samedi 15 octobre 2011

Les mystérieux crânes préhistoriques de Motala

Les mystérieux crânes préhistoriques de Motala


Les amateurs de polars ont peut-être lu Roseanna, le premier roman de Maj Sjöwall et Per Wahlöö paru en 1965. Pour résumer l’intrigue, on peut dire que l’équipe de l’inspecteur Beck découvre le cadavre d’une jeune inconnue dans le canal de Motala, dans la province d'Östergötland (Ostrogothie en français) au sud-est de la Suède. Aujourd'hui la réalité rejoint presque la fiction puisque une autre énigme a émergé de l'ancien lac de Kanaljorden à Motala. Des crânes, montés sur des piquets en bois, ont été placés dans le lit du lac, il y a plus de 8 000 ans.


L'équipe de Fredrik Hallgren de la Stiftelsen Kulturmiljövård Mälardalen, la fondation pour la préservation du patrimoine de la région de Mälardalen (berceau des Suiones, à l'origine du peuple suédois), réalise des fouilles sur le site préhistorique de Kanaljorden depuis 2009.





Cette campagne d'archéologie préventive, menée sur le tracé de la future ligne de chemin de fer, a pris une tournure inattendue avec la découverte de 11 squelettes humains (hommes, femmes, enfants et nourrissons compris). Il semblerait que l'ancien lac, peu profond, était utilisé pour recevoir les restes de sacrifices rituels. Pratiquement aucun squelette n'était complet. Les archéologues ont trouvé essentiellement des crânes, ainsi que des fragments d'os humains ou d'animaux. Deux crânes étaient encore plantés dans leurs tiges en bois mais il y en avait sans doute davantage, ainsi que le montre les traces de perforations sur les autres squelettes.

Tomas Westberg gräver i våtmarken. Foto: Anna Arnberg.

Ce type de pratique semble unique à l'ère mésolithique. La plupart des exemples connus, sont des rituels pratiqués par les colons sur les populations indigènes. Il existe également des rituels funéraires où les crânes sont placés sur des piques et exposés comme trophées. Néanmoins, ces traditions sont bien postérieures aux sacrifices de Motala.
Les scientifiques suédois ont fait une seconde découverte bien étrange : un crâne féminin contenant les débris de l'os temporal d'une autre femme. Les analyses ADN permettront de montrer s'il s'agit de deux membres de la même famille, ainsi que le suppose les chercheurs.
Fredrik Hallgren, qui enseigne l'archéologie à l'Université d'Uppsala, a déjà élaboré plusieurs théories. Il pourrait s'agir, selon lui, de rites funéraires secondaires. Les ossements auraient été déterrés de leurs tombes après la décomposition des tissus, pour être inhumée une seconde fois, dans un autre endroit. L'exposition des crânes sur une tige en bois serait une étape de ce rituel compliqué. Cette pratique de double-inhumation a été observée sur un autre site suédois datant du mésolithique.
La seconde hypothèse est plus macabre. Le professeur Hallgren envisage en effet la possibilité que les crânes appartiennent à des ennemies tués sur le champ de bataille. Les vainqueurs auraient rapporté leurs trophées de guerre à la maison. Pour connaître la réponse, il va falloir attendre le résultat des analyses isotopiques pratiquées en laboratoire. Les chercheurs pourront ainsi déterminer si les propriétaires des crânes étaient des représentants locaux ou des étrangers, venus de lointaines contrées.
L'équipe doit néanmoins tenir compte du fait que les hommes du mésolithique était des peuples nomades, parcourant de façon saisonnière les forêts et les rivages pour se rendre de leur camp d'hiver à leur camp d'été. Ils chassaient le sanglier, le cerf, le wapiti et l'ours brun, mais pratiquaient également la pêche et la cueillette. Fredrik Hallgren pense que le site de Motala était un lieu de rassemblement pour ces peuples dispersés, sans doute un endroit sacré où ils se retrouvaient ponctuellement.


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