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vendredi 28 octobre 2011

De l'expressionnisme allemand (1)

L'expressionnisme

L’expressionnisme ne cherche pas à montrer le monde tel qu’il est, mais à l’exprimer. Il s’inscrit dans les pas de Van Gogh qui avait déjà ouvert en son temps les portes d’une forme de peinture marquée par l'expression. Cet aspect est principalement exploité à travers le thème du corps ou du portrait, dans lesquels les artistes n’hésitent pas à aller jusqu’à la distorsion des traits.



Le Cri - Edward Munch

La Cène - Emil Nolde
Femme assise de Max Pechstein
Paysage de Karl Schmitt Rottluft
Ernst Ludwig Kirchner, die Brücke
Les passants Berlinois de Ernst Ludwig Kirchner
Rue 1913 - Ernst Ludwig Kirchner
Potsdamer Platz par Ernst Ludwig Kirchner
Portrait Erich Heckel
Autoportrait Erich Heckel
Baignade Otto Mueller
Metropolis - George Grosz
Eclipse de soleil - George Grosz
Frau von Harden - Otto Dix
Triptyque de Metropolis - Otto Dix
Egon Schiele - Autoportrait
Autoportrait nu - Egon Schiele
Oscar Kokochka - La fiancée du vent
Les amoureux au chat -Oscar Kokochka

L'EXPRESSIONNISME ALLEMAND ET DIE BRÜCKE

Au début du siècle, l’Allemagne traverse une période de crise profonde dans un climat social tendu avec l'approche de la première guerre mondiale, même si le peuple s'affiche dans une insouscience factice. Les expressionnistes sentant venir la guerre expriment leurs sentiments visionnaires dans des images particulièrement torturées. C'est dans ce contexte que se forme le groupe Die Brücke à Dresde en 1905 autours des personnalitées de Fritz Bleyl, Karl Schmidt-Rottluf, Erich Heckel et Ernst Ludwig Kirchner. Viendrons plus tard s'y ajouter des artistes tels que Emil Nolde, George Grosz, Otto Mueller, Max Pechstein et Otto Dix. D’ailleurs, quand on observe les portraits photographiques de ce dernier, on voit que l’expression qui émane de son visage est loin d’être épanouie, primesautière et pleine de joie de vivre. Son expression grave, sévère et austère semble exprimer à elle seule l’atmosphère qui pouvait régner dans le pays à l’époque.

Dans ce monde hostile, présageant moult inquiétudes, les expressionnistes allemands cherchent une peinture capable d’exprimer les problèmes humains. Leur peinture est comme un cri de désespoir lancé en réaction à cette société qui n’offre qu’angoisse et peur de l’avenir. La forme expressionniste est brute, nerveuse et la déformation est utilisée à volonté pour faire rejaillir le sentiment intérieur sur la réalité figurative.
L'influence du style vient de précurseurs du siècle précédent comme James Ensor, Vincent van Gogh ou encore Edward Munch.

L'EXPRESSIONNISME VIENNOIS

A Vienne en Autriche, l'expressionnisme apparaît à travers le groupe de la Sécession créé par Gustav Klimt (bien que celui-ci reste principalement attaché au style Art nouveau), bientôt rejoint par Egon Schiele : dans son autoportrait debout, il n’hésite pas à se montrer à nu, dans toute sa vulnérabilité, sa fragilité d’être humain. Il ne cherche pas à embellir son corps ou son visage. La flatterie n’est pas son propos. Il ne cherche pas à se montrer, mais à exprimer ce qu’il ressent profondément. Il adopte une posture caractéristique de l’expressionnisme allemand, c’est-à-dire une pose anti-naturelle au possible. Son corps est contraint dans un mouvement de torsion, où ses bras sont tordus dans une posture tourmentée à l’arrière de son corps. Les mains sont exagérément agrandies, de manière à renforcer l’aspect expressif. Le regard quant à lui semble très énigmatique. On ne parvient pas à savoir si ce que l‘on voit sont les paupières de ses yeux fermés où si le regard est volontairement absent, comme s’il n’avait pas fait les yeux pour éviter de voir les horreurs du monde. Toujours est-il que cette absence de regard déstabilise et renforce curieusement l’aspect expressif et dérangeant de l’image. Il y a une certaine violence à se mettre à nu, jusqu’à montrer son sexe, et à ne pas dévoiler son regard.

Dans son tableau Deux femmes, il peint deux corps enlacés dans une posture complexe où les corps se mélangent tant qu’ils semblent disloqués. On ne parvient plus à savoir à qui appartiennent les membres. Il y a à la fois une certaine fusion des corps, et en même temps une violence latente dans l’attitude. Il faut se rappeler qu’en cette période, dans certaines familles puritaines, le corps était encore si tabou qu’il était interdit de regarder ou de toucher son propre corps. Les attraits sexuels étaient apparentés au diabolique et au péché, si bien que même lors du bain, certaines familles utilisaient des draps spéciaux, recouvrant tout le corps pour le cacher au regard. Il va sans dire que dans un tel contexte, cette représentation du corps de la femme est plus qu’outrager. C’est sans doute le conflit intérieur entre le désir de montrer le corps et de se l’approprier, et les angoisses profondes que le fait de briser les tabous engendre, qui procure cette agressivité, cette violence et ce tourment palpables dans les représentations du corps.

Quoi de mieux pour exprimer ces angoisses, les terreurs et la violence de ce monde, que le portrait ou le corps nu, sans carapace ni sans défense. Les portraits et corps présentent un aspect très expressif, parfois à la limite de la déformation ou de la monstruosité. Les images dégagent souvent une impression morbide, torturée, exaltant une certaine image de décadence et de déchéance.

C’est le cas du portrait de la journaliste Sylvia Von Harden d’Otto Dix. Le visage pâle de la journaliste peint sur un fond rouge éclatant n’en semble que plus blafard. Les traits du visage sont exagérés, les mains disproportionnées par rapport au corps et leur déformation accentue l’aspect expressif du personnage. Ici, la femme est présentée comme un personnage en pleine décadence : le peintre lui approprie les attraits de la déchéance, cigarette et alcool, surtout pour une femme, ce qui avait sans doute de quoi faire bondir la bourgeoisie bienséante de l’époque. La posture même du personnage accentue cet aspect décadent. Les jambes croisées (posture de séduction nonchalante très incorrecte pour une jeune fille de bonne famille), exhibent un bas qui retombe légèrement plissé avec négligence. Ce détail évoque à la fois un certain laissé aller de la féminité que l’on voudrait voir lisse et pure, et d’une certaine manière aussi, comme un rappel de la dégradation du corps par le temps qui passe. En effet, les plis du bas évoquent une peau vieillie, ridée, les flétrissements inévitables des chairs par le temps qui passe.

Cette image est reprise dans de nombreux tableaux d’Otto Dix, où il montre des femmes âgées aux chairs vieillies. Elles se regardent dans des miroirs, souriantes, avec tous les atours des fraîches jeunes filles. Le contraste n’en est que plus saisissant et montre avec encore plus de cruauté le côté inéluctable de la décadence du corps et des beautés perdues. Cette vision est non sans rappeler le portrait de Dorian Gray, à travers le regard de ces vieilles femmes terrifiantes qui croient encore se voir sous les traits de la beauté de leur prime jeunesse.

Certains artistes du body-art vont développer ce rapport violent et tourmenté au corps, mais de manière toute autre car celui-ci ne passe pas par le biais de la toile. Le corps devient le support direct de l’œuvre. Les artistes de ce mouvement dépassent l’aspect expressif du corps pour explorer les possibles et les limites qu’il offre. (Via)

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