mardi 6 septembre 2011

Sarah Bernhardt et Belle-Ile-en-Mer


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Belle-Ile : une visite chez Sarah Bernhardt
© Musée Sarah Bernhardt
citation

De Jean-Pierre Thibaudat

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Une pancarte à l’entrée du site annonce la couleur: «Vous rêviez de sensations fortes, de rochers noirs battus par les vagues et les vents? Vous les aurez! Vous avez envie de pelouses fleuries comme des jardins et d’une tranquillité à peine troublée par les cris des oiseaux de mer? Vous les aurez aussi.»

Bienvenue chez Sarah Bernhardt à la pointe des Poulains, site sauvage de Belle-Ile-en-Mer.
En s’y promenant avec des amis en août 1894, l’actrice vit l’écriteau «A vendre» sur un fort désaffecté et humide.
Et s’écria «J’achète!»
Ce n’était pas une lubie.
La tragédienne la plus célèbre de son temps passa à la pointe de l’île la plupart de ses étés, après avoir retapé le fort à grands frais et percé des fenêtres.

Belle-Ile-en-Mer : Le Fort de Sarah Bernhardt

Abandonné par l’armée française un quart de siècle auparavant, il servait de remise aux pêcheurs de l’île. Elle aménagea un jardin, faisant arracher la bruyère (par superstition probablement), planter du gazon anglais et un figuier qu’elle appela Joseph.
Par la suite, l’actrice fit construire non loin la villa Lysiane (le prénom de sa petite-fille) et la villa Les Cinq Parties du monde pour sa famille et ses nombreux amis – la dame ne se déplaçait pas sans une théorie de fidèles, dont la peintre Louise Abbéma, dite «le vieux général japonais».

Des siestes à l’abri des tamaris

Quand le manoir de Penhoët, trop proche de chez elle à son goût, fut à vendre, elle l’acheta aussi et lui adjoignit un atelier pour son ami «Jojotte», le peintre Georges Clairin, qui lui avait fait découvrir Belle-Ile. Le manoir étant plus confortable, Sarah Bernhardt délaissa le fort mais aimait se promener jusqu’à la pointe, là où les vaguelettes de l’étroite plage, venant de deux côtés, se donnent le bonjour.
Dans «La Grande Sarah, souvenirs», un livre paru en 1930, désormais introuvable, le compositeur Reynaldo Hahn évoque «la lande mauve et dorée». Hahn, comme tant d’autres (Lysiane, Louis Verneuil, Marie Colombier...), a raconté les étés de Belle-Ile ponctués par les siestes au «sarathorium», allongés sur des chaises longues, à l’abri des tamaris. Le silence y est de rigueur, affirme la tragédienne à un magazine féminin; ça jacassait ferme, se souvient le sarcastique Reynaldo.
Les soirées étaient festives, tapissées d’histoires abracadabrantesques comme celle de ce boa qui, après avoir dormi des années, se serait réveillé dans le salon, l’actrice lui réglant son compte d’un coup de revolver – anecdote douteuse. Les Bellilois traversaient souvent l’île pour voir cette curiosité (l’actrice, pas le boa).
A tel point que «Sarah barnum» fit élever un mur qui, en partie, existe toujours.

petit îlot coupé de belle-île à marée haute, la pointe des poulains
Petit îlot coupé de Belle-île à marée haute, la pointe des poulains offre un panorama grandiose où l'on peut voir Groix, Lorient et toute la baie de Quiberon

Gala pour les pêcheurs

Pour Sarah Bernhardt, aller à Belle-Ile, c’était «rompre avec les paillettes et se confronter à la vérité de la nature», juge Nicolas Tafoiry, le jeune conservateur de la citadelle de Palais, magnifiée par Vauban, la première chose que l’on voit lorsque le bateau venu de Quiberon s’approche du rivage.
En réorganisant le musée, il a consacré une salle à l’actrice. On y voit, sur un imposant carton à chapeau, le visage de «Sarah en colère» peint par Jojotte. Tafoiry s’apprête à publier un livre sur la tragédienne. Louis-Charles Garans vient de sortir le sien. Situationniste de la première heure, il a épousé une Belliloise rencontrée à Saint-Germain-des-Prés. Le couple, qui avait déjà cinq enfants, s’est installé à Palais en 1965. Guy Debord est venu à Belle-Ile voir ses potes. Cinq autres enfants plus tard, Garans avait fondé «La Gazette de Belle-Ile» (la publication en est à son 392e numéro) qui, à chaque livraison, ne manque pas d’évoquer la fameuse actrice.
Peu de temps avant sa mort, Sarah Bernhardt céda ses propriétés de Belle-Ile, où elle avait un temps songé à dresser son caveau. Quand on l’enterra au Père Lachaise, le 29 mars 1923, une délégation de Bellilois vint au fort lui rendre hommage. Il y avait là les maires de trois des quatre villages de l’île, un pâtissier, un huissier, un patron pêcheur et d’autres encore.
L’actrice n’avait pas toujours eu de bons rapports avec les pêcheurs, auxquels elle avait interdit de s’approcher de la pointe des Poulains. Mais quand une tempête ruina ces derniers en 1911, elle organisa à leur profit une «matinée de gala», une sorte de télésardine, ancêtre du Téléthon.

Sentiers côtiers

Après sa mort, le domaine de 42 hectares passa donc de main en main. En 1943, les Allemands bombardèrent le manoir; il n’en reste rien. Monsieur Larquetoux, le dernier propriétaire (il avait fait fortune dans le béton précontraint) possédait aussi la citadelle de Palais. Sa veuve a récemment tout vendu: la citadelle à une firme hôtelière de luxe, et le domaine de Sarah Bernhardt au Conservatoire du littoral, qui le gère avec la communauté de communes de Belle-Ile. Depuis longtemps, le fort était redevenu une bâtisse fantôme.
Les nouveaux propriétaires souhaitent «réhabiliter» ces édifices en ruine et «revégétaliser» un site piétiné chaque année par des milliers de visiteurs. Les sentiers côtiers sont déjà aménagés, donnant accès aux bancs (restaurés) de ciment en arc de cercle sur lesquels l’actrice aimait s’asseoir pour tutoyer le furieux paysage; les véhicules sont désormais cantonnés sur un parking donnant accès à la villa Lysiane, bientôt transformée en boutique et lieu d’accueil.
Le fort et la seconde villa, actuellement en travaux, abriteront des expositions consacrées à l’actrice. Ouverture prévue l’été prochain. S’il était illusoire de vouloir reconstituer les intérieurs extravagants à l’identique, on peut regretter qu’un projet, plus opportun, de résidence d’artistes ait été abandonné.

Monet, Matisse et les autres

Sarah Bernhardt ne fut pas la première artiste à tomber sous le charme de Belle-Ile. Avant de venir chez son amie, Reynaldo Hahn était descendu, à deux pas du débarcadère, à l’hôtel Atlantic (aujourd’hui Atlantique) avec Marcel Proust. Claude Monet, fasciné par les falaises de Port Coton, y avait peint 39 toiles. Matisse, Vasarely, Alechinsky et bien d’autres suivront. Mais l’actrice fut la première à y acquérir une résidence secondaire. Depuis, nombreux sont les gens de théâtre qui ont acheté: Arletty, Catherine de Seyne, Klaus Grüber, Alain Crombecque...
La retraite venue, certains y vivent à demeure. C’est le cas de Cécile Fraenkel, dernière secrétaire de Jean Vilar au TNP avant de devenir celle d’Antoine Vitez à Chaillot. C’est l’actrice Luce Mélite qui l’avait entraînée là, laquelle avait entendu parler de Belle-Ile par Peter Brook. Elles étaient descendues à l’hôtel de l’Apothicairerie, là même où Sarah Bernhardt avait déjeuné avant de découvrir la pointe des Poulains. Un établissement légendaire, aujourd’hui détruit et remplacé par un méchant hôtel de luxe aussi avenant qu’un blockhaus.
«J’ai tout lâché pour vivre ici, dit Cécile Fraenkel. Dès que je descends du bateau, je me sens bien.» Pourquoi? Sa réponse tient en deux mots: «L’infini, la solitude.» La grande actrice ne disait pas autre chose.
Roger Blin, le metteur en scène mythique de «En attendant Godot», fit un jour une promenade avec une amie à la recherche de la «cabane de Pascale» (l’actrice Pascale de Boysson), la compagne (disparue) de Laurent Terzieff. Parti de Port Coton, Blin marcha vers la plage de Donnant. Et tomba, par hasard, sur la cabane.
Elle est toujours là. Nichée au creux d’un plateau donnant sur la mer au loin. Un spartiate parallélépipède en pierre. Les volets au bleu caillé sont fermés. L’actrice vivait là, sans eau ni électricité. Seule face à l’infini. Le rêve secret de Sarah Bernhardt, c’est elle qui l’avait humblement accompli. Cette maison-là n’est pas à vendre.

Grand admirateur et ami intime de Sarah Bernhardt, Georges Clairin possède dans sa maison de Belle-Ile-en-Mer un atelier. Il réalisera de nombreux portraits de l’actrice d'une réelle finesse et d'une grande poésie, dont le célèbre « Portrait de Sarah Bernhardt », exposé en 1876 à Paris au Petit-Palais.




La propriété de Sarah Bernhardt,achetée en 1894, après sa première visite de l’île. Une nature maîtrisée (jardins, haies de tamaris), un fort transformé en résidence secondaire avec de larges ouvertures. En arrière-plan, l’îlot et le phare des Poulains mis en service en 1867 (carte postale du début du XXe siècle: «Belle-Île-en-Mer. Le Fort de Sarah Bernhardt, vue prise de la Terrasse». N.D. n°23)
La partie orientale de la propriété de Sarah Bernhardt, avec le manoir de Penhoët acheté en 1909. Sarah Bernhardt décide de s’y installer, car le château est plus vaste et plus confortable. Il a été détruit en 1944 par les Allemands (collection particulière).


Photo aérienne de la pointe des Poulains dans les années 1990. Au premier plan, l’ancienne propriété de Sarah Bernhardt fermée au public, la villa des «Cinq Parties du Monde», le fortin et le parc à l’abandon. Sur la pointe, on observe une aire de stationnement pour les autocars au-dessus de la plage. Au deuxième plan, le rocher du Chien et l’îlot des Poulains avec le phare accessible à marée basse par un tombolo. La multiplication des chemins d’accès à l’îlot et l’érosion des sols résultent d’une fréquentation touristique diffuse et mobile car il s’agit d’un point de vue. Les visiteurs essaient d’épuiser toutes les possibilités de vision sur l’îlot (Inventaire Bretagne DRAC, Artur/Lambart, 1998).

Sarah Bernhardt à Belle-île, appuyée sur un rocher, 1904

Camera obscura... Picasso


Man Ray - Picasso sur la plage 1935 et son chien Kasbel

Victor B. Zoellick ou la solitude slave dans la ville....

Victor B. Zoellick

Zoellick est un artiste contemporain russe reconnu maître aquarelliste.
Les ouvres de l'artiste sont reconnaissables: un personnage solitaire, 'un homme sous un parapluie, un musicien avec un violon, un passant près de la voiture rétro représente le centre psychologique de la composition des paysages urbains.
La solitude dans la ville....
Les œuvres du maître sont conservés dans les collections de Kharkov, Donetsk, Kramatorsk, et dans des collections privées en Europe, en Amérique et en Asie.

J'aime beaucoup ce travail...

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Sculpture'Elles au musée des Années 30

Sculpture'Elles Les sculpteurs femmes du XVIIIe siècle à nos jours

Depuis le 12 mai et jusqu’au 2 octobre 2011, la ville de (Hauts-de-Seine) et son des Années Trente (M-A30) consacrent, pour la première fois en France une aux femmes sculpteurs du XVIIIe siècle à nos jours à laquelle est heureux de s’associer en tant que mécène.
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L’exposition présente 90 sculptrices emblématiques – comme , ou et des contemporaines telle que , ou – à travers une centaine de chefs d’œuvre.
Première étape d’une reconnaissance artistique, l’exhaustivité de la sélection “permet de donner une meilleure lisibilité à la création artistique. La a longtemps été considérée comme une activité éminemment masculine alors que la peinture, sensée être plus simple, pouvait être le fait de femmes” indique la commissaire qui va publier un dictionnaire dédié aux femmes sculpteurs.
Les oeuvres, issues pour partie de la collection du M-A30, et pour partie de collections publiques de grands musées français et de plusieurs collections privées, seront présentées à travers différentes sections comme les autoportraits et portraits, les allégories de la sculpture, la sculpture d’histoire, l’ animalier, ainsi que les installations et les nouvelles formes de la sculpture contemporaine.
L’exposition est accessible du mardi au dimanche de 11h à 18h jusqu’au 2 octobre 2011.
MA-30 (), 28 avenue André-Morizet, 92100 -Billancourt.

Sculpture’Elles
 
01 - Caroline (Claude Lalanne, 1969)





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En 2009, l’exposition « Elles » organisée par le Centre Pompidou à Paris, était une première du genre. Son succès fut tel quelle sera prolongée jusqu’en février 2011. Un compte rendu en a été fait pour les Cafés géographiques (voir le n° 1823).

Aujourd’hui, le M-A30, musée des Années 30 de Boulogne Billancourt reprend l’idée mais limite son accrochage aux femmes sculpteurs, ayant travaillé en France, du XVIII e siècle à nos jours. A n’en pas douter, cette exposition, dont la muséographie est remarquable, devrait attirer de nombreux visiteurs et permettre d’acquérir aux femmes sculpteurs la lisibilité qui leur est due.
Pouvez-vous citer des femmes sculpteurs ?
Camille Claudel, Niki de Saint Phalle, Germaine Richier, Louise Bourgeois ? Ce sont « les stars » de la discipline et elles sont présentes. Mais vous aller découvrir quelques 90 autres sculpteurs à travers un parcours à la fois thématique et chronologique. De l’art du portrait, au nu, en passant par l’art monumental et les installations contemporaines, une belle promenade vous attend.

 ETRE FEMME SCULPTEUR OU SCULPTRICE ?

Etre femme et artiste a toujours été difficile. Giorgio Vasari, peintre et écrivain toscan de la Renaissance affirmait clairement que « les femmes procréent et les hommes créent ».
Beaucoup plus proche de nous, Camille Claudel (1894-1943), sœur de l’écrivain Paul Claudel, élève et compagne d’Auguste Rodin fut internée les trente dernières années de sa vie et son propre talent de sculpteur ne fut reconnu que très récemment. Pensez donc ! Elle voulait peindre « comme un homme » et comme son maître.

L’exposition du M-A30 n’est pourtant pas une exposition « manifeste » comme l’était celle du Centre Pompidou, même si l’on y retrouve Germaine Richier, Niki de Saint Phalle ou Orlan. Elle veut seulement donner à voir des œuvres souvent cachées dans des réserves.
Saluons le travail d’Anne Rivière, historienne d’art et commissaire de cette exposition. Nous lui devons déjà d’avoir rédigé le catalogue raisonné de Camille Claudel. Ici, elle regroupe un ensemble d’une centaine de chefs d’œuvres produits par 90 femmes.
La scénographie, conçue par Cédric Guerfus, rend possible l’appréhension de chaque œuvre dans son intégrité. L’espace est vide de cloisons, structuré seulement en bulles colorées (c’est gai et pimpant) et le visiteur peut sans cesse aller et venir, voir la même sculpture de prés ou de loin, de face, de dos au de trois-quarts ! Un régal !

L’existence de femme sculpteurs est attestée depuis l’Antiquité et au Ier siècle, Pline l’Ancien cite, dans son Histoire naturelle, la Grecque Timarete et la Romaine Iaia de Cyzique. Mais ces pionnières sont des exceptions dans des sociétés patriarcales.

Au Moyen Âge leur place dans les ateliers est possible mais seulement si elles sont filles ou épouses d’un peintre ou d’un sculpteur. Comme le rappelle Marie-José Bonnet : « La sculpture a une dimension divine et masculine. Dans la Bible, c’est Dieu le Père, qui le premier a façonné l’homme à son image. Ce n’est pas anodin ».
A ce handicap de nature religieuse et idéologique, il faut ajouter la volonté des hommes de se réserver un pré carré. Au XIII e siècle, la taille de la pierre est réservée aux compagnons, uniquement des hommes. Il est vrai que ce travail de force peut sembler hors de portée du sexe faible.

Si l’Académie royale de peinture et de sculpture est créée en 1648, la première femme peintre n’est admise que quinze ans plus tard et la première femme sculpteur trente ans plus tard. Il s’agit de Dorothée Massé.
Il faut attendre le XVIII e siècle pour voir l’émergence de femmes sculptrices. Des ateliers exclusivement féminins sont réservés pour leur apprentissage. Mais en 1783 un quota limite le nombre d’académiciennes à quatre !

Au XIX et au début du XX e, une petite place leur est concédée. En 1903, elles sont autorisées à concourir pour le Prix de Rome et en 1911 Lucienne Heuvelmans devient la première lauréate femme et sculpteur. Mais on attend d’elles de la douceur et de la joliesse, des portraits de femmes et des maternités, sinon, comme Camille Claudel, elles sont exclues. Leur pratique de la sculpture est considérée comme un passe-temps luxueux. Elles ne peuvent l’acquérir que dans des écoles ou ateliers privés où les tarifs pratiqués (comme à l’Institut Rodin fréquenté par Camille) sont deux fois plus élevés pour la clientèle féminine ! Enfin, si elles veulent sculpter des nus, il faut que le modèle soit drapé et plutôt deux fois qu’une.

La reconnaissance pleine et totale ne date que des dernières décennies. Elle est portée par les mouvements féministes des années 1960-70. Quelques unes accèdent à la gloire, comme Brigitte Terziev première femme sculpteur à être élue à l’Académie des Beaux-arts en 2007. Les autres, vous les découvrirez en traversant l’exposition.

 PARCOURS DE L’EXPOSITION

Huit espaces au cheminement libre permettent d’apprécier toutes les facettes des sculptures.
L’Atelier, du mythe au Prix de RomeCette section, la seule à ne présenter que peu d’œuvres de femmes, est consacrée aux représentations des sculptrices. Leur iconographie est peu abondante. Notons cependant l’hommage que le sculpteur Antoine Bourdelle rend à sa femme Cléopâtre, également sculptrice, dans le bronze Femme sculpteur au repos.Figure ici aussi Electre veillant sur le sommeil d’Oreste, en plâtre, qui permit à Lucienne Heuvelmans (1881-1944) d’obtenir le Grand Prix de Rome de sculpture, en 1911. C’est un sujet sage et convenu.

Portrait et autoportraitC’est la section la plus riche et me semble-t-il, la plus intéressante.
L’œuvre la plus ancienne est une terre cuite de Marie-Anne Collot (1748-1821). Amie de Diderot, elle est élève du sculpteur Falconet et le suit à la Cour de l’impératrice Catherine II. Elle y obtient autant de succès que son maître et y reçoit le titre d’agréée de l’Académie des Beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Un honneur qui lui sera refusé par l’Académie des Beaux-arts de Paris.
L’œuvre la plus extravagante est l’autoportrait de Sarah Bernhardt en chimère.
Le travail le plus délicat représente l’impératrice Eugénie le jour de son mariage. On le doit à Marie-Louise Lefrève-Deumier. Délicats aussi sont les portraits africanistes d’Anne Quinquaud, en bronze ou en grès.
Ne quittons pas cette section sans observer le buste tragique de vieille femme, en ciment, de Sarah Lipska (1882-1973) ou la douce Maternité de Chana Orloff (1888-1968). Douceur encore pour les jeunes filles de Marie Cazin (1844-1924).

Le nuUne palette de nus les plus variés se déploie de toutes dimensions et taillés dans les matériaux les plus divers. Cependant les œuvres de Camille Claudel éclipsent toutes les autres : L’abandon, L’implorante et une Etude de l’implorante rarement exposée. En les observant, en les admirant, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle reflètent à merveille le destin tragique de la géniale Camille.

Art animalierA côté des œuvres classiques de Rosa Bonheur (1800-99), deux œuvres majeures se détachent.
- Nature’s study, est une porcelaine de 1984 de Louise Bourgeois. Née à Paris en 1911, elle s’installe à New York où elle décède en 2010. La consécration ne vient que tardivement, avec le Lion d’Or de la Biennale de Venise en 1999. Elle se décrit comme « un loup solitaire » qui se préoccupe plus de la thématique que de la forme et explore surtout les blessures de son enfance.
L’artiste considère Nature’s study comme un autoportrait, une métamorphose de l’artiste en bête. Personnage sans tête, mi-chien mi-déesse, accroupi, cette composition a été réalisée en divers matériaux. Les volumes gonflés de cette porcelaine, érigés et mutilés donnent à ce corps une dimension hermaphrodite. Figure fantasmagorique ou cauchemardesque, elle vous hantera longtemps. Tout comme les grandes, voire gigantesques araignées que vous connaissez déjà de Louise Bourgeois.
- Tauromachie en bronze doré, de 1958, est une œuvre de Germaine Richier, autre grande dame de la sculpture contemporaine.
Germaine Richier (1904-1959) a été élève de Bourdelle, elle est une héritière directe de la tradition de Rodin, en particulier dans la manière de travailler le bronze. Puis, elle fait partie des avant-gardes du XX è qui défient les règles académiques en inventant des êtres déchiquetés et hybrides, entre l’homme et l’animal. A la fin de sa vie, elle introduit la couleur dans ses sculptures car dit-elle : « la sculpture est grave, la couleur est gaie ».

Scènes de genreCet espace est peu fourni.
Roberta Gonzalez (1909-1976), fille et élève de Julio Gonzalez, est présente avec une Maternité en plaques de fer soudées.
Malvina Hoffman (1885-1966) nous offre Le raboteur de plancher, œuvre forte en bronze.

Réalités modernesCet atelier regroupe des œuvres des années 1960-70 et oscille entre abstraction et figuration.
On y côtoie l’ensemble des 11 maquettes de résine peinte par Niki de Saint Phalle (1930-2002) qui a appartenu au groupe des Nouveaux réalistes avec César, Christo, Yves Klein et Tinguely dont elle était l’épouse. C’est réjouissant, comme ses séries des Nanas très connues à présent. Ses Nanas sont des femmes plantureuses et colorées en grillage, papier mâché et polyester. Si cela ne vous dit rien, à proximité du Centre Pompidou, elle a réalisé La Fontaine Stravinsky.
Dans cette bulle, vous côtoierez aussi Le temps, en plâtre et lamelles de plomb, d’Irène Zack (1918- ).

Art monumentalNe rêvez pas, les œuvres monumentales réalisées par des femmes sculpteurs n’ont pas été déplacées. Cette section fonctionne sur un diaporama de créations in situ qui rappellent que des femmes ont reçu des commandes pour des monuments civils ou religieux, hier comme aujourd’hui.

Les nouvelles formes de la sculptureCette section tient une place importante, en fin de parcours. Les œuvres ici présentées mêlent les techniques, les matériaux et les procédés les plus étonnants.
Le travail d’ORLAN est le plus intriguant. Née en 1947, elle émerge dans les années 90 lorsque ressurgit le Body Art et qu’elle utilise la chirurgie esthétique pour remodeler son visage et son corps en s’inspirant de modèles de la Renaissance : le front de Mona Lisa, le menton de la Vénus de Botticelli.
- Son buste de marbre blanc de Carare, Sainte-Orlan (1978) est un magnifique travail parfaitement baroque et du plus bel effet.
- Sa photographie de la série des Self hybridation, combine les traits du visage de l’artiste avec des objets d’art des civilisations colombiennes.
Les autres œuvres relèvent davantage des installations que de la sculpture, tel, Le Pont de Marie Orensanz.

La création des femmes sculpteurs est montrée pour la première fois dans toute sa diversité et sa richesse. Cette expérience ne restera certainement pas unique.

Maryse Verfaillie



La cathédrale Saint-Basile a 450 ans


La Cathédrale est constituée de l'association de neuf églises posées sur un socle assez haut.
Huit églises, chacune surmontée d'un bulbe de forme et de couleur différentes sont regroupées autour d'une neuvième qui les dépasse (47,5 mètres) que l'on appelle l'Église de l'Intercession de la Vierge sur le Fossé. ( C'est celle-ci qui a été consacrée le 12 juillet 1561.)
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La cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge-sur-le-Fossé, plus connue sous le nom de cathédrale Saint-Basile, est située dans la partie Sud de la Place Rouge de Moscou, près de la porte Spassky du Kremlin, dominant la place Vassilievski spousk qui descend vers la Moskova. Elle a été construite au milieu du XVIe siècle sur l’ordre d’Ivan IV le Terrible pour symboliser la conquête du khanat de Kazan, une partie de l’ancienne Horde d’or, en signe de gratitude pour la victoire.

On ignore ce qui se trouvait auparavant à l'emplacement de la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge. Les chroniques russes contiennent des informations partielles et contradictoires sur des églises de pierre et de bois qui ont engendré beaucoup de spéculations, de versions et de légendes
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Selon l’une des versions, après le retour d’Ivan IV le Terrible de la campagne de Kazan en 1552, une église de bois consacrée à la Trinité avec sept autels à l’emplacement de la future cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge été érigée sur un promontoire près de la Moskova.

Le métropolite Macaire de Moscou a conseillé à Ivan le Terrible de créer ici une église de pierre. La principale idée de la structure de la future cathédrale appartenait également au métropolite Macaire.

La première mention fiable de la construction de la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge date de l’automne 1554. On estime qu’il s’agissait d’une cathédrale de bois. Six mois plus tard elle a été démontée avant le début de la construction d’une cathédrale de pierre au printemps 1555.

La cathédrale Saint-Basile était bâtie par les architectes russes Barma et Postnik (selon une autre version, Postnik et Barma sont une seule et même personne). Selon la légende, à la fin de la construction de ce chef-d’œuvre architectural, Ivan le Terrible a ordonné de crever les yeux aux architectes pour qu’ils ne puissent pas créer un plus bel édifice. Par la suite, il a été prouvé qu'il s'agissait d'une fable.

La construction de la cathédrale a duré seulement six ans, et seulement pendant des saisons chaudes. Les chroniques décrivent la découverte "miraculeuse" par les ouvriers du neuvième autel du Sud, alors que la construction était pratiquement terminée. Cependant, la symétrie exacte inhérente à la cathédrale indique que les architectes avaient initialement une idée de la structure de la future cathédrale: il était prévu de construire huit chapelles autour de l’église centrale. La cathédrale a été construite en briques, et les fondations, les soubassements et certains éléments de la décoration ont été réalisés en pierre blanche.

La cathédrale a été pratiquement terminée en automne 1559. Pendant la fête de l’Intercession de la Vierge, toutes les églises ont été sanctifiées, à l’exception du temple central, car il n’était pas encore été terminé.

La consécration de l’église de l’Intercessions et, par conséquent, de toute la cathédrale a eu lieu le 12 juillet (29 juin selon le calendrier Julien) 1561. La cathédrale a été sanctifiée par le métropolite Macaire.

Chaque église de la cathédrale a reçu son baptême. L’église Est a été baptisée du nom de la Sainte Trinité. Les chercheurs tentent encore de déterminer pourquoi cette église a reçu ce nom. Il existe plusieurs hypothèses. On sait qu’en 1553 le monastère à Kazan, après la conquête de la ville, a été érigé en l’honneur de la Sainte Trinité. On suppose également qu’une église de la Trinité en bois se situait à l’emplacement de la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge en donnant son nom à l’une des chapelles de la future cathédrale.

Quatre chapelles latérales ont été baptisées du nom des saints, pendant les fêtes desquels les événements les plus importants de la conquête de Kazan se sont produits: de Cyprien et de Justine (2 (15) octobre, la fin de la prise de Kazan), de Grégoire l’illuminateur de la Grande-Arménie (le 30 septembre (13 octobre) une explosion s’est produite dans la tour d’Ars de Kazan), d’Alexandre Svirski (le 30 août (12 septembre) la victoire a été remportée sur l’armée du prince Yapancha qui venait de Crimée en aide aux Tatars), des trois patriarches de Constantinople Alexandre, Jean et Paul le Jeune (également commémorés le 30 août).

Trois autres chapelles ont été baptisées en l’honneur de Nikolaï Velikoretski, de Varlaam Khoutynski et de la fête de l’entrée du Seigneur à Jérusalem. L’autel central est baptisé en l’honneur de l’Intercession de la Vierge, car le 1er (14) octobre, qui symbolise l’intercession de la Mère de Dieu pour les chrétiens, le principal assaut de Kazan a commencé. Toute la cathédrale a été baptisée du nom de l’église centrale.

Le terme "sur le fossé (la douve)", présent dans les chroniques parlant de la cathédrale, concerne le fait qu’à traves toute la place, par la suite appelée Rouge, le long du mur du Kremlin, il existait à partir du XIVe siècle une douve de défense profonde et large, qui a été comblée en 1813.

La cathédrale avait une architecture originale: 9 églises distinctes ont été construites sur les mêmes fondations (le même soubassement), et sont reliées entre elles par des passages voûtés qui entourent l’église centrale. A l’extérieure, toutes les églises étaient initialement entourées par une galerie ouverte. L’église centrale se terminait par un haut tabernacle et les chapelles étaient délimitées par des arcs et surmontées de coupoles.

L’ensemble de la cathédrale est complétée par un clocher de trois tabernacles, dans les travées en arc desquels des grandes cloches étaient disposées.

Initialement, la cathédrale Saint-Basile était couronnée par huit grandes coupoles et une petite coupole au-dessus de l’église centrale. Afin de souligner l’importance des matériaux de construction, ainsi que de protéger la cathédrale des effets atmosphériques, tous ses murs extérieurs étaient peints dans les tons rouges et blancs. Le dessin imitait le maçonnage en briques. Le matériel du revêtement initial des coupoles demeure inconnu, car elles ont été détruites dans un incendie dévastateur en 1595.

La cathédrale a conservé sont aspect originel jusqu’en 1588. A l’époque, côté Nord-est, une dixième église a été construite au-dessus de la tombe de Basile le Bienheureux, qui passait beaucoup de temps près de la cathédrale en construction et a demandé d’être enterré près d’elle. Le célèbre fol en Christ de Moscou est décédé en 1557, et après sa canonisation, le fis d’Ivan le Terrible, Fedor, a ordonné d’ériger une église. Dans le sens architectural, elle représentait une cathédrale seule, sans piliers, avec une entrée séparée.

L’endroit de la découverte des reliques de Basile le Bienheureux a été marqué par la châsse d’argent, qui a été perdue pendant le Temps des troubles au début du XVIIe siècle. Les messes dans l’église du saint sont rapidement devenues quotidiennes, et à partir du XVIIe siècle, le nom de la chapelle s’étend progressivement à toute la cathédrale, acquérant son appellation "populaire": la cathédrale Basile le Bienheureux.

A la fin du XVIe siècle sont apparues les coupoles façonnées de la cathédrale pour remplacer le revêtement initial détruit dans l’incendie.

En 1672, côté Sud-est une onzième église a été construite au-dessus de la tombe de Jean le Bienheureux, enterré près de la cathédrale en 1589 et très vénéré à Moscou.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, l’apparence extérieure de la cathédrale a été radicalement modifiée. Les toitures en bois au-dessus de la galerie, qui brûlaient à chaque fois lors des incendies, ont été remplacées par un toit sur piliers de brique arqués. L’église Sainte-Théodose a été construite au-dessus du parvis de l’église Saint-Basile. Des pavillons voûtés installés sur les arcs dits "rampants" sont apparus au-dessus des escaliers de pierre blanche auparavant ouverts qui mènent à la galerie supérieure de la cathédrale.

La peinture décorative polychrome apparaît à la même période. Elle recouvre les pavillons construits, les colonnes de soutien, les murs extérieurs et les parapets des galeries. Les façades des églises sont toujours ornées d'un dessin imitant le maçonnage en briques. En 1683, toute la cathédrale a été entourée par une inscription carrelée le long de la corniche supérieure. Les grandes lettres jaunes sur un fond bleu-foncé des carreaux évoquaient l’histoire de la création de la cathédrale et de sa rénovation dans la seconde moitié du XVIIe siècle. L’inscription a été détruite un siècle plus tard au cours des travaux de restauration.

Dans les années 1680, le clocher a été reconstruit. A l’endroit de la construction ciel ouvert a été édifié un clocher à deux niveaux avec un étage supérieur ouvert pour sonner le carillon.

En 1737, pendant un terrible incendie, la cathédrale Saint-Basile a été gravement endommagée, notamment son église côté Sud. Les changements significatifs de sa peinture ont été réalisés pendant les réparations dans les années 1770-1780. Les autels des églises de bois, démolies pour empêcher les incendies sur la Place Rouge, ont été amenés dans la cathédrale, notamment sous ses arcs. A cette époque l’autel des Trois patriarches de Constantinople a été rebaptisé du nom de Jean le Miséricordieux, et l’église de Cyprien et de Justine a été rebaptisée du nom des saints Adrien et Nathalie (les appellations initiales des églises ont été redonnées dans les années 1920).

L’intérieur des églises est orné de sujets peints à l'huile représentant des saints et des scènes hagiographiques. Les peintures ont été restaurées en 1845-1848 et à la fin du XIXe siècle. A l’extérieur, la peinture des murs imite la maçonnerie en gros rochers: la "pierre sauvage." Les soubassements des arcs (l’étage inférieur non résidentiel) ont été faits et dans la partie Ouest ont été construites les chambres pour le clergé (les serviteurs de la cathédrale). Le clocher a été joint par une extension à la cathédrale. La partie supérieure de la chapelle Basile le Bienheureux (l’église Sainte-Théodose) a été reconstruite en sacristie: un dépôt des trésors religieux et des reliques.

En 1812, l’artillerie française a reçu l'ordre de détruire la cathédrale. Cependant, elle a seulement été pillée par l’armée de Napoléon. Mais juste après la guerre, elle a été réparée et sanctifiée. Le territoire situé autour de la cathédrale a été aménagé et entouré par une grille ajourée en fonte selon le projet du célèbre architecte Joseph Beauvais (Ossip Bové en russe).

A la fin du XIXe siècle, l'objectif de redonner à la cathédrale son aspect initial s’est imposé pour la première fois. La commission pour la restauration spécialement créée incluait des architectes célèbres, des scientifiques et des peintres qui ont déterminé les principaux axes d’étude et de restauration de la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge. Cependant, l’absence de moyens, la révolution d’Octobre et la période de chaos qui a suivi dans l’histoire de la Russie n’ont pas permis de mettre en œuvre le programme conçu.

En 1918, la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge a été l’une des premières à être placée sous la protection de l’Etat en tant que monument d’importance nationale et mondiale. A partir du 21 mai 1923, elle est ouverte aux visiteurs en tant que musée historique architectural. Mais les messes se tenaient dans la chapelle Basile le Bienheureux jusqu’en 1929.

En 1928, la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge est devenue une filiale du Musée historique d’Etat et elle l’est restée jusqu’à nos jours.

Dans les années 1920, des travaux importants de restauration ont été lancés. Ils ont permis de redonner à la cathédrale son aspect originel et de reconstituer les intérieurs du XVI-XVIIe siècles de certaines églises.

Depuis cette époque et jusqu’à aujourd’hui, quatre restaurations globales, dont les travaux architecturaux et artistiques, ont été réalisées. La peinture imitant les briques de l’époque du XVIe siècle a été restaurée à l’extérieur, ainsi que dans l’église de l’Intercession-de-la-Vierge et celle d’Alexandre Svirski.

Dans les années 1950-1960, des travaux de restauration sans précédent ont été réalisés: à l’intérieur de l’église centrale, une inscription sur le tabernacle a été découverte où les anciens architectes avaient indiqué la date exacte de la fin de la construction de la cathédrale: le 12 juillet 1561 (fête des saints Pierre et Paul); pour la première fois les revêtements des coupoles ont étaient refaits en cuivre. Le choix heureux du matériel a permis de conserver intacts les revêtements des coupoles à ce jour.

Dans les intérieurs de quatre églises, les iconostases presque intégralement composées d'icones des XVI-XVIIe siècles ont été reconstruites, dont les véritables chefs-d’œuvre de l’école de peinture d’icones de la Russie ancienne (la Trinité du XVIe siècle). Les icones du XVI-XVIIe siècles font la fierté de la cathédrale: la Vision du sacristain Tarassi, la Vie de Nikola Velikoretski, la Vie d’Alexandre Nevski, ainsi que les icones de l’iconostase originelle de l’église de l’Intercession-de-la-Vierge Basile le Grand et Jean Chrysostome. Les iconostases du XVIII-XIXe siècles ont été conservées dans les autres églises. Deux d’entre elles ont été transportées dans les années 1770 des cathédrales du Kremlin de Moscou (les cloisons de l’autel de l’église de l’Entrée du Seigneur à Jérusalem et celles dans l’église centrale).

Dans les années 1970, dans la galerie extérieure a été découverte une fresque du XVIIe siècle sous des inscriptions plus récentes. La peinture trouvée a servi de base pour la reconstitution de l’ornement initial sur les façades de la cathédrale.

L’année 1990 a été marquante dans l’histoire du musée: la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge a été inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO en Russie. Après une longue interruption, les messes ont repris dans l’église de l’Intercession-de-la-Vierge. A partir de l’année suivante, la cathédrale était conjointement utilisée par le Musée historique d’Etat et l’Eglise orthodoxe russe.

En 1997, la restauration de l’intérieur, des peintures murales et boisées, a été achevée dans l’église de Basile le Bienheureux, fermée depuis la fin des années 1920. L’église a été intégrée à l’exposition de la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge, et les messes y ont repris.

Les messes ont lieu dans la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge de l’Eglise orthodoxe russe: pendant les journées des principales fêtes (Intercession et Basile le Bienheureux) se tiennent les messes patriarcales ou épiscopales. Chaque dimanche, on lit un acathiste devant la châsse de Basile le Bienheureux.

En 2001-2011, sept églises ont été intégralement restaurées, les peintures de façades ont été refaites, ainsi qu’une partie de la peinture à la détrempe de la galerie intérieure. En 2007, la cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge a été nominée pour le concours Les Sept Merveilles de la Russie.

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La Cathédrale Saint Basile-le-bienheureux :



Basile le bienheureux, foll en Christ et thaumaturge...

Basile le Bienheureux, le plus célèbre des Saints Fous qui fleurirent en Russie, naquit en 1464 à Élokhov, village proche de Moscou, de pieux paysans, Jacques et Anne. Confié dès son enfance comme apprenti à un cordonnier, il menait une vie ascétique, priait constamment et manifesta dès lors les premiers signes de la grâce divine. Alors qu'il était âgé de seize ans, il se moqua un jour d'un marchand qui venait de commander une grande quantité de bottes neuves. Le client parti, son patron lui demanda avec insistance la raison de sa conduite. Le jeune garçon lui répondit qu'il était étrange de commander des bottes, en quantité suffisante pour de nombreuses années, alors que cet homme allait mourir le lendemain. Sa prophétie s'étant réalisée, Basile ne voulut plus rester chez son maître ni retourner chez ses parents, et il partit pour Moscou.

Perdu dans la foule tumultueuse de la cité, il embrassa l'ascèse de la folie simulée, de manière à communier pleinement à la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ tout en restant à l'abri des honneurs des hommes. N'ayant pas de domicile fixe, et pas même de cahute pour reposer sa tête, il vivait presque nu dans les rues et sur les places publiques, passait ses nuits en prière sous le porche des églises, et gardait au milieu de la foule un silence aussi parfait que les ermites au fond des déserts. Quand il était obligé de prendre la parole, il feignait de parler avec difficulté. Étranger à tout homme, ayant renoncé au monde et à ses attachements, il montrait cependant une immense compassion pour les malheureux, les malades et les opprimés. Ainsi il rendait souvent visite aux détenus d'une prison pour ivrognes, afin de les exhorter à la conversion. En un temps où régnaient l'horreur et l'oppression, la vie de Saint Basile était un vivant reproche pour les boïars corrompus et une consolation pour le peuple éprouvé. Presque toutes ces actions avaient un sens prophétique. C'est ainsi qu'à maintes reprises le Bienheureux jeta des pierres à l'angle des maisons de gens pieux; mais quand il passait devant la maison de ceux qui vivaient dans le péché, il embrassait le coin du mur. Quand on lui demanda le sens de cette conduite étrange, Basile répondit que dans les maisons où réside la sainteté, il n'y a pas de place pour les démons, et c'est pour cette raison que, les voyant à l'extérieur, il les chassait à coups de pierres. Par contre, en embrassant le coin des mauvaises maisons, il saluait les Anges qui restaient à l'extérieur, affligés de ne pouvoir y entrer. Au marché, il détruisait les étals des négociants malhonnêtes; et un jour où le tsar lui avait remis de l'argent, contrairement à son habitude, il n'alla pas le distribuer aux pauvres, mais à un marchand proprement vêtu qui, ayant perdu sa fortune, n'osait pas mendier et souffrait de la faim.

En 1521, alors que les Tatares, sous la conduite de Mehmet Hireï, menaçaient Moscou, Saint Basile priait devant les portes de la cathédrale de la Dormition en versant d'abondantes larmes pour le salut de sa patrie. On entendit alors dans l'église un bruit terrible, une flamme s'éleva et une voix venant de l'Icône de la Mère de Dieu de Vladimir annonça qu'elle délaisserait Moscou, à cause des péchés de ses habitants. Le Saint intensifia sa prière et la terrible apparition cessa. Mehmet Hireï, qui avait déjà incendié les faubourgs, fut alors repoussé par l'apparition d'une multitude de soldats, et il s'enfuit rapidement au-delà des frontières de la Russie.

Le tsar Ivan IV, dit le Terrible, aimait le Saint et lui témoignait une profonde admiration, ainsi que le Métropolite Saint Macaire (cf. 30 déc. suppl.). Une fois, invité au palais à l'occasion de l'anniversaire du souverain, le Bienheureux versa à trois reprises du vin par la fenêtre, disant au tsar qui l'avait interrogé avec irritation, qu'il était en train d'éteindre un incendie à Novgorod. Un peu plus tard, on vint annoncer qu'un grand incendie s'était effectivement déclaré à Novgorod, mais qu'il n'avait pu s'étendre car un homme étrange et sans vêtements arrosait les maisons en feu. Et les messagers reconnurent qu'il s'agissait de Basile en voyant l'homme de Dieu.

Une autre fois, en 1547, le Saint se mit à pleurer amèrement devant l'église du Monastère de l'Exaltation de la Croix, à l'endroit même où, peu après, se déclara le grand incendie qui dévasta Moscou. Quelque temps après ce sinistre, alors que le tsar assistait à la Divine Liturgie, le Bienheureux se tenait dans un coin et l'observait. Après la Liturgie, il dit au tsar: « Tu n'étais pas à l'église, mais quelque part ailleurs! » Le souverain protesta. Et Basile lui répliqua: «Tes paroles ne sont point véridiques. J'ai vu comme tu cheminais en pensée sur le Mont des Moineaux pour y construire ton nouveau palais! » Dès lors le souverain se mit à craindre le Saint et à lui montrer un respect encore plus grand; mais cette piété ne l'empêcha pas de manifester sa cruauté restée légendaire.

Saint Basile apparut aussi à des passagers d'un navire perse en détresse, et les sauva du naufrage. Et il accomplit encore quantité d'autres miracles pendant les soixante-douze années de son ministère de salut. Parvenu à l'âge de 88 ans, il tomba malade. Aussitôt avertis, l'empereur et sa famille se rendirent à son chevet pour solliciter ses prières. Pendant que Saint Basile prophétisait sur l'avenir du royaume, son visage rayonnait de lumière, car il contemplait une assemblée d'Anges qui étaient venus prendre son âme. Ravi en extase, il s'endormit dans la joie, le 2 août 1552. Toute la cité se remplit alors de parfum et une foule immense se rassembla pour ses funérailles. L'empereur et ses fils portèrent sur leurs épaules son corps jusqu'à l'église, où l'attendaient le Métropolite et ses Evêques. Sur son tombeau, qui était devenu une source de guérisons pour les fidèles éprouvés, non seulement de Moscou mais aussi des régions éloignées, on bâtit une église dédiée à la Protection de la Mère de Dieu, en commémoration de la prise de Kazan, église qui reçut ensuite le nom de Saint-Basile.

Comme les miracles du Saint ne cessaient de se multiplier, au temps de l'épiscopat de Saint Job, on procéda à la reconnaissance officielle de son culte (1588). Ce jour-là cent vingt malades retrouvèrent la santé devant les précieuses Reliques du Saint.

lien vers la source : http://www.maison-russie.fr/invites/icone/saints_fetes/textes/basile_bienheur_moscou.html

La Cathédrale

La cathédrale de Basile-le-Bienheureux fut construite sur l’ordre d’Ivan le Terrible entre 1555 et 1561 pour commémorer ses victoires sur la Horde d’Or (les Tatars). Le tsar prit la ville de Kazan après un long siège, le 1er octobre 1552, jour de la fête religieuse orthodoxe de l’Intercession de la Vierge. De là vient la première appellation de ce monument : cathédrale de l’Intercession-de-la-Vierge (Pokrovski sobor na rvou). Ivan le Terrible mettait ainsi fin à près de 300 ans d’occupation. La cathédrale prit le nom de Basile-le-Bienheureux après la construction d’une dixième chapelle sur la tombe de Vassili (Basilius), un simple d’esprit, qui aurait prédit la victoire d’Ivan le Terrible.


Au lendemain de la révolution d’Octobre de 1917, il y a une explosion d’athéisme : les cultes révolutionnaires, la fermeture et la destruction d’églises, d’objets du culte à St-Pétersbourg. La révolution continuera à provoquer des troubles et la destruction à Moscou (On a enregistré en octobre deux cent cas de saccage d’églises).

Depuis le 31 octobre 1917 la presse faisait état d’évènements horribles et de vandalisme à Moscou. La rumeur de pillage par les révolutionnaires de la cathédrale Saint-Basile se propage...

Le 2 novembre 1917, Lounatcharski apprend la destruction de la Cathédrale Saint-Basile. : "Je ne peux pas le supporter ! Je ne peux pas admettre la monstrueuse destruction de la beauté et de la tradition. Je viens d’apprendre, ce qui s’est passé à Moscou. Les cathédrales Saint-Basile et Ouspensky ont été détruites. Le Kremlin, où les trésors artistiques les plus importants de Pétrograd et de Moscou sont conservés, a été bombardé. Je suis impuissant à arrêter cette horreur. C’est pourquoi je donne ma démission du Sovnarkom . Lounatcharski. "

Il la retire le 4 novembre lorsqu’il apprend que la rumeur est infondée. Lénine comprenait mal que dans une époque révolutionnaire, on puisse s’attacher à la conservation du Kremlin : "Comment pouvez-vous attacher de l’importance à ces vieux bâtiments ... alors que nous sommes à la veille d’introduire un ordre social capable d’engendrer une beauté infiniment supérieure à ce que le peuple , dans le passé, ne pouvait qu’imaginer ? "


C’est ainsi que le 12 novembre 1917, un artiste comme Malévitch est nommé par Lounatcharski (son ami) le Commissaire pour la protection des valeurs du Kremlin !

Cet ensemble architectural plein de fantaisie et unique au monde est aujourd’hui la carte de visite de Moscou, comme la tour Eiffel est celle de Paris.

C’est en fait l’apothéose du style inspiré de l’architecture en bois. L’élément central de la cathédrale, haut de 57 m, est surmonté d’un toit en tente, tandis que les autres sont coiffés d’un dôme en forme d’oignon, dominé par de grandes croix dorées. Chacune d’eux présente une ornementation différentes : taillé en bossage, en diamants, décoré de stuc, de peintures brillantes ou de céramiques. Un plan rigoureux structure l’ensemble : il a la forme d’une croix grecque constituée d’une église centrale et de quatre chapelles orientées aux quatre points cardinaux, entre lesquels s’insèrent quatre autres chapelles plus petites.

Une légende dit que le tsar surveillait les travaux du haut de sa tour dans le kremlin et fit crever les yeux des architectes Barma et Postnik pour les empêcher de construire ailleurs le même chef d’œuvre... Une autre raconte que Barma et Postnik était un seul et même homme.




Le bâtiment, à l'origine connu sous le nom d'église de la Trinité a été consacrée le 12 Juillet 1561, puis élevé au statut de Sobor (la notion de Sobor s'apparente davantage à celle de basilique ecclésiastique catholique, mais elle est généralement traduite par: cathédrale). Selon la tradition orthodoxe une église de la Trinité se caractérise par un sanctuaire oriental dédiée au culte de la Sainte-Trinité, tandis que le sanctuaire central est dédiée à l'intercession de Marie. Ensemble, ces deux sanctuaires avec le sanctuaire à l'ouest dit de l'entrée à Jérusalem, constituent le principal axe Ouest-Est (le Christ, Marie, la Sainte-Trinité) de la cathédrale St Basile, tandis que les autres sanctuaires sont dédiés à des saints particuliers.

Aujourd'hui, l'attribution de la cathédrale en tant qu'église de la Trinité coexiste toujours au côté de celle de l'Intercession à la Vierge Marie. De la fin du 16e siècle à la fin du 17ème siècle, la cathédrale fût également appelée Jérusalem, en référence à son sanctuaire dédié à l'entrée dans Jérusalem. Enfin, le nom de St Vassili (Basile) le Bienheureux, qui est mort pendant la construction de l'édifice et a été enterré sur place, est attaché à la cathédrale depuis le début du 17ème siècle.
La tradition russe actuelle accepte deux dénominations pour la cathédrale. La dénomination officielle qui est : la cathédrale de l'Intercession sur la douve (nom complet: la cathédrale de l'Intercession de la Très Sainte Mère de Dieu sur la douve) et une dénomination plus populaire qui est : l'église de Basile le Bienheureux.


Conception et construction
Avant Ivan
Le site de la cathédrale fût historiquement, le lieu d'un marché situé précisément entre la porte du Saint-Sauveur du Kremlin et la banlieue de Moscou. Au centre du marché, une église dédiée à la Trinité existait déjà, construite en pierres blanches comme le Kremlin de Dmitri Donskoï (1366-1368) et ses nombreuses autres cathédrales (cathédrale de l'Assomption, cathédrale de la déposition de la robe).

Le Tsar Ivan IV qui célébrait chaque victoire de la Guerre Russo-Kazane par l'érection d'une église, décida d'érigé une église du souvenir en bois à côté des murs de celle déjà existante dédiée à la Trinité. A la fin de la campagne d'Astrakhan, le nouvel édifice s'est développé au point d'englober sept églises en bois. Selon le rapport sommaire issu de la Chronique du Nikon (patriarche de l'église orthodoxe russe), à l'automne de 1554 Ivan ordonna à nouveau, sur le même site, la construction d'une église supplémentaire, en bois, dédiée à l'Intercession. Un an plus tard Ivan ordonna, cette fois, la construction d'une cathédrale en pierre commémorant ses campagnes victorieuses en lieus et place de l'église en bois dédiée à la Trinité. La consécration d'une église en l'honneur d'une victoire militaire était «une innovation majeure» pour la Moscovie à cette époque. Le choix de situer l'église en dehors des murs du Kremlin était une déclaration politique délibérée en faveur des roturiers Possad et contre les boyards héréditaires.
Selon le patriarche de l'époque le nouveau bâtiment n'a clairement pas encore reçu le statut de Sobor (cathédrale) mais bel et bien celui d'église de la Trinité:
"Совершено О Троицы на рву в Москве. В том же году, по воле князя и Господь великого царя Ивана и начал делать Церкви, как и обещал за взятие Казани: Троицы и заступничества и семь святилищ, также называемое "лопастей." А была строителем Барма с обществом ".
Traduction google ( très aléatoire) :
" De la Trinité sur la douve à Moscou. Dans la même année, par la volonté du prince et seigneur tsar et grand Ivan a commencé à faire de l'église se sont engagés, comme il l'a promis pour la prise de Kazan: Trinity et d'intercession et sept sanctuaires, également invité «les douves». Et le constructeur était Barma avec la société. "


Les origines architecturales de la cathédrale
La cathédrale est d'une conception sans précédent et l'on n'en retrouve aucune d'analogue dans l'histoire de l'architecture sacrée, y compris dans la tradition culturelle byzantine. Les sources qui ont inspiré Barma et Postnik sont contestées. Eugène Viollet-le-Duc a rejeté les racines européennes de la cathédrale. D'après lui, son arche en encorbellement étaient byzantin et asiatique. Une hypothèse "asiatique" récente considère que St Basile-le-bienheureux serait la recréation sous forme de cathédrale de la mosquée Qolsharif , qui fût détruite par les troupes russes après le siège de Kazan. Cette hypothèse reste cependant très controversée.
En réalité St Basile associe différentes composantes appartenant à d'autres cathédrales connues. On y retrouve des influences liées au clocher d'Ivan le Terrible qui se trouve au Kremlin. De nombreuses similitudes se font jour avec la tente centrale de l'Église de l'Ascension à Kolomenskoye (1530); la forme cylindrique de Saint-Basile est à mettre en relation avec celle de l'Eglise de la décapitation de Jean le Baptiste située à Diakovo (1547).
Dmitry Shvidkovsky (historien en architecture russe) suggère que les formes «improbables» de la cathédrale de l'Intercession et de l'Église de l'Ascension à Kolomenskoye manifestent une renaissance nationale émergente, mêlant des éléments précédemment moscovites à l'influence de la Renaissance italienne. Un important groupe d'architectes et d'artisans italiens ont travaillé en permanence à Moscou entre 1474 et 1539. On y retrouvait également de nombreux réfugiés grecs arrivés dans la ville après la chute de Constantinople. Ces deux groupes, selon Shvidkovsky, ont aidé les dirigeants de Moscou à forger la doctrine de la Troisième Rome qui, à son tour, a favorisé l'assimilation de la culture contemporaine grecque et italienne en Russie. Shvidkovsky note la ressemblance de Plan entre la cathédrale et des concepts italiens énoncés par Antonio da Sangallo le Jeune et Donato Bramante. La filiation la plus troublante émanerait du "Trattato di architetturamais de Filarete. D'autres chercheurs de Russie ont noté une ressemblance avec des croquis de Leonardo da Vinci, bien qu'il n'était pas contemporain du Moscou d'Ivan.


Selon Andrey Batalov, St Basile a probablement été construit par des artisans allemands. Batalov et Shvidkovsky notent que sous le règne d'Ivan, allemands et anglais remplacent les italiens, même si, en réalité, l'influence allemande a atteint son sommet plus tard, sous le règne de Michel Ier Romanov. La thèse de l'influence allemande est indirectement soutenue par les pilastres rustiques de l'église centrale, un aspect le plus communément propre à l'Europe du Nord contemporaine qu'à l'Italie.

L'édition 1983 du traité académique d'architecture des monuments moscovites prône un juste milieu quant aux diverses origines de St Basile le bienheureux : la cathédrale est, très probablement, un produit de l'interaction complexe de traditions distinctes russes de l'architecture en bois et en pierre, avec quelques éléments empruntés aux œuvres d'italiens présents à Moscou à l'époque. Plus précisément, le style de briques dans les voûtes serait italien.

Au lieu de suivre littéralement les directives d'Ivan qui désirait sept églises autour du noyau central correspondant aux sept victoires militaires de la guerre contre les Tatars que la cathédrale devait célébrer, les architectes d'Ivan ont opté pour un plan d'étage symétrique de huit églises autour du noyau. Le but des architectes fût de produire un plan logique. Le noyau central et les quatre grandes églises situées aux quatre points cardinaux sont octogonaux. Les quatre églises plus petites, situées en diagonales par rapport au noyau central sont cuboïdes bien que leur forme soit à peine visible à cause de toutes les adjonctions architecturales ultérieures qu'a subi le bâtiment. Les églises plus grandes constituent une somme fermement ancrée sur leurs bases massives tandis que les plus petites ont été placés sur une estrade, comme si elles planaient au-dessus du sol.


Bien que les églises secondaires soient disposées symétriquement, la cathédrale dans son ensemble n'est pas a proprement parlé construite selon une symétrie parfaite. L'église centrale, plus importante, a été délibérément décalée à l'ouest du centre géométrique des églises qui se situent sur ses côtés pour accueillir de plus grandes absides sur la partie orientale. Par ce subtil calcul un étrange décalage se forme sur le plan visuel entre l'asymétrie du nord et du sud qui présentent un complexe multi-axiale de formes, tandis que la façade ouest, en face du Kremlin, apparaît bien symétrique et monolithique. L'impression d'unité de la façade ouest est renforcée par la forteresse en mâchicoulis stylisés et par la corniche en saillie de l'église de l'Ouest dite de l'entrée à Jérusalem.
L'intérieur de la cathédrale est un labyrinthe de couloirs étroits, voûtés en cylindres verticaux. Le plus grand, dans l'église de l'Intercession centrale s'élève à 46 mètres de haut pour une superficie totale de seulement 64 mètres carrés. Néanmoins, il est plus large et plus «aérée» que l'église de Kolomenskoye avec ses murs très épais. Les couloirs fonctionnent comme des parvis intérieurs. Le corridor ouest, orné d'un plafond plat, double le narthex.



Les plans de la fin du 16e et du début du 17ème siècle décrivent une structure simple, composée de trois tentes de toits, très probablement couvertes de tôle métallique. Aucun bâtiment de ce type n'a survécu à ce jour, bien qu'ils étaient alors communément utilisé à l'époque.

Les fondations de la cathédrale de l'Intercession de la Vierge, conformément aux méthodes de construction employées pour la ville médiévale de Moscou, ont été édifiées en pierres blanches, tandis que les églises ont été bâties en brique rouge (28 × 14 × 8 centimètres). La brique constituait un matériau relativement nouveau dans la Russie du Moyen-Âge (le premier bâtiment de brique présent à Moscou, le mur d'enceinte du Kremlin, a été érigé en 1485).
Des enquêtes sur la structure des fondations ont montré que le niveau du sous-sol est parfaitement aligné, ce qui indique un usage professionnel du dessin et de la mesure. Cependant, à chaque niveau d'élévation de la construction, l'érection de l'édifice devient de moins en moins régulier. Les restaurateurs qui ont remplacé les pièces de maçonnerie originales dans les années 1954-1955 ont découvert que les murs de briques dissimulaient une armature en bois interne utilisant toute la hauteur de l'église. Ce cadre, constitué de poteaux étroits solidement liés, a été érigé comme une ossature couvrant l'intégralité de la grandeur spatiale de la future cathédrale et s'est progressivement fondu dans la maçonnerie solide au fur et à mesure de la construction.


Les bâtisseurs, fascinés par la flexibilité de la nouvelle technologie que constituait la brique, l'ont utilisé comme moyen de décoration aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. A l'endroit même où la construction nécessitait des murs de pierres, ceux-ci ont été systématiquement décorés avec un motif en brique peint sur du stuc. Une grande nouveauté introduite par la cathédrale a été l'utilisation de moyens strictement architecturaux pour assurer la décoration extérieure. Les sculptures et les symboles sacrés précédemment employés par l'architecture russe, ont complètement disparu de l'édifice et, à la place, la cathédrale bénéficie d'une diversité nouvelle et étonnante d'éléments architecturaux en trois dimensions exécutées en briques. Des ornements floraux ont été ajouté bien après sa construction.
La cathédrale a acquis ses couleurs vives d'aujourd'hui en plusieurs étapes à partir de 1680 et jusqu'à 1848. L'attitude des Russes vis à vis de la couleur au 17ème siècle change radicalement en faveur de couleurs vives. L'art de l'icône et l'art mural ont connu, durant ce siècle, une croissance explosive du nombre de couleurs disponibles, du nombre de colorants exploités et une démultiplication exponentielle de leurs combinaisons. Les couleurs d'origine, disparues au grès de ces innovations, était beaucoup moins criardes.Les couleurs actuelles sont en analogie avec le livre de l'Apocalypse.

En ajoutant huit coupoles petits oignons autour de la tente centrale, quatre autour de l'église côté ouest et quatre autres côté sud, les bâtisseurs ont créé une église avec vingt-cinq écus d'or. Les dômes, recouverts d'étain, étaient, à l'origine, uniformément dorés, créant un ensemble brillant. Toutefois la dorure était combinée avec des teintes de couleurs. Traditionnellement de blanc, de rouge et d'or. L'utilisation modérée d'inserts vert et bleu en céramique a fourni une touche arc-en-ciel au faîtage selon les prescriptions de la Bible.

Alors que les historiens s'accordent sur la couleur des dômes du 16ème siècle, leur forme est contestée. Boris Eding écrit que l'hypothèse la plus probable est que les dômes d'origine avaient la même forme en "oignons" que les dômes d'aujourd'hui. Cependant, les deux églises de Kolomenskoye et de Diakovo qui ont inspiré St Basile ont des dômes hémisphériques aplanis. Le même type de dôme pourraient avoir été utilisés par Barma et Postnik avant d'être ultérieurement modifiés pour revêtir la forme actuelle.
Le jour de la consécration de la cathédrale, celle-ci devint le lieu d'une manifestation de thaumaturgie divine. Selon la légende, son neuvième sanctuaire manquant aurait été "miraculeusement trouvé" lors de la cérémonie en présence du tsar Ivan, du Metropolite Makarius et sous l'ingérence divine de saint Nicolas. Le chroniqueur Piskaryov's écrivit dans le deuxième quart du 17e siècle:

"Et le tsar vint au dévouement de ladite église avec la tsarine Nastasia et avec le père métropolitain Makarius et il y déposa l'icône de Nicholas qui venait de Viatka. Et il bénit l'église par une prière et l'eau sanctifiée. Et le tsar toucha la base de l'église de ses propres mains. Et on vit apparaître les bâtisseurs d'un autre sanctuaire. Et le tsar, et les métropolites, et tout le clergé furent surpris de constater la présence d'un autre sanctuaire. Et le tsar ordonna de le dédier à Nicolas ..."

La construction en 1680 d'arcades enveloppant chaque étage permet de réunir visuellement les neuf sanctuaires de la cathédrale d'origine en un seul bâtiment. De face on perçoit les neuf sanctuaires distincts comme faisant partie d'un socle commun. La volonté exprimée par les bâtisseurs était de créé une allégorie de la Cité céleste orthodoxe similaire aux villes fantastiques des miniatures médiévales. En revanche, de loin, les églises séparées dominant leur base, ressemblent à des tours et à des cathédrales d'une citadelle lointaine s'élevant au-dessus du mur défensif. L'allégorie désirée a été renforcée par les rituels de la vie religieuse, où la cathédrale a toujours joué le rôle de la Bible du Temple à Jérusalem.