à voir avec le pragmatisme débonnaire de Gainsbourg. Il n’empêche qu’au niveau de l’œuvre laissée à la postérité et de la trajectoire personnelle Nino Ferrer suit sans l’ombre d’un doute le sillon d’un Gainsbourg, à bonne distance certes mais c’est là déjà tout sauf négligeable.

C’est ainsi que, bien loin des tubes qui déjà plongeaient à plein les mains dans le cambouis lustré du Rhythm & Blues originel à l’heure où la France ne jurait que par les âneries Yéyé ou encore le galipot Rock’n’roll tel qu’il était cloné par toute une génération de génocidaires du rock en France (Johnny en tête) et dont la liste non-exhaustive a été faire plus haut, nous vous proposons un petit voyage au pays de Nino (à bord d’une Jaguar ou d’une Mazerrati comme il aimait en conduire de préférence) à travers une sélection chronologiques de quelques perles méconnues ou mal-connues, quand ce n’est pas connues du tout de son répertoire. Histoire de voir que s’il n’était pas fait du même tonneau que l’immense Gainsbourg (inégalable pour le coup) Nino Ferrer en avait tout de même un tantinet l’ivresse.
Culturopoing a déjà proposé un court hommage à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Nino Ferrer l’an passé, il est toujours disponible ICI-MEME

Cette playlist a vocation de présenter encore une fois le travail formidable de Ferrer à travers une sélection de chansons les plus estimables et les (peut-être moins connues).





"Pour oublier qu’on s’est aimé" 1963

Cet extrait du premier EP sorti par Nino Ferrer sous son propre nom vient bon an mal an « couronner » une dizaine d’années d’activité musicale. Alors jeune gourgandin (il était né en 1934) le jeune Agostino Ferrari écuma tout au long des années 50 nombre de clubs de jazz parisien (mais pas seulement) avec sa guitare ou bien sa contrebasse, fondant avec un musicien qui allait prendre une part non négligeable dans sa carrière Richard Bennett le groupe des Dixies Cats (Richard Bennett c’est tout simplement celui qui mixa à sa façon et la grande fureur de Nino la chanson « le Sud » pour en faire le tube que l’on sait, et oui la version aimée, adorée, vénérée de tous est une version que Nino Ferrer considérait comme une trahison et une infamie !). A noter qu’un jeune tromboniste du nom de François de Roubaix fit ses premiers pas scéniques dans ce même groupe, de même qu’un trompettiste nommé François Leterrier qui fera plus tard carrière en tant que cinéaste. Ne comptant ni les concerts ni les kilomètres ni les nuits blanches, cette décennie vit Nino et son groupe jouer avec Bill Coleman par exemple ou encore en première partie de Ray Charles lors du festival d’Antibes, tout ceci pour dire que Nino Ferrer n’était pas un débutant au moment de ses premiers succès mais au contraire un musicien chevronné et accompli.


Nino accompagnant Nancy Holloway


Le jazz dans les années 50, le tournant du Rhythm & Blues au tout début des années 60 quand cette musique arriva jusque chez nous (et encore, qui connaissait Wilson Pickett & Co à cette époque du côté hexagonal ?) puis plus tard le rock psychédélique, Nino allait se confronter à toutes ces « nouvelles » musiques, les sens toujours en éveil et l’appétit créatif toujours féroce. C'est ici une ballade (Rhythm & bluesy) qu'il nous propose sur fond d'amertume et de tristesse.


"C’est irréparable" 1963

Morceau le plus intime de toute la carrière de Nino de son propre aveu, la chanson connaitra un succès monstrueux en Europe (traduite en 12 langues et N°1 en Turquie, en Allemagne mais aussi au Japon) et fera de Nino une immense vedette en Italie (N°1 là-aussi). Elle fut reprise d’ailleurs par Luz Casal et figure à cet effet sur la bof du film « Talons Aiguilles ». Une ballade joliment orchestrée au refrain typiquement sixties dirons-nous pour au final une chanson devenue "standard" un peu partout, sauf en France.


"Ma vie pour rien" 1965

Déjà très tôt dans la carrière de Nino cette propension aux chansons triste et désenchantées. Le désenchantement est d’ailleurs un thème très fort dans toute la carrière (la vie ?) de Nino, il appela un de ses albums « La désabusion » tout d’abord mais surtout au sein de nombre de chansons et au fil de toute sa carrière le thème mêlant espérance et déception, frustration et amertume, reviendra comme un leitmotiv. Une bien belle ballade richement arrangée (orchestre puis orgue et trompette en presque lead), une chanson emblématique déjà de ce que Nino avait à proposer au public et que celui-ci sut rarement entendre.





"La rua Madureira" 1969

Sur le Second album (le premier étant un assemblage des 45T précédents présentés qui plus est comme un live, un faux puisque les applaudissements sont rajoutés entre deux pistes) se trouvent deux magnifiques chansons. Oerythia tout d’abord et cette Rua Madureira, toutes deux à l’ambiance délicieusement brésilienne. Dans cette veine bossanova et « saudade » ces deux chansons font en effet merveille et aujourd’hui encore La Rua Madureira est un des morceaux les plus emblématiques de Nino Ferrer (en plus d’être un authentique chef d’œuvre). A noter que les arrangements de cette chanson sont l’œuvre de l’immense Michel Colombier.

Un morceau sans doute inspiré par la splendide réussite de Pierre Barouh avec son « Samba saravah » de l’année précédente. Pierre Barouh qui se fit longtemps le chantre de la musique brésilienne en France d’ailleurs. Pour cette « Rua madureira », concluons enfin pour dire que c’est tout de même un sacré tour de force d’enregistrer l’une de plus belles bossas du monde (même les intégristes du genre s’accordent sur la beauté de cette chanson) sans avoir eu recours à quelques ressources locales que ce soit.

A la tournure des années 70 Nino Ferrer délaisse peu à peu le Rhythm & Blues pour les premières expériences de rock psychédéliques, influencé tant par le « Atom heart mother » de Pink Floyd que par le rock psyché US dans ses grandes largeurs. Le disque « Metronomie » qui sort en 1971 illustre ce tournant dans sa musique, il contient son premier petit succès « Pour oublier qu’on s’est aimé » mais aussi et surtout (entre deux morceaux plus expérimentaux tels que « Cannabis » ou encore l’instrumental éponyme de 9 minutes qui ouvre l’album) « La maison près de la fontaine », une adaptation française d’un de ses titres sortis au préalable en Italie sous le nom de « Povero cristo ».


"Oerythia" 1969

Déjà cité plus haut, cette autre bossa rarement mise en avant quand il est question de l’œuvre de Nino Ferrer n’en reste pas moins autant exemplaire que superbe. Le même tonneau que pour « La rua madureira » et (presque, il faut raison garder) la même ivresse.




"L’Angleterre" 1973

Cet album fut enregistré avec la guitare de Mickey Finn qui accompagnera ensuite Nino sur un sacré bout de chemin. Il a été enregistré dans ce qui apparait encore aujourd’hui comme une parenthèse enchantée de la pop/rock musique française, le château d’Hérouville première mouture, celle voulue par son fondateur, l’immense compositeur Michel Magne. Un studio résidentiel qui aura vu passer de sacrées vedettes (Grateful Dead, Bowie époque Spiders from Mars tout de même et tant d’autres) et dans lequel Nino et ses musiciens emménagent fin 1973 pour enregistrer l’album sous la houlette d’un tout jeune ingénieur du son : Dominique Blanc-Francart.

Le morceau « l’Angleterre » illustre l’album issu de ses sessions, une tonalité sensiblement plus rock mais avec tout de même des arrangements autour d’un quatuor à cordes réuni sous la direction de Jean-Claude Vannier, tout juste auréolé (quoique vu le succès du disque l’époque….) de sa participation essentielle au « Melody Nelson » de Serge Gainsbourg.


"Kinou" 1973

Issue du même album que « L’Angleterre » cette ballade de rupture amère et aride étonne de par son propos : Kinou étant le surnom donné par Ninou à son épouse avec qui à l’époque il filait le parfait amour et alors même que le couple s’apprêtait à avoir son premier enfant (Pierre). « Le jardin des statues où courre l’enfant qu’on n’a pas eu » laisse ainsi perplexe.
Pour l’anecdote le séjour à Hérouville de Ferrer se terminera en eau de boudin et en gros coups de gueule après quelques problèmes techniques qui rendront Nino fou de rage (une habitude chez lui de rentrer dans des colères éruptives noires) et le verront venir hurler en plein milieu de la nuit au milieu de la cour du Château à l’intention de son hôte : « Magne ! Viens ici que je te pète la gueule ! Ton studio c’est de la MERDE ! »





"Le sud" 1974

Pour l’anecdote, cette Radia se nomme Fraye et était une mannequin américaine venue à Paris un peu par hasard et débusquée par Nino qui se mit à vouloir la faire chanter ce qu’elle n’avait jamais fait. C’est par ailleurs la maman de Mia Fraye, la chorégraphe bien connue. Le morceau connut comme souvent avec Nino Ferrer des dizaines de versions différentes (dont une par exemple, inédite ou presque, avec le Lafayette Afro Rock Band, ce groupe de funk américain alors exilé en France) et ce fut là le plus gros succès commercial de Nino Ferrer (un million et demi de singles vendus, la troisième roue du carrosse dorée avec Mirza et Le Télé fon dans une veine tout de même autrement plus riche et émouvante).

Comme un symbole parfait de toute la carrière de Nino Ferrer et de ses malentendus c’est une version arrangée dans son dos ou presque par Bernard Estrady (collaborateur de Nino Ferrer sur d’autres chansons mais aussi celui patenté de… Carlos !! Comme quoi hein !) et imposée par la maison de disques qui lui vaudra son plus beau succès, à sa plus grande colère ou presque puisque, propriétaire intégral de ses chansons depuis 1971, il refusera à maintes reprises que celle-ci figure dans différentes compilations ou soit utilisée ici ou là.

Que dire sur « Le Sud » que l’on n’ait encore jamais dit ou même pensé (oui on pense souvent à cette chanson, l’une des plus belles sinon la plus belle de tout le répertoire français, subjectivement parlant s’entend mais j’attends de pied et d’oreille fermes les contre-propositions) ?

Difficile en effet de renvoyer la brosse lexicale à reluire, c’est là un sommet de cette pop français d’obédience anglo-saxonne (ces arrangements, cette dynamique même dans la mollesse) telle qu’on en trouvait rarement à cette époque (et aujourd’hui encore, Air court toujours (et plutôt bien, là n’est pas la question) derrière pareil sommet depuis le début de leur carrière par exemple) si ce n’est avec des artistes comme Polnareff (quoiqu’en 1974 ses jours de gloire artistique étaient déjà derrière lui) ou Christophe (qui arrivait en plein dedans pour sa part). Le sud pour un idéal rêvassé (et non le Sud platement sudiste quoi, ce n’est pas « Les Corons » à reprendre en pleurant du côté du Stade Vélodrome dieu merci), un Jardin d’Eden lumineux, un lieu dont la localisation relève de l’intime et du subjectivisme féroce de tous et qui parle ainsi à l’oreille de chacun de nous. Un petit miracle, un grand bonheur.


"The Garden" 1974

Issu du même album que « Le Sud », ce morceau méconnu et pour autant superbe illustre à merveille l’humeur musicale de Nino à cette époque : un mélange de doucereux et de mélancolie et surtout le chant en anglais (après l’italien et le français) qui pose moult problèmes à la maison de disques (la version du Sud en français fut évidemment imposée à Nino, grâce soit rendue (pour une fois) à son label !). Une belle pièce douce-amère, laissant imaginer Nino assis sur un banc et gratouillant sa guitare avec nonchalance, la rosée du matin humidifie le pas, le chien non loin étendu sur cette terrasse, il ne manque rien. Notons les superbes arrangements au passage.





"Chanson pour Nathalie" 1975

Peu de chansons réussissent ainsi à remuer autant que cette « Chanson pour Nathalie », écrite en souvenir d’une fan de Nino Ferrer décédée à l’âge de 19 ans. Immédiate et évidente de par la force de la mélodie au piano, Nino Ferrer touche là au plus près de la notion de belle noirceur. Belle parce que cette chanson est belle, mélodiquement belle, mais noire, profondément noire. Elle illustre l'implacable destin, celui qui fauche aveuglément au gré des hasards et des coïncidences. Ici encore, comme pour la Rua Madureira mais à un niveau autrement plus élevé, c'est en tout fin de chanson que quelques mots glaçants concluent le récit de leur implacable tranchant. Construite sur un rythme linéaire et sans guère d'échappatoire, la musique répétitive et lancinante symbolise à merveille cette voiture qui roule droit devant sur une route comme il y en a plein, du genre de celles qui conduisent pour peu que l'infortune croise notre chemin tout à l'arrière d'un camion militaire.





"Ouessant" 1977

L’instrumental qui ouvre l’album « Véritables variétés verdâtres », sans doute l’album le plus consciemment saboté de toute la carrière de Nino puisque dû contractuellement à sa maison de disques et composé de chansons éparses sans queue ni tête, de rimes dramatiquement faibles et de quelques fautes lourdes de goût. Il n’empêche que cette pièce sur laquelle la guitare de Mickey Finn virevolte et qui mêle rythmique métronomique et bruit de ressac et de mouettes a énormément de charme.





"L’arbre noir" 1979

Quelques lignes seulement en ouverture. C'est très peu mais ces mots-là sont teintés de mélancolie profonde. La musique les accompagne à la manière d'une pluie fine qui progressivement vient couvrir les paroles. La tension dramatique de la chanson commence ainsi, et peu à peu, les nots sont comme emportées par une tempête. Les mots se sont tus, la musique prend alors le dessus. Il n'est pas besoin d'ailleurs de dire quoique ce soit, le déluge de notes pleines de colère et de tristesse prennent le dessus. Et nous, voyons Nino face à la fenêtre, nous sommes bouleversés.

C'est là l'un des premiers textes jamais écrits par Nino Ferrer et qu'il mettra plus de 20 ans à mettre en musique. Les images viennent à nous sans effort : cette tempête qui approche et se renforce jusque faire tanguer ce grand arbre noir tout près, cette maison qui voit la clarté du jour s'amenuir, cette personne seule qui observe tout cela comme pétrifié derrière sa fenêtre, tout ceci en deux petits paragraphes et une musique qui, lorsqu'elle se met soudainement en branle, emporte tout sur son passage.





"Barberine" 1982

On arrive là dans les méandres torturés de l'âme de Nino Ferrer à une époque où son fort caractère et son ressentiment envers le "milieu" du Showbiz commencèrent à prendre le pas sur sa créativité et sa lucidité artistique.
Sur cette chanson Nino joue absolument de tous les morceaux, cette musique de foire déserte et mystérieuse sur laquelle Nino Ferrer campe un personnage qui ignore s'il se trouve dans le réel ou dans l'imaginaire rêvassé ou cauchemardé. Une curiosité.





"L’Arche de Noé" 1986

Voilà la chanson-titre d'un spectacle que donna Nino Ferrer sous chapiteau et entouré de dizaines d'animaux, une comédie musicale écrite pour un jeune public. L'arche de Noé donc, l'apocalypse.L'humain fait trop de conneries donc il va payer, mais comme les animaux eux sont innocents l'Arche de Noé sont là pour eux. Nino met en scène un jour de fin du monde, où les animaux entrent comme ils peuvent dans le ventre de l’arche, avant que le déluge frappe la terre et les hommes. Malheureusement, tous ne peuvent pas entrer et évidemment la chanson se détourne alors de sa trajectoire initiale (un descriptif en forme de litanie des animaux qui entrent à tour de rôle dans l'Arche) pour s'arrêter sur les animaux qui ne peuvent entrer et qui se retrouvent donc dehors alors que la pluie commence à tomber. Sur des airs de foire apocalyptique, et des paroles très simples, la chanson devient extrêmement visuelle. On imagine la pluie qui commence à tomber, on sent l’arche tangué au gré des vagues de plus en plus grosses, on peine à pousser les animaux pour en mettre le plus possible, et on pleure face à ceux qui n’ont pas pu entrer…


Nino en vrille





En bonus quelques reprises de certaines chansons de Nino Ferrer
Via

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