Tombée sous le charme de la pointe des Poulains, la tragédienne passa ses étés à Belle-Ile-en-Mer, entourée d’amis, et fit de nombreux émules parmi les gens de théâtre.
Une pancarte à l’entrée du site annonce la couleur: «Vous rêviez de sensations fortes, de rochers noirs battus par les vagues et les vents? Vous les aurez! Vous avez envie de pelouses fleuries comme des jardins et d’une tranquillité à peine troublée par les cris des oiseaux de mer? Vous les aurez aussi.»
Bienvenue chez Sarah Bernhardt à la pointe des Poulains, site sauvage de Belle-Ile-en-Mer.
En s’y promenant avec des amis en août 1894, l’actrice vit l’écriteau «A vendre» sur un fort désaffecté et humide.
Et s’écria «J’achète!»
Ce n’était pas une lubie.
La tragédienne la plus célèbre de son temps passa à la pointe de l’île la plupart de ses étés, après avoir retapé le fort à grands frais et percé des fenêtres.
Abandonné par l’armée française un quart de siècle auparavant, il servait de remise aux pêcheurs de l’île. Elle aménagea un jardin, faisant arracher la bruyère (par superstition probablement), planter du gazon anglais et un figuier qu’elle appela Joseph.
Par la suite, l’actrice fit construire non loin la villa Lysiane (le prénom de sa petite-fille) et la villa Les Cinq Parties du monde pour sa famille et ses nombreux amis – la dame ne se déplaçait pas sans une théorie de fidèles, dont la peintre Louise Abbéma, dite «le vieux général japonais».
Des siestes à l’abri des tamaris
Quand le manoir de Penhoët, trop proche de chez elle à son goût, fut à vendre, elle l’acheta aussi et lui adjoignit un atelier pour son ami «Jojotte», le peintre Georges Clairin, qui lui avait fait découvrir Belle-Ile. Le manoir étant plus confortable, Sarah Bernhardt délaissa le fort mais aimait se promener jusqu’à la pointe, là où les vaguelettes de l’étroite plage, venant de deux côtés, se donnent le bonjour.
Dans «La Grande Sarah, souvenirs», un livre paru en 1930, désormais introuvable, le compositeur Reynaldo Hahn évoque «la lande mauve et dorée». Hahn, comme tant d’autres (Lysiane, Louis Verneuil, Marie Colombier...), a raconté les étés de Belle-Ile ponctués par les siestes au «sarathorium», allongés sur des chaises longues, à l’abri des tamaris. Le silence y est de rigueur, affirme la tragédienne à un magazine féminin; ça jacassait ferme, se souvient le sarcastique Reynaldo.
Les soirées étaient festives, tapissées d’histoires abracadabrantesques comme celle de ce boa qui, après avoir dormi des années, se serait réveillé dans le salon, l’actrice lui réglant son compte d’un coup de revolver – anecdote douteuse. Les Bellilois traversaient souvent l’île pour voir cette curiosité (l’actrice, pas le boa).
A tel point que «Sarah barnum» fit élever un mur qui, en partie, existe toujours.
Petit îlot coupé de Belle-île à marée haute, la pointe des poulains offre un panorama grandiose où l'on peut voir Groix, Lorient et toute la baie de Quiberon
Gala pour les pêcheurs
Pour Sarah Bernhardt, aller à Belle-Ile, c’était «rompre avec les paillettes et se confronter à la vérité de la nature», juge Nicolas Tafoiry, le jeune conservateur de la citadelle de Palais, magnifiée par Vauban, la première chose que l’on voit lorsque le bateau venu de Quiberon s’approche du rivage.
En réorganisant le musée, il a consacré une salle à l’actrice. On y voit, sur un imposant carton à chapeau, le visage de «Sarah en colère» peint par Jojotte. Tafoiry s’apprête à publier un livre sur la tragédienne. Louis-Charles Garans vient de sortir le sien. Situationniste de la première heure, il a épousé une Belliloise rencontrée à Saint-Germain-des-Prés. Le couple, qui avait déjà cinq enfants, s’est installé à Palais en 1965. Guy Debord est venu à Belle-Ile voir ses potes. Cinq autres enfants plus tard, Garans avait fondé «La Gazette de Belle-Ile» (la publication en est à son 392e numéro) qui, à chaque livraison, ne manque pas d’évoquer la fameuse actrice.
Peu de temps avant sa mort, Sarah Bernhardt céda ses propriétés de Belle-Ile, où elle avait un temps songé à dresser son caveau. Quand on l’enterra au Père Lachaise, le 29 mars 1923, une délégation de Bellilois vint au fort lui rendre hommage. Il y avait là les maires de trois des quatre villages de l’île, un pâtissier, un huissier, un patron pêcheur et d’autres encore.
L’actrice n’avait pas toujours eu de bons rapports avec les pêcheurs, auxquels elle avait interdit de s’approcher de la pointe des Poulains. Mais quand une tempête ruina ces derniers en 1911, elle organisa à leur profit une «matinée de gala», une sorte de télésardine, ancêtre du Téléthon.
Sentiers côtiers
Après sa mort, le domaine de 42 hectares passa donc de main en main. En 1943, les Allemands bombardèrent le manoir; il n’en reste rien. Monsieur Larquetoux, le dernier propriétaire (il avait fait fortune dans le béton précontraint) possédait aussi la citadelle de Palais. Sa veuve a récemment tout vendu: la citadelle à une firme hôtelière de luxe, et le domaine de Sarah Bernhardt au Conservatoire du littoral, qui le gère avec la communauté de communes de Belle-Ile. Depuis longtemps, le fort était redevenu une bâtisse fantôme.
Les nouveaux propriétaires souhaitent «réhabiliter» ces édifices en ruine et «revégétaliser» un site piétiné chaque année par des milliers de visiteurs. Les sentiers côtiers sont déjà aménagés, donnant accès aux bancs (restaurés) de ciment en arc de cercle sur lesquels l’actrice aimait s’asseoir pour tutoyer le furieux paysage; les véhicules sont désormais cantonnés sur un parking donnant accès à la villa Lysiane, bientôt transformée en boutique et lieu d’accueil.
Le fort et la seconde villa, actuellement en travaux, abriteront des expositions consacrées à l’actrice. Ouverture prévue l’été prochain. S’il était illusoire de vouloir reconstituer les intérieurs extravagants à l’identique, on peut regretter qu’un projet, plus opportun, de résidence d’artistes ait été abandonné.
Monet, Matisse et les autres
Sarah Bernhardt ne fut pas la première artiste à tomber sous le charme de Belle-Ile. Avant de venir chez son amie, Reynaldo Hahn était descendu, à deux pas du débarcadère, à l’hôtel Atlantic (aujourd’hui Atlantique) avec Marcel Proust. Claude Monet, fasciné par les falaises de Port Coton, y avait peint 39 toiles. Matisse, Vasarely, Alechinsky et bien d’autres suivront. Mais l’actrice fut la première à y acquérir une résidence secondaire. Depuis, nombreux sont les gens de théâtre qui ont acheté: Arletty, Catherine de Seyne, Klaus Grüber, Alain Crombecque...
La retraite venue, certains y vivent à demeure. C’est le cas de Cécile Fraenkel, dernière secrétaire de Jean Vilar au TNP avant de devenir celle d’Antoine Vitez à Chaillot. C’est l’actrice Luce Mélite qui l’avait entraînée là, laquelle avait entendu parler de Belle-Ile par Peter Brook. Elles étaient descendues à l’hôtel de l’Apothicairerie, là même où Sarah Bernhardt avait déjeuné avant de découvrir la pointe des Poulains. Un établissement légendaire, aujourd’hui détruit et remplacé par un méchant hôtel de luxe aussi avenant qu’un blockhaus.
«J’ai tout lâché pour vivre ici, dit Cécile Fraenkel. Dès que je descends du bateau, je me sens bien.» Pourquoi? Sa réponse tient en deux mots: «L’infini, la solitude.» La grande actrice ne disait pas autre chose.
Roger Blin, le metteur en scène mythique de «En attendant Godot», fit un jour une promenade avec une amie à la recherche de la «cabane de Pascale» (l’actrice Pascale de Boysson), la compagne (disparue) de Laurent Terzieff. Parti de Port Coton, Blin marcha vers la plage de Donnant. Et tomba, par hasard, sur la cabane.
Elle est toujours là. Nichée au creux d’un plateau donnant sur la mer au loin. Un spartiate parallélépipède en pierre. Les volets au bleu caillé sont fermés. L’actrice vivait là, sans eau ni électricité. Seule face à l’infini. Le rêve secret de Sarah Bernhardt, c’est elle qui l’avait humblement accompli. Cette maison-là n’est pas à vendre.
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"Il faut haïr très peu, car c'est très fatigant. Il faut mépriser beaucoup, pardonner souvent, mais ne jamais oublier".
Henriette Rosine Bernhardt est née le 22 octobre 1844 à Paris. Sa mère, une courtisane d'origine hollandaise, confie très tôt l'enfant à une nurse, en Bretagne. Sarah y reçoit peu de visites de ses parents. A l’âge de sept ans, elle est placée en pension avant d’entrer au couvent des Grands-Champs, à Versailles. L'adolescente apprécie cette existence de recluse et la chaleur de la vie en communauté parmi les religieuses, à tel point qu’elle songe bientôt à prendre le voile. En 1858 cependant, lors de la visite effectuée au couvent par l’archevêque de Paris, son interprétation de l’ange Raphaël dans une pièce de théâtre écrite par une des sœurs en l’honneur du prélat est remarquée.
Le comte de Morny, haut dignitaire du Second Empire et ami de sa mère, lui suggère de décider Sarah à se lancer dans une carrière d'artiste. En 1859, celle-ci entre au Conservatoire après avoir fait le choix incongru, lors de l'épreuve d'admission, de réciter Les Deux Pigeons, une fable de La Fontaine. Cependant, son apprentissage de l’art de la comédie ne s’effectue pas sans heurts avec ses professeurs. Enfin, en 1851, Sarah obtient le second prix de tragédie grâce à son interprétation de Zaïre, une œuvre de Voltaire. L'année suivante, un premier accessit de comédie lui est également décerné.
Avec l’appui de Camille Doucet, ministre des Beaux-Arts à l’époque, Sarah Bernhardt entre en 1862 à la Comédie Française. L'actrice débute sur les planches le 1er septembre lors d'une représentation d'Iphigénie de Racine. Elle quitte cependant l’institution l’année suivante, après avoir giflé une autre actrice … Sarah Bernhardt s’essaie alors dans des œuvres plus légères de vaudeville au Théâtre du Gymnase. Elle connaît bientôt le succès en 1869 au théâtre de l’Odéon en interprétant le rôle de Zanetto dans Le Passant, une pièce de François Coppée. Les succès se suivent alors. L’actrice brille de nouveau dans une œuvre de Racine, Phèdre, puis dans Hernani de Victor Hugo. Ruy Blas du même auteur, joué quelques temps plus tard, lui assure son premier triomphe parisien grâce à sa prestation dans le rôle de la reine d’Espagne.
Les multiples idylles de la comédienne avec les hommes en vue du tout-Paris alimentent alors les chroniques. De ses liaisons amoureuses naît le 22 décembre 1864 un fils unique, Maurice. Afin de préserver son indépendance, Sarah Bernhardt choisit pourtant le célibat et l'indépendance. Pendant le siège de Paris, elle se dévoue auprès des blessés. En 1872, la comédienne quitte l’Odéon et est bientôt de retour au sein de la Comédie française. Elle devient sociétaire de l'institution en 1875. Pourtant Sarah Bernhardt se heurte au directeur de l’époque, Émile Perrin. Celui-ci ne parvient qu'à grand peine à s'imposer auprès de l’actrice qui multiplie les caprices. Son statut de vedette de la scène parisienne lui autorise d’ailleurs quelques excès. Émile Perrin n'accorde bientôt plus à l'actrice que des rôles secondaires. La mort d’une de ses sœurs, Régina, affecte alors profondément Sarah Bernhardt. Elle connaît une crise morale. La comédienne prend l’habitude à cette époque de sommeiller dans un cercueil pour se rappeler la fatalité de son destin de mortel au delà de l'illusion que lui procure la gloire.
La Comédie française commence alors une tournée outre-Manche. Celle-ci connaît un franc succès. Sarah Bernhardt est plébiscitée par le public anglais. De retour à Paris, elle doit pourtant subir à nouveau les assauts de la critique. Celle-ci atteint son paroxysme au moment où Sarah doit interpréter Clorinde dans L’Aventurière d’Émile Augier. Ce rôle antipathique ne lui convient guère et la prestation de l'actrice lors de la première est décevante. Elle décide, le 17 avril 1880, de quitter définitivement l’institution. Le 15 octobre suivant, Sarah Bernhardt part pour une nouvelle tournée à l’étranger, aux États-Unis cette fois-ci puis en Russie et dans le reste de l’Europe l’année suivante. A son retour en 1882, elle se marie avec un aristocrate grec, Ambroise Aristide Ramala. Le couple se séparera l’année suivante.
Libérée alors des contraintes précédentes, elle se lance dans l’interprétation de rôles tels que La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils ou Adrienne Lecouvreur d’Augustin Eugène. Ceux-ci lui permettent d’affirmer son jeu d’actrice. Ils laissent place à davantage de féminité et de fantaisie. La sensualité de sa voix et la grâce de son jeu de scène fascine alors les foules. Sarah Bernhardt, adulée, devient une star. Dans les années qui suivent, la comédienne collabore avec un écrivain, Victorien Sardou. Le duo multiplie les drames historiques à succès : Fédora en 1882 au Vaudeville, Théodora en 1884 puis La Tosca en 1887 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin dont elle prend la direction. Jeanne d’Arc de Jules Barbier en 1890 puis Cléopâtre également de Victorien Sardou lui apportent également le succès.
En 1893, Sarah Bernhardt devient la directrice du Théâtre de la Renaissance. Elle crée alors La Princesse lointaine d’Edmond Rostand en 1895 puis Lorenzaccio d’Alfred de Musset, La Samaritaine également d’Edmond Rostand en 1897 et enfin La Ville morte de Gabriele d’Annunzio en 1898. La même année, la comédienne obtient de la mairie de Paris le bail du théâtre des Nations, auquel elle donne bientôt son nom. Elle y joue Hamlet de Shakespeare en 1899. Sarah Bernhardt créée aussiL’Aiglon le 15 mars 1900, une pièce écrite pour elle par Edmond Rostand et pour laquelle elle sacrifie sa chevelure afin de jouer le rôle du duc de Reichstadt. Elle reprend ensuite Angelo en 1905 puis Lucrèce Borgia de Victor Hugo en 1911.
Grand admirateur et ami intime de Sarah Bernhardt, Georges Clairin possède dans sa maison de Belle-Ile-en-Mer un atelier. Il réalisera de nombreux portraits de l’actrice d'une réelle finesse et d'une grande poésie, dont le célèbre « Portrait de Sarah Bernhardt », exposé en 1876 à Paris au Petit-Palais.
Depuis quelques années, la comédienne participe à l’aventure nouvelle du cinéma muet en reprenant quelques uns de ses succès devant la caméra. L’actrice reçoit la Légion d’honneur le 14 janvier 1914. Elle est amputée d’une jambe en février 1915. Sarah Bernhardt décède à Paris le 26 mars 1923. Celle qui fut la première des stars n’est pas jugée digne des funérailles nationales. Cependant 30.000 Parisiens viennent se recueillir devant son cercueil dans son hôtel du boulevard Pereire. De nombreuses personnalités se retrouvent dans le cortège funèbre qui parcourt les rues de la capitale trois jours plus tard. Celle que l’on surnomme "la Divine" était parvenue grâce à son talent et malgré les frasques de son existence à donner de la respectabilité à la profession de comédienne.
Sa maison à Belle Ile en Mer.
Belle-Ile-en-Mer, la pointe des Poulains, son phare.
Réhabilités, le fort et la maison proposent un voyage poignant et drôle dans la vie de la tragédienne. Une évocation unique en France.
"La première fois que je vis Belle-Île, je la vis comme un havre, un paradis, un refuge. J'y découvris à l'extrémité la plus venteuse un fort, un endroit spécialement inaccessible, spécialement inhabitable, spécialement inconfortable. et qui, par conséquent, m'enchanta".
Tombée amoureuse de Belle-Île , Sarah Bernhardt a passé vingt-neuf étés à l'extrême nord-ouest de l'île dans un ancien
1894, Sarah Bernhardt a le coup de foudre pour la pointe des Poulains, site sauvage à la proue de Belle-Ile-en-Mer, dans le Morbihan. La tragédienne achète en une heure le sombre fortin qui s'y trouve. Dès 1896, elle y passe ses étés, entourée de sa famille, de ses amis et de ses animaux.
La propriété de Sarah Bernhardt,achetée en 1894, après sa première visite de l’île. Une nature maîtrisée (jardins, haies de tamaris), un fort transformé en résidence secondaire avec de larges ouvertures. En arrière-plan, l’îlot et le phare des Poulains mis en service en 1867 (carte postale du début du XXe siècle: «Belle-Île-en-Mer. Le Fort de Sarah Bernhardt, vue prise de la Terrasse». N.D. n°23)
La vie de la divine à Belle-Ile, du coup de foudre de 1894 jusqu'à la vente en 1922, quelques mois avant sa mort, avec notamment l'arrivée en grande pompe chaque mois de juin : après plusieurs heures de train et de traversée, l'équipée débarquait à Palais ou directement à la pointe des Poulains. Sarah, sa robe blanche et son grand chapeau ; près d'elle, son secrétaire, Georges Pitou ; sa dame de compagnie Suzanne Seylor ; ses amis, artistes, peintres ; sa famille bien sûr. Dans ses bagages, des compagnons des plus étranges : un singe, un boa, et le crocodile qui dévora Hamlet, l'un des chiens et finit empaillé au-dessus de sa chambre.
La partie orientale de la propriété de Sarah Bernhardt, avec le manoir de Penhoët acheté en 1909. Sarah Bernhardt décide de s’y installer, car le château est plus vaste et plus confortable. Il a été détruit en 1944 par les Allemands (collection particulière).
La vie à Belle-Ile est douce et animée. On y pêche, on y cuisine, on se dore au soleil. On reçoit, beaucoup. Des invités prestigieux, parmi lesquels le roi Édouard VII d'Angleterre. Excentrique, elle fit creuser des bassins et apporter des grenouilles du continent pour les entendre croasser à la nuit tombée. Mais ne croyez pas que Sarah Bernhardt et les siens s'isolent des Belle-Ilois. La "Bonne dame de Penhoët", comme l'appelle affectueusement la population, est sensible aux difficultés des habitants. Elle finance même une boulangerie coopérative.
En 1944, les Allemands raseront le manoir de Penhoët qu'elle avait acquis. Les uns disent que c'est parce qu'il constituait un point stratégique par rapport à la poche de Lorient. Les autres penchent plutôt pour une vengeance, car la dame affichait sa germanophobie et se prétendait juive, bien qu'ayant été baptisée dans la religion catholique.
La tragédienne, qui a marqué l'histoire du théâtre par ses interprétations et sa forte personnalité, aimait "venir chaque année dans cette île pittoresque, goûter tout le charme de sa beauté sauvage et grandiose". Elle y puisait, "sous son ciel vivifiant et reposant, de nouvelles forces artistiques". Malgré la souffrance et l'amputation d'une jambe, en 1915.
Photo aérienne de la pointe des Poulains dans les années 1990. Au premier plan, l’ancienne propriété de Sarah Bernhardt fermée au public, la villa des «Cinq Parties du Monde», le fortin et le parc à l’abandon. Sur la pointe, on observe une aire de stationnement pour les autocars au-dessus de la plage. Au deuxième plan, le rocher du Chien et l’îlot des Poulains avec le phare accessible à marée basse par un tombolo. La multiplication des chemins d’accès à l’îlot et l’érosion des sols résultent d’une fréquentation touristique diffuse et mobile car il s’agit d’un point de vue. Les visiteurs essaient d’épuiser toutes les possibilités de vision sur l’îlot (Inventaire Bretagne DRAC, Artur/Lambart, 1998).
Le fortin, ce bâtiment dont Sarah Bernhardt s'éprit et où elle fit entrer la lumière en creusant de vastes baies et qu'elle transforma en une chaleureuse résidence. "Le fort de Belle-Ile fut un des endroits les plus exquis de mon existence. Et un des plus confortables, moralement parlant", disait-elle.
Sarah Bernhardt à Belle-île, appuyée sur un rocher, 1904
Car pour expliquer sa passion pour la pointe des Poulains, Sarah Bernhardt la décrivait ainsi: "De l'horizon à perte de vue, et du ciel à perte de vue".
Elle voulait reposer dans sa chère île, face à la mer comme Chateaubriand sur son Grand Bé, mais c'est au Père Lachaise qu'elle est enterrée depuis 1923. Mais sans nul doute son âme flotte à jamais sur Belle-Ile et la pointe des Poulains.
Zoellick est un artiste contemporain russe reconnu maître aquarelliste.
Les ouvres de l'artiste sont reconnaissables: un personnage solitaire, 'un homme sous un parapluie, un musicien avec un violon, un passant près de la voiture rétro représente le centre psychologique de la composition des paysages urbains.
La solitude dans la ville....
Les œuvres du maître sont conservés dans les collections de Kharkov, Donetsk, Kramatorsk, et dans des collections privées en Europe, en Amérique et en Asie.
Depuis le 12 mai et jusqu’au 2 octobre 2011, la ville de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) et son musée des Années Trente (M-A30) consacrent, pour la première fois en France une exposition aux femmes sculpteurs du XVIIIe siècle à nos jours à laquelle Yoplait est heureux de s’associer en tant que mécène.
L’exposition présente 90 sculptrices emblématiques – comme Camille Claudel, Niki de Saint Phalle ou Louise Bourgeois et des artistes contemporaines telle que Claude Lalanne, Gloria Friedmann ou ORLAN – à travers une centaine de chefs d’œuvre.
Première étape d’une reconnaissance artistique, l’exhaustivité de la sélection “permet de donner une meilleure lisibilité à la création artistique. La sculpture a longtemps été considérée comme une activité éminemment masculine alors que la peinture, sensée être plus simple, pouvait être le fait de femmes” indique la commissaire Anne Rivière qui va publier un dictionnaire dédié aux femmes sculpteurs.
Les oeuvres, issues pour partie de la collection du M-A30, et pour partie de collections publiques de grands musées français et de plusieurs collections privées, seront présentées à travers différentes sections comme les autoportraits et portraits, les allégories de la sculpture, la sculpture d’histoire, l’art animalier, ainsi que les installations et les nouvelles formes de la sculpture contemporaine.
L’exposition est accessible du mardi au dimanche de 11h à 18h jusqu’au 2 octobre 2011. MA-30 (musée des Années 30), 28 avenue André-Morizet, 92100 Boulogne-Billancourt.
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En 2009, l’exposition « Elles » organisée par le Centre Pompidou à Paris, était une première du genre. Son succès fut tel quelle sera prolongée jusqu’en février 2011. Un compte rendu en a été fait pour les Cafés géographiques (voir le n° 1823).
Aujourd’hui, le M-A30, musée des Années 30 de Boulogne Billancourt reprend l’idée mais limite son accrochage aux femmes sculpteurs, ayant travaillé en France, du XVIII e siècle à nos jours. A n’en pas douter, cette exposition, dont la muséographie est remarquable, devrait attirer de nombreux visiteurs et permettre d’acquérir aux femmes sculpteurs la lisibilité qui leur est due.
Pouvez-vous citer des femmes sculpteurs ?
Camille Claudel, Niki de Saint Phalle, Germaine Richier, Louise Bourgeois ? Ce sont « les stars » de la discipline et elles sont présentes. Mais vous aller découvrir quelques 90 autres sculpteurs à travers un parcours à la fois thématique et chronologique. De l’art du portrait, au nu, en passant par l’art monumental et les installations contemporaines, une belle promenade vous attend.
ETRE FEMME SCULPTEUR OU SCULPTRICE ?
Etre femme et artiste a toujours été difficile. Giorgio Vasari, peintre et écrivain toscan de la Renaissance affirmait clairement que « les femmes procréent et les hommes créent ».
Beaucoup plus proche de nous, Camille Claudel (1894-1943), sœur de l’écrivain Paul Claudel, élève et compagne d’Auguste Rodin fut internée les trente dernières années de sa vie et son propre talent de sculpteur ne fut reconnu que très récemment. Pensez donc ! Elle voulait peindre « comme un homme » et comme son maître.
L’exposition du M-A30 n’est pourtant pas une exposition « manifeste » comme l’était celle du Centre Pompidou, même si l’on y retrouve Germaine Richier, Niki de Saint Phalle ou Orlan. Elle veut seulement donner à voir des œuvres souvent cachées dans des réserves.
Saluons le travail d’Anne Rivière, historienne d’art et commissaire de cette exposition. Nous lui devons déjà d’avoir rédigé le catalogue raisonné de Camille Claudel. Ici, elle regroupe un ensemble d’une centaine de chefs d’œuvres produits par 90 femmes.
La scénographie, conçue par Cédric Guerfus, rend possible l’appréhension de chaque œuvre dans son intégrité. L’espace est vide de cloisons, structuré seulement en bulles colorées (c’est gai et pimpant) et le visiteur peut sans cesse aller et venir, voir la même sculpture de prés ou de loin, de face, de dos au de trois-quarts ! Un régal !
L’existence de femme sculpteurs est attestée depuis l’Antiquité et au Ier siècle, Pline l’Ancien cite, dans son Histoire naturelle, la Grecque Timarete et la Romaine Iaia de Cyzique. Mais ces pionnières sont des exceptions dans des sociétés patriarcales.
Au Moyen Âge leur place dans les ateliers est possible mais seulement si elles sont filles ou épouses d’un peintre ou d’un sculpteur. Comme le rappelle Marie-José Bonnet : « La sculpture a une dimension divine et masculine. Dans la Bible, c’est Dieu le Père, qui le premier a façonné l’homme à son image. Ce n’est pas anodin ».
A ce handicap de nature religieuse et idéologique, il faut ajouter la volonté des hommes de se réserver un pré carré. Au XIII e siècle, la taille de la pierre est réservée aux compagnons, uniquement des hommes. Il est vrai que ce travail de force peut sembler hors de portée du sexe faible.
Si l’Académie royale de peinture et de sculpture est créée en 1648, la première femme peintre n’est admise que quinze ans plus tard et la première femme sculpteur trente ans plus tard. Il s’agit de Dorothée Massé.
Il faut attendre le XVIII e siècle pour voir l’émergence de femmes sculptrices. Des ateliers exclusivement féminins sont réservés pour leur apprentissage. Mais en 1783 un quota limite le nombre d’académiciennes à quatre !
Au XIX et au début du XX e, une petite place leur est concédée. En 1903, elles sont autorisées à concourir pour le Prix de Rome et en 1911 Lucienne Heuvelmans devient la première lauréate femme et sculpteur. Mais on attend d’elles de la douceur et de la joliesse, des portraits de femmes et des maternités, sinon, comme Camille Claudel, elles sont exclues. Leur pratique de la sculpture est considérée comme un passe-temps luxueux. Elles ne peuvent l’acquérir que dans des écoles ou ateliers privés où les tarifs pratiqués (comme à l’Institut Rodin fréquenté par Camille) sont deux fois plus élevés pour la clientèle féminine ! Enfin, si elles veulent sculpter des nus, il faut que le modèle soit drapé et plutôt deux fois qu’une.
La reconnaissance pleine et totale ne date que des dernières décennies. Elle est portée par les mouvements féministes des années 1960-70. Quelques unes accèdent à la gloire, comme Brigitte Terziev première femme sculpteur à être élue à l’Académie des Beaux-arts en 2007. Les autres, vous les découvrirez en traversant l’exposition.
PARCOURS DE L’EXPOSITION
Huit espaces au cheminement libre permettent d’apprécier toutes les facettes des sculptures. L’Atelier, du mythe au Prix de RomeCette section, la seule à ne présenter que peu d’œuvres de femmes, est consacrée aux représentations des sculptrices. Leur iconographie est peu abondante. Notons cependant l’hommage que le sculpteur Antoine Bourdelle rend à sa femme Cléopâtre, également sculptrice, dans le bronze Femme sculpteur au repos.Figure ici aussi Electre veillant sur le sommeil d’Oreste, en plâtre, qui permit à Lucienne Heuvelmans (1881-1944) d’obtenir le Grand Prix de Rome de sculpture, en 1911. C’est un sujet sage et convenu.
Portrait et autoportraitC’est la section la plus riche et me semble-t-il, la plus intéressante.
L’œuvre la plus ancienne est une terre cuite de Marie-Anne Collot (1748-1821). Amie de Diderot, elle est élève du sculpteur Falconet et le suit à la Cour de l’impératrice Catherine II. Elle y obtient autant de succès que son maître et y reçoit le titre d’agréée de l’Académie des Beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Un honneur qui lui sera refusé par l’Académie des Beaux-arts de Paris.
L’œuvre la plus extravagante est l’autoportrait de Sarah Bernhardt en chimère.
Le travail le plus délicat représente l’impératrice Eugénie le jour de son mariage. On le doit à Marie-Louise Lefrève-Deumier. Délicats aussi sont les portraits africanistes d’Anne Quinquaud, en bronze ou en grès.
Ne quittons pas cette section sans observer le buste tragique de vieille femme, en ciment, de Sarah Lipska (1882-1973) ou la douce Maternité de Chana Orloff (1888-1968). Douceur encore pour les jeunes filles de Marie Cazin (1844-1924).
Le nuUne palette de nus les plus variés se déploie de toutes dimensions et taillés dans les matériaux les plus divers. Cependant les œuvres de Camille Claudel éclipsent toutes les autres : L’abandon, L’implorante et une Etude de l’implorante rarement exposée. En les observant, en les admirant, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle reflètent à merveille le destin tragique de la géniale Camille.
Art animalierA côté des œuvres classiques de Rosa Bonheur (1800-99), deux œuvres majeures se détachent. - Nature’s study, est une porcelaine de 1984 de Louise Bourgeois. Née à Paris en 1911, elle s’installe à New York où elle décède en 2010. La consécration ne vient que tardivement, avec le Lion d’Or de la Biennale de Venise en 1999. Elle se décrit comme « un loup solitaire » qui se préoccupe plus de la thématique que de la forme et explore surtout les blessures de son enfance.
L’artiste considère Nature’s study comme un autoportrait, une métamorphose de l’artiste en bête. Personnage sans tête, mi-chien mi-déesse, accroupi, cette composition a été réalisée en divers matériaux. Les volumes gonflés de cette porcelaine, érigés et mutilés donnent à ce corps une dimension hermaphrodite. Figure fantasmagorique ou cauchemardesque, elle vous hantera longtemps. Tout comme les grandes, voire gigantesques araignées que vous connaissez déjà de Louise Bourgeois. - Tauromachie en bronze doré, de 1958, est une œuvre de Germaine Richier, autre grande dame de la sculpture contemporaine.
Germaine Richier (1904-1959) a été élève de Bourdelle, elle est une héritière directe de la tradition de Rodin, en particulier dans la manière de travailler le bronze. Puis, elle fait partie des avant-gardes du XX è qui défient les règles académiques en inventant des êtres déchiquetés et hybrides, entre l’homme et l’animal. A la fin de sa vie, elle introduit la couleur dans ses sculptures car dit-elle : « la sculpture est grave, la couleur est gaie ».
Scènes de genreCet espace est peu fourni.
Roberta Gonzalez (1909-1976), fille et élève de Julio Gonzalez, est présente avec une Maternité en plaques de fer soudées.
Malvina Hoffman (1885-1966) nous offre Le raboteur de plancher, œuvre forte en bronze.
Réalités modernesCet atelier regroupe des œuvres des années 1960-70 et oscille entre abstraction et figuration.
On y côtoie l’ensemble des 11 maquettes de résine peinte par Niki de Saint Phalle (1930-2002) qui a appartenu au groupe des Nouveaux réalistes avec César, Christo, Yves Klein et Tinguely dont elle était l’épouse. C’est réjouissant, comme ses séries des Nanas très connues à présent. Ses Nanas sont des femmes plantureuses et colorées en grillage, papier mâché et polyester. Si cela ne vous dit rien, à proximité du Centre Pompidou, elle a réalisé La Fontaine Stravinsky.
Dans cette bulle, vous côtoierez aussi Le temps, en plâtre et lamelles de plomb, d’Irène Zack (1918- ).
Art monumentalNe rêvez pas, les œuvres monumentales réalisées par des femmes sculpteurs n’ont pas été déplacées. Cette section fonctionne sur un diaporama de créations in situ qui rappellent que des femmes ont reçu des commandes pour des monuments civils ou religieux, hier comme aujourd’hui.
Les nouvelles formes de la sculptureCette section tient une place importante, en fin de parcours. Les œuvres ici présentées mêlent les techniques, les matériaux et les procédés les plus étonnants.
Le travail d’ORLAN est le plus intriguant. Née en 1947, elle émerge dans les années 90 lorsque ressurgit le Body Art et qu’elle utilise la chirurgie esthétique pour remodeler son visage et son corps en s’inspirant de modèles de la Renaissance : le front de Mona Lisa, le menton de la Vénus de Botticelli.
- Son buste de marbre blanc de Carare, Sainte-Orlan (1978) est un magnifique travail parfaitement baroque et du plus bel effet.
- Sa photographie de la série des Self hybridation, combine les traits du visage de l’artiste avec des objets d’art des civilisations colombiennes.
Les autres œuvres relèvent davantage des installations que de la sculpture, tel, Le Pont de Marie Orensanz.
La création des femmes sculpteurs est montrée pour la première fois dans toute sa diversité et sa richesse. Cette expérience ne restera certainement pas unique.