lundi 3 octobre 2011

George Spencer Watson, le romantisme tardif anglais

George Spencer Watson (1869 - 1934) était un portraitiste anglais londonien de l'école du romantisme tardif qui a parfois travaillé dans le style de la Renaissance italienne.

Il mourut à Londres et une exposition commémorative a eu lieu à la Fine Art Society de la même année. Il ya un monument le commémorant dans le vestibule nord de l'église St James, Piccadilly , Londres.
Certaines de ses œuvres sont exposées à la Tate Britain, la galerie d'art Harris , Preston et dans des collections à Bournemouth, Liverpool, Plymouth et la Galerie nationale du Canada.

Né à Londres, Watson a étudié à l'Académie royale de 1889, il y a été exposé à partir de 1891 et aussi au salon de Paris . Des rétrospectives ont été organisées à la Galerie Heinemann , Munich, en 1912, et à la Fine Art Society en 1914. Son travail une dame en noir (1922) est détenue par la Tate Collection .

Voir ces principaux portraits ici: http://www.bbc.co.uk/arts/yourpaintings/artists/george-spencer-watson/paintings/slideshow#/0

Auto-portrait



Hilda & Mary


Portrait de Hilda Spencer Watson


Hilda et Maggie, 1911


Un pique-nique à Portofino, 1911


Marie, 1932


Marie dans les jardins, Dunshay

Le jardin du cottage





Portrait of Betty McCann ,1927

Portrait de Monica Boyd


Portrait de Miss Beaton


Cynthia, c.1932 ;A Lady in Black 1922 (Tate Collection )


Marishka ; Nude, 1927

Paroles d'Isabelle Eberhardt






"Encore dans les grisailles du temps présent, encore un rêve, encore une ivresse nouvelle...
Quelle en sera la durée ?
Quand en sonnera le glas ?
Quel en sera le lendemain ?
Cependant le souvenir de ces quelques jours meilleurs et plus vivants me demeurera à jamais cher, car voilà encore quelques intants arrachés à la désespérante banalité de la vie, quelques heures de sauvées du néant."





Depuis que je suis ici, dans le calme assoupissant de cette vie que le hasard, ou plutôt la destinée ont subitement mise sur mon chemin aventureux, chose étrange, les souvenirs de la « Villa Neuve » hantent de plus en plus ma mémoire… les bons comme les mauvais…(…)
Depuis que j’ai quitté pour toujours cette maison où tout s’est éteint, où tout était mort avant de tomber définitivement en ruines, ma vie n’est plus qu’un rêve, rapide, fulgurant, à travers des pays disparates, sous différents noms, sous différents aspects.
Et je sais bien que cet hiver plus calme que je passe ici n’est qu’un arrêt dans cette existence-là, qui doit rester la mienne jusqu’au bout.
Après, dans peu de jours, la vraie vie, errante et incohérente, reprendra. Où ? Comment ? Dieu le sait ! Je ne puis même plus oser faire des suppositions et des hypothèses là-dessus après que, au moment où je prenais la résolution de rester encore des mois et des mois à Paris, je me suis trouvée à Cagliari, dans ce coin perdu du monde, auquel je n’ai jamais pensé, pas plus qu’à n’importe quel autre recueilli par mon œil distrait sur la carte du monde habité.
Après cela, finies les suppositions et les hypothèses.
Il y a cependant une chose qui me réjouit : à mesure que je m’éloigne des limbes du passé, mon caractère se forme et s’affirme justement tel que je le souhaitais. Ce qui se développe en moi, c’est l’énergie la plus opiniâtre, la plus invincible et la droiture du cœur, deux qualités que j’estime plus que toute autre, et, hélas, si rares chez une femme. (…)
Heureusement que toute ma vie passée, toute mon adolescence ont contribué à me faire comprendre que le tranquille bonheur n’est point fait pour moi, que, solitaire parmi les hommes, je suis destinée à une lutte acharnée contre eux, que je suis, si l’ont veut, le bouc émissaire de toute l’iniquité et de toutes les infortunes qui ont précipité à leur perte ces trois êtres : Maman, Wladimir et Vava.
Et maintenant, je suis entrée dans mon rôle. Je l’aime plus que tout bonheur égoïste, je lui sacrifierai tout ce qui m’est cher. Ce but-là sera toujours mon point de direction dans la vie.
J’ai renoncé à avoir un coin à moi, en ce monde, un home, un foyer, la paix, la fortune. J’ai revêtu la livrée, parfois bien lourde, du vagabond et du sans-patrie. J’ai renoncé au bonheur de rentrer chez soi, de trouver des êtres chers, le repos et la sécurité.
Pour le moment, j’ai l’illusion, en ce provisoire foyer de Cagliari où je me retrouve avec une douce sensation, de voir un être que j’aime bien réellement, et dont la présence m’est insensiblement devenue une des conditions de bien-être… Seulement, ce rêve-là, aussi, il sera court : après, il faudra, pour des pérégrinations dures et périlleuses, redevenir seule et abandonner la somnolente quiétude de la vie à deux.
Mais cela doit être, et cela sera. Et il y a au moins, dans la nuit d’une telle vie, la consolation de savoir que, ne fût-ce qu’au retour, je trouverai peut-être encore un ami, un être vivant qui sera heureux de me revoir… ou tout au moins content. (Pages 135/137)


Fichier:Isabelle Eberhardt.jpg


Isabelle Eberhardt - "Lettres et journaliers "


Depuis son arrivée en Algérie en mai 1897, à l'âge de vingt ans, et jusqu'à sa mort en 1904, Isabelle Eberhardt n'a cessé d'accomplir, avec audace, son magnifique rêve d'aventure et d'écriture. Ce livre regroupe les meilleurs textes narratifs de cette femme exceptionnelle (journaux, écrits intimes, reportages) et les éclaire par le récit de ses voyages et de sa vie.

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Lettres et journaliers d’Isabelle Eberhardt en 1923


On trouve en livre de poche, Nomade j’étais : les années africaines d’Isabelle Eberhardt par Edmonde Charles-Roux, laquelle publia Un désir d’orient, la jeunesse d’Isabelle Eberhardt 1877-1899 chez Grasset en 1988.
Anthropologue de formation, Eglal Errera a donné en 1987, aux éditions Actes Sud, une présentation et des commentaires minutieux et fervents aux lettres et journaliers d’Isabelle Eberhardt. Les éditions Liana Levi avaient un an auparavant réédité le roman Yasmina. Dans cet ouvrage, celle qui se fit appeler Mahmoud racontait l’amour impossible d’un officier français et d’une jeune Arabe, longtemps avant que Montherlant n’en fasse le sujet de La Rose de sable.
Isabelle Eberhardt fut inhumée le 27 octobre 1904 au cimetière musulman d’Aïn Sefra dans le sud oranais, région «pacifiée», comme ils disent, par Lyautey, lequel saluait en cette aventurière lettrée… «un réfractaire» !
Isabelle Eberhardt n’avait publié que des nouvelles et des reportages. Mes journaliers parut en 1923. Eglal Errera nous dit qu’ «aujourd’hui, près d’un siècle après Aïn Sefra, les manuscrits d’Isabelle portent encore quelques traces de boue. Ils ont pour nous autant de prix qu’ils en ont eu pour d’autres. Ils demeurent aussi neufs que jadis. Ils disent sept années de la vie d’une femme, depuis son arrivée en Algérie en mai 1897, à l’âge de vingt ans, jusqu’à sa mort».
Née à Genève en 1877, d’origine russe et juive, Isabelle Eberhardt se fera musulmane et, de fait, algérienne. Si elle écrivit en français les textes qu’on lit encore aujourd’hui, elle ne s’en livra pas moins à une étude presque gourmande de la langue arabe.
Par des transformations vestimentaires et l’adoption de multiples patronymes, elle cherchait à pénétrer l’identité de l’autre, selon Victor Barrucand qui donna en 1906, chez Fasquelle, des Notes sur la vie et les œuvres d’Isabelle Eberhardt.

La place royale d'après Thésdore Frère - Lamine Azzouzi©

Les textes recueillis sont d’une sensitive. Lorsqu’elle décrit un automne dans le Sahel tunisien et note que «Seyada est perdue au milieu des oliviers, coupés de haies de cactus, hérissés de dards, impénétrables, sauf pour les chacals et les rôdeurs bédouins», la voici aussitôt qui vante la réputation de beauté des filles en citant les jeunes hommes disant : «Celui qui, une fois, respire l’air salé de la mer à Seyada et le parfum capiteux de ses filles en oublie le sol natal».
Isabelle se voulut participante d’une admiration valant appartenance. Cette passion pour la terre d’Islam, l’errante, sujette russe et musulmane, l’éprouvait avec une exaltation bien différente de l’attitude coloniale.
Les textes publiés par Eglal Errera ont une valeur documentaire qui n’a pas faibli. Ainsi, par exemple, Visite à Lalla Zeyneb, la «maraboute». Les polémiques autour de la personnalité d’Isabelle Eberhardt ne manquèrent pas. Jusque dans La Petite Gironde dont l’envoyé spécial en Algérie accuse l’auteure des Journaliers d’activités anti-françaises. Ce que nous appelions conversion, voilà ce qu’en dit Isabelle Eberhardt dans une lettre rectificative à La Petite Gironde. «Fille de père sujet russe musulman et de mère russe chrétienne, je suis née musulmane et n’ai jamais changé de religion». Ainsi, le « cas » Eberhardt, successivement éclairé et obscurci, n’en finit-il pas de s’aggraver de mystère puisqu’Isabelle naquit «bâtarde» et semble avoir fait bon marché de toutes les précisions biographiques, comme si, parlant d’elle-même, elle donnait la parole à une troupe d’hétéronymes.
Promeneuse avide de prodiges, elle nous fait pénétrer dans des lieux de culte musulman ou dans le mellah de Figuig.

Il n’est pas si étonnant que cette observatrice passionnée ait trouvé un siècle plus tard, en une anthropologue d’origine juive égyptienne, une lectrice, comme une compagne de route, qui comprend elle aussi, sûrement, «qu’on puisse finir dans la paix et le silence de quelque zaouia du sud, finir en extase, sans regrets ni désirs, en face des horizons splendides».








Josip Falica, artiste peintre contemporain croate naïf

Josip Falica, artiste peintre contemporain croate naïf

Né en 1950. Il a participé à plus d'une vingtaine d'expositions nationales et étrangères, depuis ses débuts en 1974. Josip Falica est membre de "HDNLU", la société croate des artistes naïfs.  

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Josip Falica.

dimanche 2 octobre 2011

Paroles....de Lituanie





« Youza partit bien avant l’aube. Rien à faire, jusqu’à Vidouguiré, il fallait tout de même compter une dizaine de kilomètres, et passé Vidouguiré, encore bien dans les cinq à travers la forêt pour arriver à la coupe. Le temps d’y être rendu, de charger, de s’en retourner et ça y était, la nuit était là. Faut faire chaque chose en son temps. En son temps. Au lever du soleil, Youza était déjà dans la forêt endormie. Tout en avançant, il regardait autour de lui : noyés dans la neige, pins, bouleaux, sapins, saules cendrés, hautes cépées de saules blancs, coupes déboisées l’année précédente et encore nues, pralets le long de la sommière, longues bouchures dissimulant sous la glace le gazouillis d’un ru –enfouis sous la neige. La neige et encore la neige.



Youza secoua les rênes, fit claquer son fouet et fouilla de nouveau du regard arbres et buissons. L’aube s’éteignait. Le pourpre de l’orient se fanait. Aucun bruit alentour. La paix. Et Youza songeait : comme il l’avait parcourue, cette forêt, dans tous les sens, lorsqu’il était encore gamin. Pas seul, bien sûr. Avec le grand-père Yokoubas. « La ville, l’homme n’est pas obligé de la connaître. Mais la forêt, il doit la connaître. » avait déclaré le grand-père. Et prenant le jeune Youza par le bras, il l’avait fait passer partout, même à travers les hautes frondes touffues des fougères de Vidouguiré, il lui avait même montré le Kaïrabalé. Et lui avait raconté qu’autrefois, il y a bien longtemps, lorsque lui, Yokoubas, était encore jeune, on pouvait voir des élans débouler à travers la forêt de Vidouguiré et sur le Kaïrabalé, des sangliers gros comme des étalons fouir leurs bauges sur les bords du marais, le miroir blanc des chevreuils fuser en éclair à travers les branchages, tandis que des nuées d’oiseaux d’eau et d’oiseaux des forêts, battant des ailes, criant, chantant à tue-tête, faisaient un vacarme de tous les diables et que le lynx se glissait furtivement entre les troncs.


Aujourd’hui, Vidouguiré se taisait. D’élans, plus question, les sangliers, un ou deux à tout casser, on entendait encore des oiseaux chanter, mais est ce que ça pouvait se comparer à autrefois ? Le grand-père Yokoubas lui avait parlé de tout. Et lui avait tout montré. Youza aurait pu marcher les yeux fermés d’une lisière de la forêt à l’autre. En long, en large, en diagonale –à vous de décider. Et quand revenait le printemps, Youza était heureux, en entrant dans la forêt, de voir se gonfler les bourgeons dans les arbres et les buissons, le merisier à grappes suffoquer sous le poids de ses fleurs, la filipendule balancer sa mantille jaune. Et chaque automne, il se réjouissait de ce que la forêt flamboie du rubis de l’obier s’illumine du vieil or rouge des planes, de voir le sorbier incliner le cuivre de ses corymbes et de sentir monter du sol un parfum de marasmes et de lactaires. Lui, Youza, n’avait pas oublié les leçons du grand-père Yokoubas : « Quand tu vas dans la forêt, n’y va pas en promeneur, mais pense que tu vas dans ta famille. Pas seulement pour rapporter du bois ou des champignons, mais pour regarder comment poussent les arbrisseaux, comment le sol se tapisse de mousse. » Tout cela, il le devait au grand-père Yokoubas –que la paix éternelle soit avec lui.


Voilà à quoi songeait Youza lorsqu’il partait en forêt que ce soit l’hiver ou l’été. Aujourd’hui ainsi que chaque autre fois. Et il voyait le grand-père Yokoubas debout, là, devant lui –vivant.
Sur son traîneau, Youza eut un sursaut, comme tiré du sommeil : autour de lui, tout était uniformément blanc. Les branches alourdies ployaient, et sous elles, dans la neige, couraient des traces d’oiseaux et autres bestioles. Youza eut un sourire dans sa moustache, donna un petit coup sec sur la rêne droite. Le cheval comprit, quitta la sommière et s’enfonça dans le hallier, bien qu’il n’y eût là ni ornière ni trace de pas. Mais c’était bien son layon. Et c’était sa coupe avec ses cordes de billes, blotties hérissées sous la neige. Youza rassembla les rênes, s’apprêta à descendre… et se figea, avant même d’avoir balancé ses jambes hors du traîneau : le couloir du layon s’ouvrait entre deux haies d’osier en fleur ! Des fleurs telles que l’osier fléchissait sous leur poids. Et toutes n’étaient qu’écarlate et que pourpre.
Youza regardait de tous ses yeux. Les lourdes et volumineuses grappes de fleurs que le gel n’avait pas encore touchées flamboyaient d’une rutilance de flamme vive, elles ployaient jusqu’au sol tant que, parfois, un chaton venait effleurer la neige et, s’embrasant, ne la léchait pas de carmin clair, mais brûlait d’une lave pareille à celle, épaisse et sombre, et vivante, du sang.
Sans mot dire, Youza ôta sa chapka, resta longtemps immobile, tête nue, comme s’il n’avait pas été dans une forêt, mais à l’église. Un frisson le traversa.
Les paroles du grand-père Yokoubas lui revinrent en mémoire : « Il appelle le sang . »
Voilà bien longtemps que Yokoubas avait dit cela. Bien des années. A l’époque, Youza, encore tout petit, blotti contre la jambe du grand-père et cramponnant sa main de toutes ses forces, regardait les yeux écarquillés cette chose fabuleuse : un osier pourpre en fleur. En fleur au cœur de l’hiver. En fleur comme aujourd’hui.
Pas tout à fait comme aujourd’hui. Cette autre fois, l’osier pourpre avait fait éclater ses boutons en une cascade de fines gouttelettes, il s’était paré d’une myriade de perles pourpres, petites comme des grains de chapelet, et c’était tout. Pourtant, même cette fois-là, le grand-père Yokoubas avait dit : « Il appelle le sang, souvenez-vous de ce que je vous dis, les enfants. »
Et le vieux ne s’était pas trompé. Dès l’été suivant, le premier été après l’hiver de l’osier ensanglanté, la guerre s’était abattue sur les gens. Abattue bien loin de là. Loin là-bas où les Japonais voulaient s’emparer des terres du tsar. Bien loin. Mais on mobilisait tout de même les hommes de par ici. De partout. Et le plus costaud, les plus travailleurs, en pleine santé, dans la fleur de l’âge. La guerre faisait la fine bouche. Elle ne prenait pas les premiers venus, elle sélectionnait, triait sur le volait. Et de ceux qu’elle élut, elle n’en laissa pas revenir beaucoup. Très peu même ? Et ceux qu’elle laissa revenir, ce fut avec un bras en moins, ou une jambe, ou crachant leurs poumons en étouffant, ou le ventre tordu par le typhus. Ceux-là, c’est une fois rentrés à la maison qu’ils se couchaient dans leur cercueil, les mains jointes comme il faut sur leur poitrine. Et les gens les pleuraient dans les hameaux et les métairies solitaires. Quel déluge de sang les fleurs de l’osier n’avaient elles pas fait couler cette fois-là.

Et pourtant, cette fois-là, l’osier n ‘avait fleuri qu’en minuscules perles rouges.
« Combien de sang les fleurs d’aujourd’hui ne vont-elles pas faire couler ? » se dit Youza, serrant dans son poing sa chapka.
A partir de ce jour, Youza se leva chaque matin longtemps avant l’aube… »



La saga de Youza


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Youozas Baltouchis : moments de littérature européenne à Strasbourg

Dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, la "Saison culturelle européenne" a pour but de mettre en évidence la vitalité créatrice des cultures européennes. À cette occasion, des librairies de Strasbourg organisent des séances de dédicaces, des rencontres ou proposent une sélection littéraire européenne. La médiathèque André Malraux, quant à elle, présente, du 5 au 13 décembre, "27 moments de littérature : 27 écrivains et 27 œuvres" sélectionnés pour un parcours littéraire à travers les horizons géographiques multiples d’une Europe riche de créations. La Lituanie y est représentée par Youozas Baltouchis (Juozas Baltušis, 1909-1991), dont la traduction française de son roman La Saga de Youza, a été publiée pour la première fois en France en 1990 (Alinéa, puis Pocket, 2001). Durant sa jeunesse, Baltouchis fut berger, puis ouvrier. Pendant la guerre, il participa à des émissions de radio à partir de Moscou. Ecrivain reconnu à l’époque soviétique, il consacra ses premiers récits aux luttes ouvrières, dans des nouvelles, des pièces, des essais, où il ressuscitait aussi le monde paysan et ses conflits. La Saga de Youza (Sakmė apie Juzą), écrite en 1979, est autant le roman de la Lituanie que celui de ce paysan qui choisit de fuir le monde par chagrin d’amour. Taciturne, violent, généreux, sévère, Youza est le portrait d’un solitaire vivant dans une nature qui l’est autant que lui, dans cette Lituanie tour à tour déchirée, conquise, perdue, sans cesse bouleversée par l’Histoire. Car l’Histoire ne va pas cesser de frapper à la fenêtre de Youza qui se croyait à l’écart du monde des hommes. Ce sont d’abord les Allemands du Kaiser, puis les Russes du Tsar, les bolcheviks, les koulaks déportés par les Soviétiques, les collaborateurs des nazis, les nationalistes lituaniens, les partisans, tous habités d’une folie meurtrière. Youza sème des graines de vie sur ses terres inhospitalières et infertiles. Il plante des cerisiers en fleurs sur des tombes anonymes, allemandes et russes, oubliées des hommes et des dieux. Au rythme des saisons, ce paysan rustre, témoin central des secousses géopolitiques de la Lituanie, demeure un homme de silence que le bruit des mots dérange. Pour des "moments de lecture sur les murs", des extraits grand format du roman de Baltouchis sont affichés au 2e étage de la médiathèque.
http://www.mediatheques-cus.fr/
http://www.cahiers-lituaniens.org/ecrivains.pdf