mardi 8 novembre 2011

Hamid Sardar-Afkhami, le photographe de la Mongolie


Hamid Sardar-Afkhami
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“‘Tracking the White Reindeer’, receives the prize for Best film on Culture at Banff (2008), as well as other awards in international festivals.”
The New Yorker

"Dark Heavens : Shamans et Chasseurs de Mongolie"



HAMID SARDAR-AFKHAMI (1966 - )
Hamid Sardar-Afkhami est né en Iran en 1966. Il suit sa famille à Paris où il obtient son baccalauréat international. Il poursuit son éducation aux Etats Unis et étudie les langues tibétaines et mongoles, pour lequel il reçoit un Ph.D de l'Université de Harvard en 2000. Il part vivre au Népal à la fin des années 1980 et explore le Tibet et la chaîne de l'Himalaya pendant plus de dix ans. Pendant ce temps il collabore avec le Harvard Film Study Center et le Peabody Museum sur plusieurs films documentaires. En 2000, il part s'installer en Mongolie.
A l'instar du travail d'Edward Sheriff Curtis, auquel on pourrait éventuellement comparer ces portraits, la motivation de Hamid est plus engagé que celle du photographe américain, qui a documenté la vie des indiens d'Amérique du Nord avec ce que Serge Bramly qualifie de : "regard extérieur et nostalgique"(1) ou avec le point de vue d'un "touriste avide de sensation"(2). Hamid, lui, approche son sujet avec un regard d'ethnologue et l'âme complice d'un artiste. La où Curtis érige une barrière entre lui et la vanishing race (la race qui s'éteint), Hamid nous fait constater que nous sommes beaucoup plus proche de ces peuples que nous ne le pensions. Et c'est en réalité nous qui avons perdu le lien sacré avec notre passé.
Durant neuf années de voyages, Hamid a réalisé trois films documentaires, qui ont été primés dans plusieurs festivals (3). Ses photographies sont parues dans Figaro Magazine, Géo, National Geographic, Paris Match et VSD, entre autres.

1) et (2) Edward S. Curtis, p.8. Collection Photo Poche. Introduction par Serge Bramly.
(3) Liste des prix :
  • A la poursuite du renne blanc (2008) : Meilleur film culturel, BANNFF Mountain Film Festival, Canada et Prix spécial du jury, Festval d'Autrans, France.
  • Balapan : Les ailes d'Altaï (2006) : Meilleur film culturel, BANNFF Mountain Film Festival, Canada et Meilleur film, Festival de Telluride, USA.
  • Le peuple renne (2004) : Meilleur film culturel, BANNFF Mountain Film Festival, Canada.



 
Bronze Age deerstones, Muren, Hovsgol, 2003Tirage platine sur papier 100% Arches platine. Edition de 3 et 2 EA.
(Taille de l'image : 28 x 35,5 cm / Taille du papier : 50 x 60 cm)
Ce monolithe de pierre sur lequel sont gravés des dessins de rennes, date de la fin de l'âge de bronze. Son érection correspond à la période de migration de certaines tribus indo-iranienness qui ont domestiqué des chevaux et se déplacent en chariots.
Lorsque Hamid, qui est d'origine iranienne, entreprend son projet photographique en Mongolie, on peut dire qu'il part à la recherche de ses propres racines. C'est aussi une quête spirituelle.
Conscient que l'homme occidental a perdu son lien sacré avec l'animal, il souhaite documenter ces peuples nomades qui ont gardé intact ce lien qui les rapproche de leurs ancêtres. A travers leur rêves ou transes, les shamans et chasseurs de Mongolie communiquent avec leurs aïeux. Ceux-ci prennent la forme d'animaux totémiques pour leur transmettre des messages de l'au-delà et les guider dans le monde présent.
La photographie est un langage universel. Une photographie peut parfois paraître énigmatique mais on finit toujours par y croire. Ces images, qui auraient pu être prise il y à un siècle, ont été réalisées entre 2000 et 2008.
La décision d'en produire une édition en platine est à la fois un choix esthétique et philosophique. La variété des tonalités de gris obtenu avec les sels de platine est supérieure au processus argentique classique. Quelques photographes tirent certaines de leurs œuvres uniquement en platine (The Corral Sea de Robert Mapplethorpe par exemple). La durée de vie d'un tirage platine garantit sa visibilité dans deux cent ou trois cent ans, peut être plus. Hamid assure à ces peuples nomades une pérennité qui dépasse la durée de leurs propres vies et de la sienne.
Il y à des milliers d'années, nous parlions la même langue. Les premières images n'étaient pas des représentations de l'homme mais d'animaux. C'est l'acceptation que nous venons tous de la même souche qui nous sauvera peut être un jour.

Chasseurs Tsaatan, Khar Nuur, 2003Tirage platine sur papier 100% Arches platine. Edition de 3 et 2 EA.
(Taille de l'image : 50,8 x 60,96 cm / Taille du papier : 55,8 x 76,2 cm)


PROPOS DE L'ARTISTE :
J'ai commencé mes expéditions en Mongolie en 2000. Mon but était de créer un inventaire photographique des nomades et de déceler la part de sagesse enfouie au sein de leurs coutumes et de leur mode de vie avant qu'ils ne soient séparés de leur environnement naturel et spirituel. Ces voyages nécessitaient de pouvoir, d'une part, supporter un régime avec peu de légumes et, d'autre part, d'éprouver le désir de parcourir de longues distances à dos de cheval, de chameau ou de rennes - et si nécessaire, de les consommer.
Etant complètement coupé de toute civilisation urbaine, étrangement, je me sentais protégé au sein de ces régions sauvages mongoles. On y découvre une résonance entre l'animal et l'homme que l'on ne retrouve pas dans d'autres lieux moins primitifs. J'ai rencontré ce vieil homme dans le désert de Gobi qui, avec son violon, a ému un chameau aux larmes et lui a fait adopter un chamelon abandonné. J'ai vu un lama Buryat qui a fait venir les loups à sa porte en entonnant un chant ancien. J'ai chevauché les monts d'Altaï avec des bergers Kazak qui m'ont appris à capturer des aigles dorés dans leurs nids et à les entrainer à chasser, avant de les relâcher dans la nature. Ce mysticisme écologique qui lie l'animal à l'homme est devenu le fil conducteur de ce travail artistique.

Dans la culture nomade, l'art - la mémoire en sorte - est inconcevable sans ces connections totémiques à la nature et à son fabuleux bestiaire. La notion de transformation en animal est l'aspect le plus important de la religion eurasienne. C'est un élément qui sommeille au sein de chaque individu et avec lequel la civilisation urbaine contemporaine cherche à se reconnecter.
Ces anciennes croyances résonnent plus qu'ailleurs dans les rituels des chasseurs et des shamans de Mongolie, qui chassent encore, qui se guérissent et qui se souviennent de leurs esprits ancestraux à travers cette profonde identification avec l'animal.

Durant l'hiver, j'ai souvent voyagé avec le peuple renne de Tsaatan et suis resté aux cotés de Tsuyanqua une vieille shaman centennaire. Les jours impairs de la lune croissante, elle entrait en transe et se transformait en renne mâle. Elle s'envolait vers un lieu appelé Dark Heavens (les cieux obscures) : un monde crépusculaire remplit de lumière, de sons et de voix où les ancêtres, qui ont pris l'aspect d'animaux totémiques, révèlent leurs messages cachés. 'Nous existons en relation avec trois choses,' disait Tsuyanqua, '...la nature, les animaux et la mémoire de nos ancêtres. Une fois que nous oublions cela, les anges gardiens nous abandonnent et les démons s'emparent de notre destin.'
Au sein de la société contemporaine, les artistes ont remplacés les shamans. Leur rôle est de ramener des messages d'un monde intemporel auquel ils ont accès; un monde parallèle de lumière et d'ombres où tout est lié. Sans cette habilité à pénétrer l'intemporel, l'art perd le pouvoir de remémoration.

Ce récit photographique est un hommage au peuple nomade remarquable dont la mémoire est restée intacte. Pour eux, le monde ensoleillé des vivants n'est qu'un reflet d'une plus vaste continuité spirituelle. Celle-ci est constitué de cieux et d'ancêtres, dont ils se souviennent perpétuellement à travers le fabuleux panthéon des "animaux esprits", qui leur éclair le chemin.
Hamid Sardar-Afkhami, Paris 2009

Taylor Camp
Hamid

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