mardi 18 octobre 2011

Paroles de D.H.Lawrence



C’est l’herbe des champs, fragile d’entre les choses fragiles, qui, de toute éternité, soutient partout la vie.
S’il n’y avait l’herbe verte, aucun empire ne verrait le jour, et nul pain pour l’homme – car le grain, c’est l’herbe ; et pas plus Hercule que Napoléon ou Henry Ford n’eussent pu accéder à l’existence.
La force brute écrase de nombreuses plantes.
Et pourtant ces plantes repoussent.
Les pyramides ne durent qu’un instant, comparées à la pâquerette.
Avant que Bouddha ou Jésus aient commencé à parler le rossignol chantait, et bien après que les paroles de Jésus ou de Bouddha seront tombées dans l’oubli, le rossignol continuera de chanter.
Point de prêche ni d’enseignement, ni de commandement ou d’intimation : juste le chant.
Au commencement n’était pas le Verbe, mais le pépiement.


David Herbert Lawrence, plus connu comme D. H. Lawrence, (né le 11 septembre 1885 à Eastwood au Royaume-Uni - mort le 2 mars 1930 à Vence en France) est un écrivain britannique, auteur de nouvelles, romans, poèmes, pièces de théâtre, essais, livres de voyage, traductions et lettres.

Picture of D. H. Lawrence, author of Lady Chatterley's Lover and Sons and Lovers (also D.H. Lawrence, DH Lawrence); twentieth century British Literature / English Literature



C’est en mai 1916 mais, au fond, c’était hier, que D.H. Lawrence écrivit ceci à Barbara Low :
 
Ma chère Barbara. Je vous écrirais plus souvent, mais cette vie que nous menons aujourd’hui nous dégoûte tellement, ne laisse rien à dire. La guerre, la conscription qui approche, le sens de totale inutilité et de vilenie chaotique dans cette vie, cela vous ôte vraiment toute envie de discourir. C'est très joli ici, avec les genêts tout jaunes et la mer d'un bleu pervenche, brumeuse, et les fleurs qui sortent sur le terrain communal. Le sentiment du péril gâche tout - le sentiment que l'on peut d'un jour à l'autre vous jeter dans la fosse à purin du monde, le danger d'être traîné dans ce répugnant conglomérat, le dégoût total et la nausée que vous inspirent l'humanité, les gens qui sentent le cafard, ces masses sans fin, sans aucun relief: c'est si difficile à supporter. J'ai commencé la seconde partie de L'Arc-en-ciel. Mais déjà c'est au-delà de tout espoir que cela soit jamais publié, en raison des choses qui y sont dites. Et plus que cela, c'est au-delà de toute possibilité même de l'offrir à un monde, à une humanité en putréfaction comme la nôtre. J'ai le sentiment que je ne pourrais plus toucher l'humanité, même en pensée, je l'ai en horreur. Mais une œuvre d'art est un acte de foi, comme dit Michel Ange, et on continue d'écrire, pour les témoins invisibles. Il n'y a aucune aide, aucun espoir, rien de rien - y a-t-il jamais eu pareil puits sans fond. Et il n’y aura ni espoir ni aide. Il est très difficile de continuer à tenir, même à l'intérieur de soi. Mais la vérité va bien, elle. C'est simplement le sentiment d'être englouti au plus profond de la mer, avec l'horrible masse de l'humanité et l'universelle fausseté qui vous maintiennent au fond, à vous faire éclater les veines. J'étais très bien, mais j'ai été un peu mal fichu ces derniers jours - ce qui explique en partie cette lettre. Pourtant, c'est la vraie vérité de l'affaire. Nous serons très heureux de vous voir cet été, si nous sommes encore ici. J'espère que vous aimerez Brunswick Square. Saluti du cuore.
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D H Lawrence (R) with Aldous Huxley at Bandol. 1929
D H Lawrence (R) with Aldous Huxley at Bandol. 1929

Ce poème fait partie des oeuvres de jeunesse de D.H. Lawrence, du temps où il était encore enseignant à Croydon, au Sud de Londres. Il vient de rencontrer Frieda Weekley qu'il épousera en 1914, après qu"elle eut divorcée de son mari... Ce poème parait pour la première fois dans la Saturday Westminster Gazette le 18 mai 1912 sous le titre originel de "The Last Lesson" avant d'être publié dans son premier recueil de poèmes en février 1913 "Love Poems and Others". Il sera repris dans The Collected Poems of D H Lawrence en 1928...

Afternoon in School
The Last Lesson

When will the bell ring, and end this weariness?
How long have they tugged the leash, and strained apart
My pack of unruly hounds: I cannot start
Them again on a quarry of knowledge they hate to hunt,
I can haul them and urge them no more.
No more can I endure to bear the brunt
Of the books that lie out on the desks: a full three score
Of several insults of blotted pages and scrawl
Of slovenly work that they have offered me.
I am sick, and tired more than any thrall
Upon the woodstacks working weariedly.


And shall I take
The last dear fuel and heap it on my soul
Till I rouse my will like a fire to consume
Their dross of indifference, and burn the scroll
Of their insults in punishment? - I will not!
I will not waste myself to embers for them,
Not all for them shall the fires of my life be hot,
For myself a heap of ashes of weariness, till sleep
Shall have raked the embers clear: I will keep
Some of my strength for myself, for if I should sell
It all for them, I should hate them -
- I will sit and wait for the bell.

D. H. Lawrence
 

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