samedi 10 septembre 2011

Paroles




Vivre, au fait, ce n'est jamais qu'avancer dans son petit bateau au milieu d'un flot de promesses variées à l'infini. 
Quelles sont celles dont on se souvient ?
On oublie celles qu'on voudrait se rappeler et on se souvient de celles qu'on préférerait oublier pour toujours. 
Les promesses trahies sont comme des ombres qui dansent autour de toi au crépuscule. 
Plus je vieillis, mieux je les vois.


Les chaussures italiennes  de Henning Mankell

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Le roman insulaire d'Henning Mankel

Livre. « Les chaussures italiennes », un roman touchant.

Le roman insulaire d'Henning Mankel
Le roman insulaire d'Henning Mankel
Gens de goût et lecteurs avisés, les libraires avaient tôt fait, cet automne, de le distinguer. «Les chaussures italiennes» est un roman remarquable et, assurément, LE roman étranger de l'année écoulée. Son auteur, Henning Mankell, 61 ans, n'est pas un inconnu : il a signé une quinzaine d'ouvrages, il est le maître incontesté du polar suédois - avec une saga centrée autour de Kurt Wallander, un inspecteur de police désabusé - genre littéraire dont il sort de temps à autre.
Il est fortement conseillé de ne pas lire la «quatrième de couverture» de ce roman, résumé plat d'une superbe histoire, et ne pas s'interroger trop longuement sur ces «chaussures italiennes» dont il n'est question qu'à mi-livre. La Suède en est le décor, contrée de brouillards denses, de blizzards opiniâtres, de brusques et fortes canicules aussi, de forêts épaisses, de lacs sombres. Et d'îles. Celle du narrateur est déserte, cernée par une mer gelée la plupart du temps. Fredrik, qui fut médecin, y vit depuis plus de dix ans ( quelle terrible faute expie-t-il ?) en compagnie d'une vieille chienne sourde, d'une chatte qui traîne ses os endoloris et d'une fourmilière géante étalée dans son salon. Seules visites, celles, épisodiques, d'un garde-côte taiseux et d'un facteur curieux comme une pie et hypocondriaque.

Son île à la fois refuge et prison

Cette existence d'ermite aurait pu se poursuivre jusqu'à ce que mort s'ensuive si plusieurs personnages, qui donnent au récit toute sa force, son émotion, n'entraient successivement en scène. Des femmes surtout, fragiles, blessées, malmenées par la vie, dont Mankell brosse des portraits touchants, subtils, tout en nuances, à la façon d'Ingmar Bergmann - ce qui n'a rien de surprenant si l'on sait que l'auteur est le gendre du génial cinéaste suédois. Sur son île à la fois refuge et prison, au sein d'une nature oppressante, Fredrik, aigri, rugueux, a conservé pourtant pour ses frères et sœurs humains toute sa compassion. Les rencontres auxquelles on assiste sont magiques, les dialogues sonnent juste, sonnent vrai, la traduction (Anna Gibson) est délicate. A n'en pas douter, ce roman important, qui a pour thèmes la solitude et la culpabilité, trottera longtemps dans votre tête.

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